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Pourquoi l'Inde supprime les applis chinoises sur son sol

logo de Challenges Challenges 21/09/2020 Challenges.fr
Narendra Modi © ADNAN ABIDI Narendra Modi

Plus radicale que les Etats-Unis, l'Inde a interdit de nombreuses applis chinoises sur son sol. Une guerre de la Tech qui s'ajoute à l'escalade militaire entre les deux pays les plus peuplés au monde.

Donald Trump n’est pas le seul à menacer la Chine de bannir ses géants de la Tech de son territoire, même s’il a finalement renoncé à interdire le réseau social vidéo Tik Tok. Narendra Modi, le premier ministre indien, a déclaré la guerre aux applications chinoises de jeux, de messageries ou de paiement, depuis plusieurs mois. Dernière attaque en date, le 3 septembre. 118 applications ont été bannies au nom de "la sécurité des données et du cyberespace Indien". Quelques jours plus tôt, l’Inde avait accusé la Chine d’avoir déplacé des troupes le long de sa frontière Himalayenne. Même scénario en juin après un clash entre les deux puissances nucléaires à 4000 mètres d’altitude. L’Inde avait alors banni 59 applications chinoises, dont Tik Tok, très populaire dans le pays. 

L'Inde montre ses muscles après avoir acheté des Rafale à la France 

Modi se fait désormais le chantre d’une "Inde autosuffisante". Un virage à 180 degrés pour celui qui a invité Xi Jinping à plusieurs reprises. Et sous la présidence duquel les importations chinoises ont augmenté de 50 %. Parmi les dernières applications bannies, le jeu PUBG, auxquels 33 millions d’Indiens seraient accros. Dans une adresse à la nation le 30 août, Narendra Modi avait donné le ton en appelant l’Inde à devenir "un hub mondial du jouet" et à imaginer des jeux mobiles "en accord avec la culture Indienne"

 Récemment livrée en avions Rafale par la France, l’Inde montre aussi des muscles sur le plan militaire. Ces avions sont "un message adressé au monde entier, en particulier à ceux qui menacent notre souveraineté", a déclaré, le 10 septembre, le ministre de la défense Indien. Une référence à peine masquée à la Chine en présence de Florence Parly, ministre française de la Défense. Deux jours plus tôt, les premiers coups de feu depuis 1962 avaient retenti à la frontière, sans faire de morts. 

 Officiellement sans rapport, ces affrontements militaires et économiques ne font qu’un pour Harsh V. Pant, directeur de l’Observer Research Foundation, à New Delhi. "L’Inde veut mettre la pression à la Chine tout en restant ouverte à des négociations. Élargir le conflit sur le terrain économique et sur la question des données lui permet de chercher de nouveaux alliés."

Des licornes indiennes indiennes détenues par des Chinois

La partie s’annonce cependant serrée. Selon le cabinet Venture Intelligence, au moins 16 des 29 licornes indiennes ont un investisseur chinois. Et la balance commerciale du sous-continent avec la Chine est déficitaire de 40 milliards d’euros pour 2019-2020. "Affaiblie par la pandémie (une baisse 23,9 % du PIB pour la période avril-mai-juin), l’Inde doit s’engager dans une guerre économique avec prudence", juge Harsh V. Pant. Mais l’idée de multiplier les liens commerciaux avec la Chine pour prévenir les tensions militaires a vécue.” 

 Difficile de dire si la stratégie peut faire reculer Pékin, qui envoie des signaux contradictoires. Le 7 septembre, le ministre des Affaires étrangères Chinois a revendiqué l’État de l’Arunachal Pradesh, au Nord-Est de l’Inde. Le 11, les deux pays ont pourtant conclut un accord de désescalade à Moscou. De telles promesses avaient déjà été faites en juillet après la première vague d’interdiction d’applications. Sans que les tensions ne retombent. 

Côme Bastin, correspondant à Bangalore

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