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La Macronie planche en désordre sur le projet présidentiel

logo de Challenges Challenges 15/01/2022 Thierry Fabre
Emmanuel Macron © AFP/Archives - Thomas SAMSON Emmanuel Macron

Jeunes, ministres, élus, cadres de La République en marche ou think tanks: tous sont mobilisés! Reste à savoir comment Emmanuel Macron tranchera.

Un joyeux désordre. Des conseillers de l'Elysée commandent des notes, des ministres créent des groupes de réflexion, La République en marche (LREM) fait cogiter des experts, les mouvements satellites (Territoires de progrès, Jeunes avec Macron) vendent leurs idées… Tout ce beau monde planche actuellement sur le projet présidentiel d'un second mandat d'Emmanuel Macron. Une effervescence jugée sévèrement par certaines figures de la Macronie. "Même si l'on sait qu'Emmanuel Macron sera candidat, cela ne suffit pas à donner un cap, relève un député influent. Cela manque de réflexion stratégique." Un autre parlementaire très en vue déplore: "Il n'y a pas vraiment de dispositif. Chacun bosse dans son coin."

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A trois mois de l'élection présidentielle, cette gamberge désordonnée pose problème, vu l'ambition affichée par les leaders macronistes, qui voudraient retrouver l'esprit réformateur de 2017. "Emmanuel Macron gardera sa volonté de rupture", prévoit Laurent Saint-Martin, rapporteur général du Budget et futur trésorier de la campagne. "Le programme ne sera pas quelque chose de tiède", promet Stanislas Guerini, délégué général de LREM. Quant à Roland Lescure, président de la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale, il soutient qu' "un second mandat peut être plus transformateur que le premier car nous sommes plus expérimentés. Il faut aller plus loin, même dans des domaines où nous avons réussi comme l'école et la formation".

26.000 questionnaires

Sous la surveillance de l'Elysée, le navire amiral officiel de cette préparation du projet, c'est le parti, LREM, confortablement installé dans son nouveau siège, rue du Rocher, à Paris. Là, 35 groupes de travail associant experts, dirigeants du privé et hauts fonctionnaires planchent sur le marché du travail, l'action publique ou la culture. Un dispositif classique, qui doit aussi se nourrir des 26.000 questionnaires récoltés via une opération de porte-à-porte des militants d'En marche.

Avec comme coordinateur en chef, le normalien David Amiel, ex-conseiller élyséen, déjà à la manœuvre sur le projet, il y a cinq ans. En parallèle, un groupe "société civile" fait remonter toutes les idées des syndicats, des fédérations patronales et des ONG. "On va écouter tous les professionnels. Personne ne doit pouvoir dire: “J'ai une idée et vous ne m'avez pas entendu”", résume Roland Lescure, copilote de l'opération. Des personnalités comme l'essayiste Rachel Kahn, sur la citoyenneté, le producteur de spectacles Jean-Marc Dumontet, sur la culture, ou l'ex-élu socialiste Dominique Gillot, sur le handicap, ont été recrutées.

N'empêche, au sein de la Macronie, la capacité de LREM à produire un projet laisse perplexe. En cinq ans, malgré la création d'un think tank interne, ce parti n'a pas réussi à sortir une idée neuve, à l'exception de la réforme de la fiscalité sur l'héritage, en 2018… vite torpillée par Emmanuel Macron. "Sur le plan des idées, il ne s'est rien passé. Le parti a été totalement inhibé", critique une figure de la majorité.

Ces derniers mois, LREM a pourtant tenté de relancer sa gamberge, en créant une vingtaine de "coalitions", des groupes de réflexion sur la démocratie, l'économie ou le numérique. Mais ces derniers devaient intégrer des centaines de "causes", initiées par des militants d'En marche, par exemple "instaurer un revenu universel" ou "prévenir l'épuisement professionnel".

"Beaucoup de militants n'ont rien compris à ce projet", déplore un élu local LREM. Actant l'échec, les dirigeants du parti viennent de fusionner ces "coalitions" avec les groupes d'experts, créés pour le projet présidentiel.

Héritage et cannabis

Vu ces défaillances, les poids lourds de la majorité ont lancé leur réflexion de leur côté. Le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, a créé son think tank "Le Laboratoire de la République", qui veut "gagner la bataille des idées", notamment sur les sujets liés la laïcité. L'ex-patron des députés LREM à l'Assemblée, Gilles Le Gendre a lui aussi lancé son cercle de réflexion sur le "défi démocratique", sujet considéré comme un échec du quinquennat. Certains ministres créent des groupes informels d'experts et de parlementaires, comme Julien Denormandie au ministère de l'Agriculture ou Clément Beaune aux Affaires européennes. De son côté, Bruno Le Maire monte au front en solo, en publiant des livres. Dans Un éternel soleil (Albin Michel), sorti en décembre, le patron de Bercy pousse ses idées sur l'éducation et les institutions.

Pour nourrir son projet, le candidat Macron pourra aussi piocher dans les travaux des organisations satellites. Les Jeunes avec Macron ont sorti, le 8 janvier, leurs 15 propositions, parfois explosives sur la taxation de l'héritage et la légalisation du cannabis. "Il nous faudra assumer une radicalité", revendique Ambroise Méjean, à la tête du mouvement. Même enthousiasme chez Territoires des progrès, petit parti dirigé par Olivier Dussopt, ministre du Budget. Ces "macronistes de gauche" peaufinent leurs propositions sur la "fin de vie" et la création d'un service national universel obligatoire de six mois pour les jeunes.

Pas de doute: à la fin, c'est Macron qui décidera. Comme en 2017, le candidat fera une sélection drastique en fonction du récit qu'il voudra dérouler devant les électeurs. S'il veut à nouveau promettre une Révolution, le titre de son livre-programme, il peut déjà puiser dans la boîte à idées macroniste, où émergent quelques projets décapants. Déjà, il y a ceux que le candidat n'avait pas osé lancer en 2017: la taxation de l'héritage, jugée impopulaire par les Français, et le renforcement du pouvoir des salariés dans l'entreprise. A l'époque, le projet de leur donner la moitié des sièges au conseil de surveillance, comme en Allemagne, avait été écarté. Le sujet réapparaît, accentué par la volonté de mieux partager la valeur entre actionnaires et salariés.

Carte du réformateur

Sur l'éducation, qui devrait avoir une place de choix dans le programme, la piste de l'autonomie des établissements et de leurs chefs est explorée. Une réforme qui s'attaquerait au système hypercentralisé de l'Education nationale auquel Jean-Michel Blanquer n'a pas touché. Enfin, une autre idée explosive est portée par des élus de la majorité, avec l'assentiment d'Olivier Véran, le ministre de la Santé: la légalisation encadrée du cannabis. Selon ses partisans, la moitié des députés LREM y sont favorables. "On espère qu'Emmanuel Macron s'engagera au moins à lancer le débat, avec une convention citoyenne", explique Ambroise Méjean. Sur tous ces sujets, le candidat Macron devra choisir où il met le curseur. S'il veut continuer, après cinq ans de pouvoir et en pleine pandémie, à jouer la carte du réformateur.

Tous sont mobilisés

(Photos: L. MARIN/AFP - L. MARIN/AFP - -Christophe Morin /IP3/MAxppp - ERIC PIERMONT/AFP - Fred HASLIN/LE COURRIER PICARD/MAXPPP)

28097_1649404_k2_k1_3801622.jpg © Fournis par Challenges 28097_1649404_k2_k1_3801622.jpg

JEAN-MICHEL BLANQUER, MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE: Avec son think tank "Le Laboratoire de la République", il veut "gagner la bataille des idées", notamment sur le sujet de la laïcité.

DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL DE LA RÉPUBLIQUE EN MARCHE              Il réunit 35 groupes de travail d\'experts. Mais les macronistes doutent de la capacité du parti à produire de nouvelles idées. © Fournis par Challenges DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL DE LA RÉPUBLIQUE EN MARCHE Il réunit 35 groupes de travail d\'experts. Mais les macronistes doutent de la capacité du parti à produire de nouvelles idées.

STANISLAS GUERINI, DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL DE LA RÉPUBLIQUE EN MARCHE: Il réunit 35 groupes de travail d'experts. Mais les macronistes doutent de la capacité du parti à produire de nouvelles idées.

ALEXIS KOHLER SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L\'ELYSÉE               Véritable tour de contrôle d\'Emmanuel Macron, il surveille le dispositif. Il reçoit beaucoup de notes sur les nouvelles idées de campagne. © Fournis par Challenges ALEXIS KOHLER SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L\'ELYSÉE Véritable tour de contrôle d\'Emmanuel Macron, il surveille le dispositif. Il reçoit beaucoup de notes sur les nouvelles idées de campagne.

ALEXIS KOHLER, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L'ELYSÉE/ Véritable tour de contrôle d'Emmanuel Macron, il surveille le dispositif. Il reçoit beaucoup de notes sur les nouvelles idées de campagne.

© Fournis par Challenges

RACHEL KAHN, ESSAYISTE/ Elle été recrutée dans un groupe "société civile" qui fait remonter toutes les idées des syndicats, des fédérations patronales et des ONG. Elle est chargée de la citoyenneté.

DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL DU MOUVEMENT LES JEUNES AVEC MACRON              Il a sorti, le 8 janvier, ses 15 propositions, parfois explosives, comme sur la taxation de l\'héritage et la légalisation du cannabis. © Fournis par Challenges DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL DU MOUVEMENT LES JEUNES AVEC MACRON Il a sorti, le 8 janvier, ses 15 propositions, parfois explosives, comme sur la taxation de l\'héritage et la légalisation du cannabis.

AMBROISE MEJEAN, DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL DU MOUVEMENT LES JEUNES AVEC MACRON: Il a sorti, le 8 janvier, ses 15 propositions, parfois explosives, comme sur la taxation de l'héritage et la légalisation du cannabis.

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