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Slalom de Charlène Favier : "Ce film a été fait pour libérer la parole, ouvrir un débat"

logo de Allocine Allocine 20/05/2021 Thomas Desroches

Pour "Slalom", à découvrir au cinéma, Charlène Favier puise dans son expérience personnelle et raconte une histoire d'emprise dans l'univers du ski de compétition. Rencontre avec la réalisatrice, Jérémie Rénier et Noée Abita.

Slalom de Charlène Favier : "Ce film a été fait pour libérer la parole, ouvrir un débat" © Charlie Bus Production Slalom de Charlène Favier : "Ce film a été fait pour libérer la parole, ouvrir un débat"

Lyz, jeune fille consciencieuse et ambitieuse, est prête à tout pour devenir une championne. Pourtant, sa rencontre avec Fred, son entraîneur, va transformer sa quête de la réussite en cauchemar. L'emprise, tel est le sujet du premier film puissant et délicat de Charlène Favier, qui coécrit le scénario avec Marie Talon. En août 2020, AlloCiné a rencontré la réalisatrice et ses deux interprètes, Noée Abita et Jérémie Renier, à l'occasion du Festival du film francophone d'Angoulême où Slalom était présenté en compétition. Interview.

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AlloCiné : Charlène, Slalom est votre premier long métrage. Il s’intéresse à un thème difficile dans un décor original. D’où vient ce projet ?

Charlène Favier : C’est un récit qui m’est très personnel. J’ai grandi dans les montagnes où j’ai tourné et, comme mon héroïne, j’ai fait beaucoup de ski de compétition. J’ai également connu l’emprise. Cette histoire, elle m’est chère, elle est ancrée profondément en moi. J’avais envie de la partager, de raconter le parcours de cette jeune femme et d’emmener les spectateurs dans ce voyage enneigé.

Mettre en images cette expérience qui est la vôtre vous a-t-il permis de tourner la page ?

C.F. : C’était libérateur, mais aussi une vraie source de questionnements pendant l’écriture et même sur le plateau. L’emprise, la zone grise, jusqu’où ça va, je voulais que tout cela soit bien compris. À la fin de la post-production, il y a eu toutes ces affaires dans le milieu du patinage artistique qui sont sorties, avec le témoignage, entre autres, de Sarah Abitbol. Je me suis dit : "C’est bon, on est au bon endroit, c’est le bon moment."

Je me suis vraiment battue pour faire ce film. En 2014, quand je l’ai écrit, personne n’avait envie de parler de ces histoires, mais aujourd’hui les temps changent. C’est important de se dire qu’on avait quelque chose à raconter au fond de soi et que le monde entier avait envie de l’entendre.


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C’était impératif pour nous de ne pas être dans un récit manichéen

Noée et Jérémie, vous jouez tous les deux des personnages très nuancés, qui évitent les écueils du "bon" et du "méchant". Comment composer avec un sujet aussi complexe ?

Noée Abita : Pendant tout le tournage, la communication a été primordiale. Nous avons beaucoup parlé. Il fallait rester fidèle à ce que nous voulions raconter et montrer que nous n’étions pas dans le jugement des personnages, que Lyz n’était pas seulement une victime, mais une combattante qui va se relever. Il fallait impérativement éviter les malentendus, que tout soit clair entre nous.

Jérémie Renier : Oui, nous avons pris le temps d’écouter l’histoire de Charlène, ce qu’elle avait traversé et comment elle voulait retranscrire ses sentiments à l’écran. Parfois, elle voulait rester fidèle à la réalité, parfois s’en éloigner. Nous voulions, avec ce film, créer une ouverture, permettre un dialogue, une discussion. Mais malgré le sujet, et comme souvent quand on tourne des films sombres comme celui-ci, l’ambiance sur le plateau était très détendue. Il fallait rire et créer des moments de tension uniquement lorsque nous nous apprêtions à les tourner.

C.F. : J’aimerais rajouter que c’était impératif pour nous de ne pas être dans un récit manichéen, que le personnage joué par Jérémie Renier ne soit pas un serial abuser. C’est un homme comme tout le monde, un bon entraîneur, mais brisé par le système de la compétition. Il se retrouve piégé dans ce tourbillon et mise tout sur Lyz, jusqu’au moment où il va déraper. Pour Lyz, je voulais en faire une battante et lui offrir un élan, une libération. C’est un film sur une jeune femme qui apprend à se respecter.

© Charlie Bus Production

Comment Jérémie et Noée se sont familiarisés avec votre monde ? Étaient-ils dans votre tête lorsque vous recherchiez des acteurs pour le film ?

C.F. : Ils étaient très préparés. Ils se sont immergés dans le monde du ski, qui est très étrange. Sur la plateau c’était instinctif, simple et très naturel. Jérémie a été mon premier choix. Au départ, je n’avais pas de réponse de sa part, alors je cherchais quelqu’un d’autre. L’attente a été horrible car je n’avais pas envie de travailler avec un autre acteur. Il a quelque chose dans le corps, dans cette aptitude à se transformer, qui est incroyable. Il arrive à se glisser dans la peau d’un personnage physiquement.

Pour Noée, je l’ai découverte dans Ava de Léa Mysius, puis nous avons tourné un court métrage ensemble. Le courant est tout de suite passé. Nous partagions une sensibilité commune, c’était comme une évidence. Elle a une manière d’habiter ses personnages, quelque chose de très animal, de très sauvage. C’était ce que je voulais.

Noée, dans le film, votre regard est un détail clé. Votre personnage est silencieux, mais il tente de communiquer avec ses yeux...

N.A. : Elle lance des appels à l’aide pendant tout le film. Elle ne parle pas, elle en est incapable. De ce fait, c’était important pour moi de faire sentir qu’il y avait une dualité en elle. Il y a, d’un côté, sa raison, elle veut se faire entendre, qu’on lui vienne en aide, mais son corps est incapable de formuler quoi que ce soit. Aucun mot ne peut sortir de sa bouche.

C.F. : Le manque de mot est très important. Dans une scène du film, elle ne peut pas dire non car elle a trop peur de perdre Fred, son entraîneur. Si elle le perd, elle est abandonnée, donc dire non n’est pas envisageable pour elle. C’est un film dans lequel il y a peu de dialogue car ni le coach, ni cette athlète n’ont les mots pour parler de ce qu’ils sont en train vivre. Et c’est ça, Slalom. Ce film a été fait pour libérer la parole, ouvrir un débat et qu’on essaye, enfin, de trouver les mots ensemble pour parler de ce qu’il se passe quand des choses pareilles se produisent.

Propos recueillis par Thomas Desroches, à Angoulême, en août 2020.

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