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Attention à ces affirmations sur le réchauffement et les modèles climatiques

AFP Fact Check 24/08/2022 Roland LLOYD PARRY, AFP France

Dans une interview à la télévision britannique vue des dizaines de milliers de fois sur les réseaux sociaux, un homme remet en cause la responsabilité de l'activité humaine dans le réchauffement climatique, juge l'effet de serre négligeable et émet des doutes sur les modèles utilisés pour mesurer le changement climatique, faussés selon lui. Attention : l'auteur de ces propos n'est pas un spécialiste du climat et ses affirmations sont infondées selon les spécialistes contactés par l'AFP, qui rappellent notamment que le réchauffement climatique et son origine humaine font l'objet d'un consensus scientifique.

Il faut "se calmer, ce qui se passe maintenant est presque totalement normal" : dans une interview vue plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux depuis le 14 août, un homme, présenté comme "physicien et ingénieur" britannique, Brian Catt, minimise le réchauffement climatique et remet en question tout lien avec les activités humaines.

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Les personnes qui s'inquiètent du réchauffement climatique "devraient se calmer en fait, simplement parce que si elles regardaient l’histoire naturelle de la terre (...) elles verraient que ce qui se passe maintenant est presque totalement normal", estime-t-il dans cet extrait de huit minutes d'un entretien accordé à la chaîne de télévision britannique TalkTV.

"Oui les chiffres ont augmenté mais ce n’est pas inhabituel, c’est environ un degré en un siècle, et ça peut monter et descendre d’un degré, et bien c’est ce qu’il se passe", ajoute-t-il. Quant aux scientifiques qui relient réchauffement climatique et activité humaine, "les hypothèses qu’ils introduisent dans leurs modèles sont fausses".

"L'une des hypothèses qu’ils font c’est qu’il n’y a pas de changement naturel, donc si le changement qu’ils attribuent au dioxyde de carbone est en fait naturel, il n’y a pas d’anomalies, pas de changement supplémentaire à observer donc il ne se passe rien en réalité", poursuit Brian Catt. "Il y a une très bonne raison à cela c’est le fait que l’effet de serre est en fait minime au regard des paramètres globaux de l’atmosphère, il y a des facteurs bien plus importants qui entrent en jeu comme le soleil qui brille et la gravité qui attire l’atmosphère vers le sol, ce sont toutes ces choses qui déterminent essentiellement la température".

Cette interview a été reprise par de nombreux comptes sur Facebook et Twitter, en anglais comme en français.

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Attention : certaines de ces affirmations, prononcées à l'heure où les canicules et les épisodes de sécheresse se multiplient à travers le monde, sont infondées, soulignent les spécialistes contactés par l'AFP, et vont à l'encontre du consensus établi par la communauté scientifique.

Cette dernière s'accorde en effet à dire que les variations climatiques des 150 dernières années sont exclusivement le fait des émissions de CO2 et autres gaz à effet de serre générées par l'homme.

Qui est Brian Catt? Une rapide recherche sur Google Scholar montre que ce dernier a soumis des articles au SSRN, un éditeur d'études "pre-print" ("pré-publications") qui n'ont pas encore été validées via le processus officiel d'examen scientifique par les pairs.

M. Catt "n'a aucune qualification" et n'est l'auteur d'aucune "publication scientifique dans ce domaine et il rejette les conclusions d'experts" d'organisations scientifiques crédibles dans le monde, souligne Bob Ward, directeur de la communication au Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment, à la London School of Economics.

Tour d'horizon des affirmations de Brian Catt et des réponses des spécialistes contactés par l'AFP :

Non, le changement climatique actuel ne s'inscrit pas dans un cycle "normal"

Au cours de l'interview, Brian Catt fait valoir que la fluctuation des températures n'est pas nouvelle et a déjà été observée au cours des derniers millénaires, affirme que le réchauffement de la planète au cours des dernières décennies n'est pas dû à des causes humaines et juge que "le CO2 n'a aucun effet démontrable sur le climat".

Faux, déclare Ed Hawkins, professeur de climatologie à l'Université de Reading, qui explique que des fluctuations de température comparables au réchauffement actuel ne se sont pas produites à cette échelle de temps au cours des 10.000 dernières années.

"Les températures mondiales ont oscillé dans une large fourchette par le passé, mais ces changements mettent des dizaines de milliers d'années à se produire", souligne-t-il. "Nous comprenons qu'il existe des causes naturelles à ces cycles, en raison de l'orbite de la Terre autour du soleil. Les climatologues étudient cela depuis des siècles."

"Ce que nous voyons au cours des 2.000 dernières années est un déclin très léger, puis tout à coup vers la fin, on voit une augmentation rapide de la température, bien au-dessus de tout ce que nous avons vu au cours des 2.000 dernières années", note-t-il. "L'affirmation selon laquelle c'est normal n'est tout simplement pas vraie - c'est très anormal quand on regarde les données mondiales, bien au-delà de tout ce que nous avons vu au cours des 2.000 dernières années en termes de rapidité et de cohérence" concernant cette augmentation.

On retrouve cette tendance dans des graphiques contenus dans le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) publié en août 2021.

© Fournis par AFP Fact Check

Le graphique de gauche montre une forte augmentation des températures au cours des 150 dernières années. Sur le graphique de droite, la ligne bleue du bas montre à quel point les températures mondiales seraient plus basses sans l'impact humain.

L'affirmation selon laquelle le réchauffement récent est normal parce que les températures ont augmenté et baissé au cours des millénaires "répond à une logique stupide", estime Mike Lockwood, professeur de physique de l'environnement spatial à l'Université de Reading. "Il est bien évidemment vrai que les températures ont augmenté et baissé dans le passé, mais ce n'est pas une raison pour supposer que le changement actuel a les mêmes causes que les changements" observés précédemment.

"Il est sans équivoque que l'influence humaine a réchauffé l'atmosphère, les océans et la terre", ont tranché de leur côté les experts du Giec dans le "résumé pour décideurs" de leur dernier rapport publié en août 2021 (page 7 et 8 de ce document, en anglais).

Non, le soleil n'est pas responsable du réchauffement climatique

Le fait que les émissions de carbone provenant d'activités humaines ont provoqué une hausse de l'effet de serre, faisant monter le niveau de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, fait consensus au sein de la communauté scientifique.

Dans son interview, Brian Catt minimise pourtant l'effet de serre, estimant que d'autres facteurs sont à l'origine du réchauffement climatique. "C'est un très petit effet, l'effet de serre, dans les paramètres globaux de l'atmosphère. Il y a des choses beaucoup plus importantes à l'œuvre comme le soleil qui brille dessus et la gravité qui attire l'atmosphère sur le sol (...) les nuages sont le contrôle de la stabilité climatique de la Terre", déclare-t-il.

Faux, répondent les scientifiques contactés par l'AFP qui renvoient à des découvertes bien documentées montrant que les variations du soleil ne sont pas suffisamment fortes pour entraîner une modification du climat sur Terre.

L'activité solaire a augmenté dans les années 1950-1960 puis est retombée en 2008-2019 alors même que la hausse des températures mondiales s'accélérait, souligne Mike Lockwood. "Cela montre à quel point les effets solaires sont minimes par rapport aux causes réelles de la hausse de la température mondiale", déclare-t-il.

Pour appuyer ses propos, le spécialiste renvoie sur des graphiques tirés de la série de données climatiques HadCRUT du Met Office, le service de météorologie britannique. Les deux courbes du haut montrent que les températures mondiales (en haut) et la concentration de CO2 (deuxième à partir du haut) augmentent depuis les années 1960, tandis que le nombre de taches solaires - indicateurs de l'énergie solaire (troisième graphique) - et l'irradiance solaire totale (graphique du bas) ont eux diminué globalement.

© Fournis par AFP Fact Check

"Nous avons de bons enregistrements de mesures directes de la quantité d'énergie du soleil provenant des satellites et des nombres de taches solaires remontant très loin, nous comprenons donc les variations de la production du soleil", souligne Mike Lockwood. Le soleil suit des cycles de 11 ans (au cours desquels son activité varie, NDLR)" . Nous ne voyons pas de grand changement climatique sur 11 ans, donc cela ne peut pas avoir un grand impact." A ce stade, ce que l'on sait c'est "que le soleil est devenu légèrement moins brillant au cours des 50 dernières années, c'est à ce moment-là que nous avons observé le réchauffement le plus rapide".

L'impact de l'irradiance solaire sur le climat est minime, abonde l'agence spatiale américaine NASA. "La production d'énergie du Soleil ne change que jusqu'à 0,15% au cours du cycle, moins que ce qui serait nécessaire pour provoquer le changement climatique que nous observons", peut-on lire ici. "Si le soleil était à l'origine du réchauffement de la Terre, on pourrait s'attendre à voir cette haute atmosphère devenir de plus en plus chaude", ajoute la Nasa. "A l'inverse, les mesures montrent que la basse atmosphère se réchauffe, tandis que la haute atmosphère se refroidit."

L'organisation météorologique mondiale (OMM) arrive à la même conclusion. "La hausse des températures - qui font fondre la glace et réchauffent les océans - est due aux gaz à effet de serre à longue durée de vie dans l'atmosphère", indique-t-elle dans un rapport.

La confirmation que le réchauffement à la surface de la Terre est dû à des niveaux accrus de CO2 est venue d'un modèle développé par le climatologue nippo-américain Syukuro Manabe - modèle pour lequel il a reçu le prix Nobel de physique en 2021.

© Fournis par AFP Fact Check

Quant aux nuages, évoqués par Brian Catt, les scientifiques interrogés par l'AFP ont déclaré qu'ils n'étaient en rien à l'origine du changement climatique. "Les nuages font partie du système climatique et non une influence externe", note Mike Lockwood. "Ils ont un impact mais c'est pris en compte", assure de son côté Ed Hawkins.

Les modèles climatiques prennent en compte les éléments naturels

A la fin de l'extrait de son interview, Brian Catt s'en prend aux modèles informatiques utilisés par les climatologues pour mesurer et prévoir l'impact du réchauffement climatique d'origine humaine.

"L'affirmation initiale est que le CO2 cause le problème, alors qu'en fait ce n'est probablement pas le cas. Donc, ce qu'ils font, c'est qu'ils ignorent tranquillement cela, ils ignorent le fait que le climat change naturellement, introduisent dans leurs modèles une relation causale avec le dioxyde de carbone", affirme-t-il.

Des accusations infondées, répondent les scientifiques interrogés par l'AFP. Les facteurs naturels mentionnés sont connus depuis longtemps et sont pris en compte dans les calculs, assure Ed Hawkins. "Dans certains cas, les modèles consistent en des millions de lignes de code. Nous encodons dans un ordinateur toute notre compréhension de la physique, de la chimie et de la biologie de l'atmosphère, des océans et de la terre. C'est la même base que celle des modèles de prévisions météorologiques, reconnues par la plupart de gens pour leur représentation très précise de l'atmosphère".

© Fournis par AFP Fact Check

Pour Mike Lockwood, l'intérêt des modèles est de pouvoir contrôler des variables telles que les facteurs naturels mentionnés. "Les techniques de détection-attribution utilisent des modèles climatiques pour identifier les contributions relatives des causes anthropiques et naturelles", explique-t-il. "Ils ne peuvent le faire spécifiquement que parce que les modèles prédisent et tiennent compte à la fois des effets anthropiques et naturels. L'idée que ces derniers soient ignorés est risible."

Dans son interview, Brian Catt affirme également que de nombreuses études citant des prévisions basées sur des modèles climatiques ne sont "pas reproductibles" à des fins d'examen scientifique. "Les gens inventent ces choses, les introduisent dans des modèles et disent +nous les avons prouvés parce que le modèle le dit+", a-t-il déclaré. "Les modèles climatiques produisent en moyenne (...) 250% d'erreur dans la quantité de réchauffement qu'ils prédisent."

Les modèles ont une longue histoire et sont examinés régulièrement par des scientifiques, réplique Bob Ward du Grantham Research Institute. "Les modèles sont testés sur leur capacité à reproduire les tendances récentes du climat et ceux qui réussissent sont ceux qui finissent par être utilisés pour faire des projections de l'avenir", explique-t-il.

L'existence du changement climatique causé par l'homme est régulièrement remise en question par des utilisateurs sur les réseaux sociaux. L'AFP a déjà vérifié des affirmations erronées prétendant ce n'est pas l'activité humaine mais le soleil ou les modifications de l'orbite terrestre qui sont responsables du réchauffement climatique ou encore que les émissions de CO2 n'ont rien à voir avec le changement climatique.

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