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Un rescapé du cyclone Amphan : «Je ne pensais pas voir la lumière du jour»

logo de Liberation Liberation 21/05/2020 Sébastien Farcis
Après le passage du cyclone Amphan à Burigoalini ce jeudi. © MUNIR UZ ZAMAN Après le passage du cyclone Amphan à Burigoalini ce jeudi.

Les dégâts sont considérables et près d’une centaine de personnes sont mortes en Inde et au Bangladesh. L’efficacité des systèmes de prévision semble avoir limité les pertes en vies humaines.

Calcutta a été balayée mercredi soir par la furie du super-cyclone Amphan, qui a transformé la ville en une jungle urbaine. Des troncs épais d’arbres, qui s’élevaient au-dessus de l’ancienne capitale de l’empire britannique, se sont écrasés sur les autobus, les voitures, les maisons et câbles électriques, détruisant les infrastructures d’électricité ou de communication, ainsi que les fragiles échoppes de thé. Le vent a même tordu les énormes panneaux publicitaires en acier de cette mégalopole de 15 millions de résidents.

Le cyclone a pénétré les terres du Bengale-Occidental avec des rafales à 185 km/h, faisant d’Amphan le plus puissant cyclone du golfe du Bengale depuis 1999. Avant de souffler sur la capitale régionale à 110 km/h en moyenne. «Le vent était tellement fort que nous ne pouvions même pas sortir sur notre balcon», témoigne Torsa Saha, une résidente de la classe moyenne de l’est de Calcutta. La tempête forme alors un mur d’eau opaque. «Nous ne pouvions rien voir dehors. Je distinguais à peine les poteaux électriques qui vacillaient.» 

«Peur d’être infectés»

Sa femme de ménage vit dans un bidonville voisin, bien plus vulnérable. «Sa maison a été inondée. Elle avait de l’eau jusqu’aux genoux. Elle a donc passé la nuit debout à serrer son enfant dans les bras», raconte cette jeune femme, qui enrage que ce cyclone soit tombé au moment où le pays se bat déjà contre le Covid-19. «Beaucoup de gens avaient besoin d’un endroit sûr pour passer la nuit et nous voulions les aider ou les accueillir, explique Torsa Saha. Mais personne n’a pu le faire, par peur d’être infectés.»

L’électricité a pu être rétablie dans une partie de la ville, mais de nombreuses ruelles de quartiers pauvres étaient encore inondées ce jeudi après-midi, bien après le départ de la tempête. La municipalité a déployé des pompes pour essayer de sauver leurs maigres possessions. L’aéroport de Calcutta a aussi été en partie inondé et un grand hangar s’est écroulé sous l’assaut de la tempête, endommageant un avion privé.

La misère est encore plus inquiétante dans la campagne de cet Etat du Bengale-Occidental, qui compte 90 millions d’habitants. A Ulubéria, au sud-ouest de Calcutta, vers la mer d’où venait le cyclone, le vent était encore plus fort et les habitations moins résistantes. «Le toit en tôle de mon voisin s’est envolé avec les câbles électriques et le ventilateur accrochés, raconte à Libération Subharata Banerjee, encore étonné. On l’a retrouvé dans un champ situé à 200 mètres plus loin !» Dans cette banlieue, tout est dévasté : «Les poteaux en ciment et ceux électriques sont cassés en deux et une ligne à haute tension est tombée.» La zone n’a donc plus d’électricité depuis mercredi soir et l’alimentation en eau est coupée. «Nous devons faire la queue devant une pompe à main et nous avons le droit de remplir qu’un seau par personne», s’inquiète Subharata Banerjee.

«Vivre sans toit»

Bhaskar Pramanik, lui, a bien cru qu’il ne survivrait pas à ce cyclone. Il habite près de Tamluk, encore plus proche de la baie du Bengale, et le cyclone Amphan soufflait alors entre 150 et 180 km/h. «Je n’ai jamais entendu une tempête aussi forte», assure, d’une voix grave, cet homme de 52 ans, qui a toujours vécu dans cette région habituée aux dépressions tropicales. «Au début, le vent venait du nord, puis il a tourné dans toutes les directions dans un vacarme terrible. C’était tellement effrayant que je ne pensais pas que je serais encore en vie pour voir la lumière du jour !»

En pleine nuit, son toit en amiante s’envole et sa chambre est remplie d’eau. «Cela coûtera au moins 35 000 roupies (425 euros) de le remplacer. Or, cela fait deux mois que je ne travaille pas à cause du confinement, et je ne sais pas si j’aurai du travail quand il sera terminé», s’inquiète-t-il. Quatre autres personnes vivent avec lui et dépendent de son salaire. «En attendant, nous devrons vivre sans toit», se résout Bhaskar Pramanik. Une grande partie de son village de 1 600 personnes est encore inondée et l’essentiel des habitants sont dans la même situation que lui.

Les dégâts matériels sont immenses dans cette région indienne, mais le bilan de 72 morts côté indien, encore provisoire avec des décès généralement causés par électrocution ou la chute d’arbres, est moins élevé que redouté. Les services météorologiques ont correctement calculé le passage d’Amphan, ce qui a permis d’alerter les populations par SMS et d’évacuer 500 000 personnes vulnérables des côtes. Ce progrès technologique semble crucial : les cyclones de cette puissance dans le golfe du Bengale avaient causé 10 000 morts en 1999 et 139 000 l’année suivante.

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