Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

Un an de prison ferme requis en appel contre le youtubeur Marvel Fitness, accusé de harcèlement moral

logo de Le Monde Le Monde 16/06/2021 Florian Reynaud

Le vidéaste de 32 ans, qui comparaissait devant la cour d’appel de Versailles, a nié être un harceleur, ses avocats défendant un « conflit de cour de récréation ».

Le vidéaste français Marvel Fitness comparaissait à nouveau devant la justice, mardi 15 juin, pour son procès en appel après une condamnation en première instance, en septembre 2020, à deux ans de prison avec un an de sursis pour « harcèlement moral ». L’homme de 32 ans étant accusé par plusieurs influenceurs (des personnalités des réseaux sociaux) et une avocate de s’être prêté à un harcèlement violent et répété sur les réseaux sociaux.

La condamnation du youtubeur Marvel Fitness, une peine lourde pour une affaire encore rare dans la justice française

Pour la première fois, il s’est exprimé plus longuement devant le tribunal sur les faits qui lui sont reprochés. Devant la cour d’appel de Versailles, il a « regretté » de ne pas avoir parlé en première instance, avisé à l’époque par son avocat de garder le silence. Il a pris la parole pour se défendre de toute intention de nuire, voulant faire « entendre la vérité » et assurant n’avoir initialement fait que des vidéos « satiriques ».

Marvel Fitness, un Francilien passionné de sport, publie sur YouTube des vidéos sur l’univers de la musculation, où il « déconstruisait le monde du fitness », de ses propres mots. Il s’est notamment fait connaître en critiquant d’autres influenceurs sportifs, voire en se moquant de certaines personnalités.

« Ni un satiriste ni un troll »

Les parties civiles, parmi lesquelles plusieurs de ces influenceurs, ont dénoncé des attaques répétées, parfois pendant plusieurs mois, et la mobilisation, par Marvel Fitness, de sa communauté de fans, ayant elle aussi multiplié les insultes à leur endroit. Laure-Alice Bouvier, avocate des parties civiles, et elle-même plaignante dans le dossier, a dénoncé au cours de sa plaidoirie « une violence qui a débuté en ligne et s’est propagée à chaque facette de leur vie ». « Marvel Fitness n’est ni un satiriste ni un troll, c’est un harceleur ! (…) », a-t-elle ajouté. « Il a plusieurs fois menacé de me détruire », a notamment témoigné Aline Dessine, influenceuse belge.

Aline Dessine accuse le vidéaste d’avoir réalisé une vidéo parodique moquant sa santé mentale

Ancien candidat de télé-réalité, Tristan Defeuillet-Vang a, comme l’a rappelé la cour, été attaqué dans des vidéos le comparant à l’ex-actrice pornographique Céline Tran. De son côté, Aline Dessine, qui accuse notamment le vidéaste de l’avoir traitée de « folle », et d’avoir réalisé une vidéo parodique moquant sa santé mentale, a confié avoir eu à plusieurs reprises des idées noires en raison du harcèlement qu’elle subissait.

Le harcèlement des fans de Marvel Fitness

Le youtubeur n’est pas seulement accusé d’avoir lui-même proféré des insultes et des attaques répétées : les parties civiles ont aussi décrit le harcèlement que leur ont fait subir les fans de « Marvel » sur les réseaux sociaux, alors que le vidéaste est accusé d’avoir régulièrement encouragé ces comportements et ces attaques de masse. « Je ne sais pas s’il est conscient de ça, en fait. Quand on insulte quelqu’un [sur Internet] on peut avoir derrière des gens qui viennent nous voir dans la rue », a expliqué M. Defeuillet-Vang.

« Peut-être que j’en ai assez de me faire marcher dessus », a rétorqué Tristan Defeuillet-Vang

Un euro symbolique avait été demandé en première instance, mais les parties civiles requièrent aujourd’hui 100 000 euros de dommages et intérêts chacune. « Peut-être que j’en ai assez de me faire marcher dessus », a rétorqué Tristan Defeuillet-Vang, qui a soulevé à l’audience le préjudice financier qu’il impute à Marvel Fitness, accusé d’avoir attaqué directement les clients et les activités commerciales des parties civiles.

En première instance, en septembre 2020, Marvel Fitness avait été condamné avec mandat de dépôt, il avait été incarcéré immédiatement après l’audience, puis libéré quelques mois plus tard, après une demande de remise en liberté. Mardi soir, l’avocate générale de la cour d’appel a requis la même peine qu’en première instance, demandant à la cour de confirmer le premier jugement. « Il est dans l’autojustification, je ne l’ai pas senti faire un pas vers les victimes », a estimé l’avocate générale, malgré une défense plus étayée du prévenu, qui a concédé avoir eu des torts dans l’affaire.

Accusé de harcèlement en ligne, le youtubeur Marvel Fitness devant la justice

« Un conflit de cour de récréation »

De son côté, la défense de Marvel Fitness – qui a changé d’avocats après le procès en première instance – a contre-attaqué. Me Juan Branco a ainsi dénoncé un « conflit de cour de récréation qui n’aurait pas dû être judiciarisé ». « Il y a des contradictions, des mensonges, des faux qui traversent ce dossier », a accusé l’avocat, qui estime que de nombreux propos ont été tronqués ou sortis de leur contexte. « On l’accuse [sur la base d’un extrait vidéo] de vouloir fuir du pays, alors qu’il parle de fuir au Wakanda, un pays imaginaire », a-t-il par ailleurs précisé. Et de noter en exemple des captures d’écran de conversations versées au dossier desquelles des messages auraient, selon lui, été supprimés.

Lorsque propos outranciers il y a eu, c’était, selon la défense, en réaction à des attaques des parties civiles. L’influenceuse Aline Dessine est notamment accusée d’avoir publié sur les réseaux sociaux une fausse photographie intime de Marvel Fitness, des faits pour lesquels le prévenu a porté plainte en Belgique – le procureur du roi a confirmé, en avril, que des poursuites pénales étaient possibles, selon un document judiciaire. La défense du vidéaste argue que les attaques de Marvel Fitness ont eu lieu en réaction à la publication de cette fausse dick pic (« photo de pénis »), le prévenu s’estimant « sali sur les réseaux ». Aline Dessine, à l’inverse, soutient qu’elle a publié ces images en réaction au harcèlement qu’elle subissait déjà de la part de Marvel Fitness.

Pour les conseils de Marvel Fitness, ce dossier n’est pas une affaire de harcèlement, mais la résultante de conflits entre influenceurs. « Cette affaire est le pur fruit de l’interférence [du prévenu] dans des intérêts commerciaux » des parties civiles, a argué Me Branco, faisant référence aux « vidéos satiriques » du youtubeur sur l’univers du fitness, un marché en « forte croissance ».

La cour d’appel rendra son arrêt le 28 septembre.

Après la condamnation du youtubeur Marvel Fitness, le harcèlement se poursuit pour certaines victimes
Publicité
Publicité

Plus d'infos : Le Monde

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon