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L’argument surprenant de Brune Poirson pour défendre les mérites du zéro déchet

logo de L’Obs L’Obs 18/10/2019 M.F.
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Mercredi 16 septembre, journée contre le gaspillage alimentaire à l’occasion de laquelle elle participait à un débat avec des utilisateurs du site Le Bon Coin, la secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Transition écologique Brune Poirson a avancé un curieux argument pour vanter les mérites du zéro déchet. Une séquence repérée par France-Inter, qui n’a pas hésité à la qualifier de « rétrograde ».

Lors du débat, la secrétaire d’Etat est revenue sur un déplacement à Roubaix pour illustrer les bienfaits du recyclage. « C’est pas un truc de bobo, le zéro déchet, nous on a vu des familles pour qui ça changeait la vie d’être dans cette logique de recyclage, de réemploi, explique-t-elle. Elles disaient qu’elles économisaient jusqu’à 150 euros par mois ». Jusque-là, tout va bien, mais la phrase suivante a interpellé la journaliste de France-Inter Camille Crosnier, qui l’a rapportée jeudi 17 octobre dans sa chronique « Camille passe au vert » :

« Ça leur laissait beaucoup plus de temps à passer avec leur famille : au lieu d’aller bosser pour avoir de l’argent pour acheter suffisamment de choses, j’ai vu cette mère de famille fabriquer sa lessive, des éponges et beaucoup de choses avec ses enfants. »

La petite phrase apparaît comme très maladroite, semblant laisser entendre que si elles en avaient l’opportunité économique, les femmes seraient ravies de rester chez elles avec leurs enfants pour fabriquer des produits ménagers. « Le zéro déchet c’est super car parce que toi, femme et mère, tu fais des économies, donc tu n’as pas besoin de t’embêter à aller travailler et tu peux rester tranquille la maison à faire ta lessive avec tes enfants », interprète Camille Crosnier.

En filigrane, la journaliste y voit aussi une énième manifestation de la charge mentale qui pèse sur les femmes. Charge mentale liée aux tâches ménagères, mais aussi à la responsabilité écologique. Selon une étude menée en 2015 par le Pew Research Center dans onze pays dits développés (parmi lesquels l’Allemagne, la Corée du Sud, les Etats-Unis ou encore le Canada) et relayée par Slate, les femmes sont en effet préoccupées par le changement climatique. Lors des élections européennes en mai dernier, elles ont beaucoup plus voté pour Europe-Ecologie-les-Verts que les hommes : 17 % des femmes, 9 % des hommes.

Le cabinet de Prune Poirson se défend de toute misogynie

A l’antenne, la phrase de Brune Poirson a provoqué l’indignation (et les moqueries) des femmes interrogées par Camille Crosnier, qui y voient notamment des propos « d’un autre siècle ». « Aux hommes de créer leur propre lessive et de s’amuser avec les enfants », s’amuse l’une d’elles.

La phrase a également été moquée sur Twitter par le député écologiste des Bouches-du-Rhône François-Michel Lambert, qui a ironiquement repris ces propos à son compte, laissant les internautes s’indigner contre lui avant de révéler qu’il s’agissait bien des mots de Brune Poirson. « Mais elle, elle peut le dire tranquillement sans que cela ne choque… », a-t-il expliqué, dénonçant un « biais cognitif ».

Contacté par « l’Obs », le cabinet de Brune Poirson se défend de toute misogynie. « C’est une phrase qui, prise hors contexte, peut sans doute paraître maladroite, explique-t-on, mais qui dans le cadre d’un débat d’1h15 n’a choqué personne, parce qu’il n’est évidemment venu à l’idée d’aucun des participants comme du public que Brune Poirson pouvait être en train de faire l’apologie des femmes au foyer s’occupant uniquement des tâches ménagères. »

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