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Qatar. « Les Afghanes avaient demandé à jouer au football, on a rendu ce rêve possible »

logo de Ouest-France Ouest-France 11/11/2021 Thibaut LE MOAL.
Les joueuses qataries et afghanes ont pu évoluer dimanche dans une enceinte qui servira pour la Coupe du monde 2022 au Qatar. © KARIM JAAFAR, AFP Les joueuses qataries et afghanes ont pu évoluer dimanche dans une enceinte qui servira pour la Coupe du monde 2022 au Qatar.

Generation Amazing est un projet humanitaire qatari créé en 2010 après l’attribution de la Coupe du monde 2022 à la péninsule arabique. Mercredi à Doha, il organisait un match de football amical entre une sélection de sportives qataries et la sélection nationale féminine afghane, extradée d’Afghanistan quelques semaines plus tôt. Pour Ouest-France, Nasser Al Khori, son directeur des programmes, nous parle de cette rencontre. Mais pas que.

Nasser Al Khori. © DR Nasser Al Khori.

Mercredi à Doha, au Qatar, se tenait un match de football particulier. Une sélection féminine qatarie affrontait la sélection nationale afghane. Extradées du pays par le Qatar après la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, les footballeuses disputaient là leur première rencontre depuis cet événement. Un match organisé conjointement par le ministère qatari des Affaires étrangères (MOFA), la Qatar Football Association (QFA), la FIFA et Generation Amazing.

Cette association est une des branches du « Supreme Committee for Delivery & Legacy », le comité d’organisation qatari de la Coupe du monde 2022. Generation Amazing fait d’ailleurs partie des projets sélectionnés par le Forum de Paris sur le Paix, qui se déroule du 11 au 13 novembre. Et on y retrouve Nasser Al Khori, directeur des programmes.

À un an du Mondial au Qatar et en exclusivité pour Ouest-France, il nous parle de ce match particulier, de son travail et aborde la situation de ces ressortissants afghans accueillis dans la péninsule.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre travail avec Generation Amazing ?

Mon nom est Nasser Al Khori, je suis « program director » à Generation Amazing avec le Supreme Committee of Delivery and Legacy, en charge de l’organisation de la Coupe du monde 2022. Generation Amazing en est la branche principale sur les « Legacy initiative ». On utilise le pouvoir de transformation du football pour faire du social et on s’en sert comme outil pour du développement durable, comment on peut améliorer les choses à travers le sport et le football.

Nous avons un programme pour construire des infrastructures et aider les communautés les plus défavorisées, que ce soit des terrains de football ou d’autres choses qui pourraient améliorer la vie des gens. Créer des endroits sécurisés où les membres de ces communautés pourront se retrouver. Nous avons commencé ça en 2010. Le premier projet était la construction d’un terrain où les réfugiés syriens pourraient se retrouver. À l’époque, la crise en Syrie était très difficile. À partir de là, on s’est développé et étendu aux autres pays, on a travaillé aussi avec des réfugiés palestiniens. Aujourd’hui, nous avons aidé environ 700 000 personnes et notre objectif est à un million d’ici fin 2022.

La sélection nationale féminine afghane. © KARIM JAAFAR, AFP La sélection nationale féminine afghane.

Un stade va devenir une école

Derrière votre association, il y a le Supreme Committee of Delivery and Legacy. Que peut-on comprendre derrière le terme Legacy (héritage en anglais) ?

Il y a la part « Delivery » qui est en charge des stades et des infrastructures. « Legacy » est tout ce qu’il y a à côté de ça. Tout ce qui va mener à la Coupe du monde et ce qu’il y aura après. Par exemple, Generation Amazing est une initiative associative mais il y en a d’autres. Nous avons le Josoor Institute qui est un pendant éducatif qui délivre des cours notamment dans le sport. Il y a également une branche sur ce qui touche au développement durable, qui est une grosse part de cet aspect « Legacy ». Il y a le développement durable autour du tournoi en lui-même mais aussi autour de toutes les infrastructures créées pour l’occasion. Nous essayons par exemple sur l’aspect durabilité de contrôler nos déchets en limitant l’utilisation du plastique à usage unique. C’est quelque chose sur lequel nous travaillons.

La sélection de sportives qataries pour cette rencontre. © KARIM JAAFAR, AFP La sélection de sportives qataries pour cette rencontre.

Il y a aussi une recherche sur ce qui va arriver aux stades après le Mondial. Comment ces stades vont devenir des espaces à utiliser pour les communautés. Ne pas devenir un lieu vide mais continuer à l’utiliser. Beaucoup de recherches ont été faites sur ce sujet avant de construire les stades, on s’est demandé ce qui pourrait aider les populations vivant autour, quels étaient leurs besoins. Après 2022, les stades vont devenir des écoles, des cliniques… Ils seront utilisés au maximum.

Un des stades va être transformé en école après le Mondial ?

Effectivement « l’Education City Stadium » (basé à Ar Rayyan, près de Doha) accueillera une école. On prévoit également de donner les parties hautes de certains stades à des pays qui n’ont pas les moyens de s’équiper. C’est un projet que nous avons et nous en parlons avec la FIFA, nous voulons faire cette donation pour promouvoir le football. Il y a une autre partie importante de cet aspect héritage autour des travailleurs, de leurs droits et de leurs conditions de travail. Une autre équipe travaille là-dessus. Il y a donc vraiment énormément de projets derrière cet aspect héritage.

« Il y a un plan pour créer prochainement une équipe »

À propos de la rencontre avec la sélection nationale féminine afghane, pourquoi avez-vous organisé ce match ?

On a organisé ce match, évidemment, pour les évacuer de ce quotidien. On s’est dit que ça serait une bonne opportunité pour elles de jouer au football dans un stade et sur un terrain qui seront utilisés l’année prochaine pour la Coupe du monde. Et vous savez, la sélection afghane avait demandé à pouvoir jouer au football ensemble et à pouvoir évoluer dans un de ces stades. Alors on a rendu ce rêve possible. Elles ont joué au Khalifa International Stadium qui est un des stades les plus vieux de Doha.

La sélection afghane a affronté une équipe qatarie de sportives issues de plusieurs disciplines en l’absence d’une sélection nationale officielle. Aurez-vous prochainement une équipe nationale féminine ?

Nous n’avons pas d’équipe nationale féminine. Notre association de football travaille beaucoup dessus. De ce que nous avons entendu, il y a un plan pour faire prochainement une équipe. C’est dans les tuyaux.

Au sujet des Afghanes, à quoi ressemble aujourd’hui la vie pour ces joueuses et pour tous les réfugiés arrivés d’Afghanistan il y a plusieurs semaines ?

Vous seriez à Doha, nous vous aurions emmené visiter les infrastructures que nous avons développées. Par-dessus tout, une des choses que Generation Amazing a créées est un espace sûr et communautaire pour ces jeunes filles et ces jeunes garçons, avec leur famille évidemment, où ils peuvent vivre, avoir de l’espace et des choses qui leur appartiennent. Évidemment, ils ont connu un périple très difficile pour rejoindre Doha. Beaucoup des enfants sont malheureusement traumatisés et on essaie de les accompagner au mieux dans ces épreuves. On est à l’écoute de leurs besoins et on essaie d’y répondre tant que possible.

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On les accompagne dans l’éducation, on leur propose des cours d’anglais notamment, comme à leurs parents. On leur propose plusieurs activités. On a fait beaucoup avec nos partenaires, on en a de la chance d’être bien accompagné et d’avoir des partenaires remarquables. Nous avons aussi des volontaires dédiés qui donnent beaucoup de leur temps et de leur énergie. On propose beaucoup d’activités, il y a aussi des crèches, des salles de sport. Pour la sélection nationale afghane, on propose une formation et des cours sur le développement par le football.

Quel va être le futur pour tous ces réfugiés au Qatar ?

C’est une excellente question. Au sujet des réfugiés, je ne peux pas vraiment commenter ce qu’il va se passer. Le Qatar a fait évacuer environ 8 000 personnes d’Afghanistan. Pour le moment, ils sont ici mais ils ont tous une autre destination, aux États-Unis, au Canada, en Australie. Nous les accueillons globalement pendant cette période de transition difficile et nous faisons de notre mieux pour les aider.

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