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TÉMOIGNAGE. Laura, 23 ans : « Coming-out : je suis devenue un secret de famille »

logo de Ouest-France Ouest-France 07/10/2021 Laura, 23 ans, étudiante, Bordeaux.
« Mon coming-out n’aura absolument pas servi à me libérer. Au contraire, j’ai l’impression de devoir me cacher encore plus. » © D’après une photo Fotolia « Mon coming-out n’aura absolument pas servi à me libérer. Au contraire, j’ai l’impression de devoir me cacher encore plus. »

Laura a 23 ans. Elle est étudiante, à Bordeaux (Gironde). Son récit a été élaboré avec les journalistes de la Zone d’expression prioritaire, lors d’ateliers avec des jeunes.

La Zone d’expression prioritaire (Zep) élabore ces récits avec des jeunes de 14 à 28 ans lors d’ateliers d’écriture encadrés par des journalistes. Ces témoignages sont ensuite publiés par des médias. Ouest-France a choisi d’être l’un d’eux. Tous les mois, le premier mardi, dans le journal et sur ouest-france.fr , on peut lire ces récits de vie, comme celui de Laura, 23 ans, étudiante, à Bordeaux (Gironde).

« J’avais décidé d’annoncer à ma mère que j’étais bisexuelle, je voulais la préparer à l’éventualité qu’un jour je ramène une fille à la maison. Je ne voulais rien dire à mon père, je savais qu’il n’était absolument pas ouvert à cette idée, et je n’étais pas prête à l’affronter ».

« Ma mère, elle, me disait toujours : « Tu sais, si tu aimes les filles tu peux me le dire ». Mais quand je lui ai fait mon coming-out, elle m’a d’abord demandé ce que ça voulait dire, qu’il fallait que je choisisse entre les deux, puis un long silence. Silence qui a duré un repas, puis un après-midi. »

« Je t’amène à la gare »

« Les seuls mots qu’elle a prononcés étaient « Je t’amène à la gare », alors qu’elle ne le faisait jamais. Puis, le lendemain matin, un message : « Débrouille-toi pour revenir ce week-end. Trop dur que papa ne sache pas ». Me voilà forcée de lui annoncer. Je n’ai pas eu le choix. Ma mère tenait presque un couteau sous ma gorge pour que je parle au plus vite. Mon père est arrivé et j’ai balancé tout en bégayant. Et là, il m’a dit : « Je sais ta mère m’a dit, tu as de la chance, si je t’avais eu en face je ne sais pas ce que je t’aurais fait ».

« Dès que je prononce le nom de ma copine, tout le monde se tait, change de sujet… » © D’après une photo Fotolia « Dès que je prononce le nom de ma copine, tout le monde se tait, change de sujet… »

« Elle m’a privée de sa première réaction, même si elle était d’une extrême violence. Elle m’a peut-être sauvé la vie. »

« Mon père m’a imposé des règles à respecter »

« Le lendemain, mon père est revenu sur ses propos en disant qu’il avait été dur, qu’il m’aimait, qu’il finirait par accepter. Je me suis dit : « Waouw la nuit a vraiment porté conseil ». Il m’a imposé des règles à respecter… Oui, à 21 ans, on m’interdisait encore d’être libre de ma vie. La première, la plus « normale » était de leur laisser du temps. La deuxième était de les tenir au courant de l’évolution de ma vie, puisqu’ils avaient toujours espoir que je retourne dans « le droit chemin ». Et enfin, ne surtout pas en parler aux autres membres de la famille ».

« C’est cette dernière condition qui a été la plus compliquée à encaisser. On m’imposait quelque chose que ma mère, elle-même, n’avait pas respecté (j’ai d’ailleurs appris qu’elle avait tout raconté à sa sœur, encore une fois, moi, je suis terrée dans le silence et elle est libre comme l’air)… Et puis parce qu’en réalité, ce qu’on m’a explicitement demandé, c’est de ne pas provoquer la mort de mes grands-parents. »

« Ne rien dire à mes grands-parents »

« Le gros problème, pour moi, n’est pas de ne rien dire à mes grands-parents ; je n’avais pas prévu de leur faire mon coming-out, ils ne comprendraient pas. Le problème est que je dois contrôler tout ce que je dis à leur entourage. Quand je vais à Paris voir ma copine, je dois mentir à toute la famille, je dois les bloquer de mes Stories, je ne peux pas leur dire où je suis, ni à quelle fréquence j’y vais. »

« Je ne mens même pas, je ne dis juste rien »

« En fait, je ne mens même pas, je ne dis juste rien. Le souci est que mes parents, eux, ne vont pas s’empêcher de raconter que j’y suis allée. Ils m’imposent de ne rien dire, mais ne se gênent pas et éveillent les soupçons… Ce qui me force à mentir par la suite. Ce n’est pas une question de braver leurs règles ou pas, je n’en ai pas forcément envie pour l’instant. Mais je sais qu’un jour viendra où je le ferai, parce que je ne vis pas non plus pour mes parents. Le truc, c’est qu’ils m’accableraient : je serais la cause du malheur de tout le monde ».

« Je me souviens d’un jour où ma mère a découvert que j’avais fait mon CO (coming-out) à ma tante. Elle a refusé de croire qu’elle l’avait bien pris, et m’a embrouillée par message en me disant : « Tu n’as pas pensé que tu aurais pu la perturber ? En plus en ce moment ? » Car ma tante était en dépression. »

« Je n’ose même plus prononcer le mot gay »

« Aujourd’hui, j’ai une copine. Je l’ai rapidement annoncé à mes parents pour respecter la règle numéro 2. J’ai encore eu droit au discours du « Tu es contre nature », et aucune question sur elle. Rien. Je ne m’attendais pas à ce qu’on saute de joie, mais j’avais peut-être espoir qu’on s’y intéresse un peu ».

« Que le « On finira par accepter » signifiait qu’ils feraient au moins l’effort de le faire. Mais non. Encore une fois, je suis réduite au silence. Dès que je prononce son nom, tout le monde se tait, change de sujet… comme s’ils n’entendaient pas ce que je disais. »

« Un sujet tabou »

« C’est un sujet tabou, si tabou que je n’ose même plus prononcer le mot gay. Mes parents changent de chaîne quand ils voient deux personnes du même genre s’embrasser. Finalement, mon coming-out n’aura servi à rien d’autre qu’à me détruire. Je pensais qu’en le disant je me sentirais honnête et je n’aurais plus à cacher qui j’étais, mais désormais c’est pire. Je ne suis même plus capable de rentrer dans des débats sur l’homosexualité avec eux, parce que je suis directement concernée, et que maintenant, on parle de moi. C’est plus facile de défendre les autres que soi-même ».

« Je ne souhaite évidemment pas la mort de mon grand-père, mais une petite partie de moi ne peut s’empêcher de penser que je ne serais libre que quand il ne sera plus là. Plus rien ne me retiendra, je n’aurais plus à m’occuper de l’avis de mes parents, je pourrais enfin parler à qui je veux quand je veux. Mon coming-out n’aura absolument pas servi à me libérer. Au contraire, j’ai l’impression de devoir me cacher encore plus. »

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