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Mobylette : la nostalgie plein pot

logo de Paris Match Paris Match 04/10/2021 Nicolas Salomon

De l’ouvrier tourneur au blouson noir, du hipster au boulanger de campagne, chacun trouve dans ce qui est la contraction de « mobile » et de « bicyclette » un moyen de raccourcir les distances et de s’émanciper. Retour sur ce pilier de la culture tricolore.

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Aux portes de Paris, en 1924, trois ingénieurs passionnés de moto s’associent pour fonder Motobécane. Abel Bardin, Charles Benoît et Jules Benezech conçoivent dans leur petit atelier de Pantin la MB1, forte d’une cylindrée de 175 cm3. La presse, convoquée pour les essais, est dithyrambique et cette première mouture rencontre un franc succès. Suivront les MB2 et MB3, qui bénéficieront des dernières innovations des trois compères durant les années 1930. Après guerre, la France, en pleine reconstruction, manque de bras pour ses usines. Problème, le pays est encore très rural et les routes trop dangereuses pour enfourcher une bicyclette en pleine nuit.

En 1949, Éric Jaulmes, ingénieur chez Motobécane, suggère de greffer un petit moteur sur un vélo. Sur le cadre du BNX, un modèle maison, on installe donc un bloc de 49,9 cm3. La première Mobylette est née. Rudimentaire, dépourvue d’embrayage, elle cale à chaque arrêt. Et même si, une fois en température, elle redémarre d’un coup de reins, l’engin nécessite quelques améliorations qui seront ajoutées les années suivantes. Embrayage donc, mais aussi un plus gros réservoir, un début de carrosserie, etc. Le succès est tel que les locaux de Pantin se révèlent rapidement trop petits. En 1951, une usine de tissage en perte de vitesse à Saint-Quentin, dans l’Aisne, est alors reprise et transformée en atelier de production. Avec plus de 300 Mobylette produites par mois désormais, l’usine monte en puissance et devient l’un des premiers employeurs de la région. Les États-Unis ont eu leur Ford T, la France aura sa Mobylette.

Caroline de Monaco, en 1975. © Getty Images © Fournis par Paris Match Caroline de Monaco, en 1975. © Getty Images

Avec des moyens renforcés, le bureau de recherche et développement ne cesse de perfectionner le cyclomoteur au fil des millésimes. Tenue de route, freinage, éclairage, vitesse de pointe, confort, aucune caractéristique n’est négligée, et le produit de ces innovations verra le jour en 1959, sous le nom de code AV88. Immédiatement surnommée la « bleue » à cause de sa livrée azur, l’AV88 va ouvrir les portes de l’international à Motobécane et propulser la marque française dans une autre galaxie. Dans les années 1960, un nouveau site de production gigantesque sort de terre et une version féminine, plus légère et moins puissante, la Cady, se révèle être un relais de croissance plus efficace qu’attendu. Le démarrage obéit à un cérémonial auquel tout le monde se plie : en équilibre sur la béquille, les pieds moulinant les pédales de caoutchouc.

Le Ciao de l'italien Piaggio sera la réponse au succès français voulue par l'industriel Gianni Agnelli. © Getty Images © Fournis par Paris Match Le Ciao de l'italien Piaggio sera la réponse au succès français voulue par l'industriel Gianni Agnelli. © Getty Images

D’engin d’ouvrier, la Mobylette se mue en outil de liberté pour une jeunesse qui à l’aube de Mai 1968 étouffe. Couleurs pop, facilité d’utilisation, réseau de distribution dense, la Mobylette traverse la décennie suivante en laissant derrière elle ce petit nuage bleu de mélange si caractéristique. Sous Giscard, elle accompagne les premières amours sur son porte-bagages, et transporte dans ses sacoches de skaï les mange-disques d’où s’échappent les mélodies de Claude François, Françoise Hardy ou Johnny Hallyday.

Mais au début des années 1980, accusant le poids des ans, et surtout sérieusement concurrencée par des marques japonaises ayant revu et corrigé la Vespa italienne pour en faire ce que l’on appelle désormais un « scooter », Motobécane connaît ses premiers déboires. Dans une France qui pianote sur Minitel et parle TGV, la Mobylette est démodée. Pis, elle est ringarde. Elle perd son image pop et devient la représentation d’une France figée qui court après son époque. Trafiquée par des loubards désœuvrés en quête de performance bon marché, bruyante avec ses pots à l’échappement libre, la Mobylette s’égare et finit par emprunter une voie de garage.

Le japonais Yamaha, entré au capital en 1983, réoriente alors la stratégie. Premier symbole : la marque. Au Motobécane d’une France à la Prévert, on préfère le court, percutant et international MBK, encore en vigueur aujourd’hui. Chaque année la Mobylette perd des clients au profit du scooter, plus nerveux et plus pratique, mais MBK attendra jusqu’au début des années 2000 pour arrêter définitivement sa production.

À la faveur de la folie vintage qui s’est emparée de notre époque, certaines d’entre elles retrouvent quelques couleurs dans les yeux des nostalgiques. De ventes aux enchères en rétrospectives, la « Mob », à l’instar de la 4L ou de la Méhari, fleure bon une France mi-camembert, mi-yé-yé dont on regrette la dilution. Même l’art contemporain lui a rendu hommage, signe ultime de la « totémisation » : la Mobylette accidentée du plasticien Bertrand Lavier vient d’être installée en vitrine au cœur de la toute nouvelle Bourse de Commerce.

Avec près de 50 000 publications, le hashtag AV88 sur Instagram montre qu’une seconde lecture de l’engin est en route. Enfin sachez que la start-up française Noil propose une version électrique « retrofitée » du mythique 103 de Peugeot, avec batterie amovible. 

Cinq cyclos électriques qui renouvellent le mythe

Harley-Davidson E-scooter © DR © Fournis par Paris Match Harley-Davidson E-scooter © DR

Harley-Davidson E-Scooter

La marque poursuit son exploration urbaine en silence avec ce charmant petit engin prévu pour l’année prochaine. Probable vitesse bridée à 45 km/h et autonomie vers les 100 km.

Monday Motorbike Anza © DR © Fournis par Paris Match Monday Motorbike Anza © DR

Monday Motorbike Anza

En attente d’une homologation européenne prévue pour le début de l’année prochaine, cette version est l’un des meilleurs rapports look/qualité/prix. 35 km/h, 50 km d’autonomie et de nombreux accessoires disponibles. 1 900 €.

Askoll ES3 © DR © Fournis par Paris Match Askoll ES3 © DR

Askoll ES3

Avec 66 km/h en pointe, c’est l’un des plus véloce. Côté autonomie on flirte avec les 100 km (96 pour être précis). Fabriqué en Italie, sa qualité perçue est assez flatteuse. Prix non communiqué.

Rayvolt E-Chopper Cruzer © DR © Fournis par Paris Match Rayvolt E-Chopper Cruzer © DR

Rayvolt E-Chopper Cruzer

Au-delà du look néo-rétro ravageur, ce modèle annonce une autonomie de 120 km (avec l’option double batterie) pour une vitesse de 45 km/h. Une large gamme de couleurs et d’accessoires permet de personnaliser votre modèle. 3 900 €.

Peugeot E-Ludix © DR © Fournis par Paris Match Peugeot E-Ludix © DR

Peugeot E-Ludix

À mi-chemin entre le scooter et la Mobylette, le français tire bien son épingle du jeu : 45 km/h, 50 km d’autonomie, il se recharge à 80 % sur une prise domestique en trois heures. 3 490 €.

Lire aussi.Les derniers "must have" du VAE

A voir

« Première Mob. On n’est pas sérieux quand on a 17 ans ». Photos mythiques et collection insolite de Mobylette et d’une trentaine d’autres deux-roues s’exposent jusqu’au 31 octobre au donjon de Vez, dans l’Oise. donjondevez.com.

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