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Adieu veaux, vaches, bitcoins, gaz russe : dans le trou noir de la récession qui vient

logo de La Tribune La Tribune 14/05/2022 Philippe Mabille
© Fournis par La Tribune

15 mai 1991, François Mitterrand, pour relancer son second septennat déjà finissant, nomme la première femme Premier ministre de l'histoire de la Ve République. De toutes les républiques en fait... 30 ans plus tard, presque jour pour jour, Emmanuel Macron, pour lancer son deuxième quinquennat (et dernier, successif en tout cas), celui d'un « mandat nouveau », pour lequel il promet d'être un « président nouveau » pour léguer « une planète plus vivable » aux générations futures, s'apprêterait à nommer la deuxième Première ministre de notre histoire. Enfin, s'il en a trouvé une qui accepte le job. Parmi les noms les plus cités, des femmes de gauche, comme la présidente de l'Unesco et ancienne ministre de la Culture, Audrey Azoulay, une ancienne ministre des affaires sociales dont le nom est attaché à une réforme des retraites, Marisol Touraine, deux ministres actuelles, Agnès Pannier-Runacher (Industrie) ou Florence Parly (Défense)... Ou de droite modérée, telle Catherine Vautrin, ancienne ministre de la Cohésion sociale sous Chirac et actuelle présidente du Grand Reims. Réponse bientôt au terme d'une dernière visite de Jean Castex au Vatican ce dimanche. Il a raison, une bénédiction n'a jamais fait de mal à personne surtout par les temps qui courent...

Lundi 16 mai, les Français devraient enfin connaître le nom de la nouvelle locataire de Matignon. A moins que ce soit un homme mais cela serait franchement déceptif après avoir tant laisser entendre que ce sera une femme pour incarner la nouvelle méthode d'un Macron réinventé. Certes, le contrat commence par un CDD de 5 semaines pour mener la bataille des Législatives, qui s'annonce plus rude que prévu. Mais a priori, si l'on en croit les sondages, malgré une poussée de la gauche Nupes, les Français devraient être cohérents et redonner une majorité au président de la République. Comme le note Marc Endeweld dans sa chronique Politiscope, « au-delà de la question du remplaçant de Jean Castex, l'actualité politique française est aujourd'hui saturée de commentaires sur le futur choc au sommet aux législatives entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon (que ce dernier, avec grande habilité, a réussi à instaurer) ». Le Nupes serait donc un leurre ? La macronie prend la menace au sérieux et se met en ordre de bataille en tentant de susciter un barrage républicain contre le Front populo-écolo de la nouvelle gauche plurielle.

Signe que le pouvoir n'est pas si tranquille, il annonce sans attendre l'élection des nouveaux députés des mesures fortes sur le pouvoir d'achat pour contrer la flambée des prix. Le paquet anti-inflation de Macron 2 suffira-t-il pour amadouer les électeurs sans inquiéter les marchés ?, interroge Fanny Guinochet qui pointe les coûts et les flous de la loi en cours de réflexion. Pas si sûr que Macron soit sauvé, et nous avec, par le « quoi qu'il en coûte ».

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, tonne qu'une hausse de 1 point des taux d'intérêt à long terme, c'est 40 milliards d'euros de charges de dette en plus : la capacité d'endettement de Macron s'amenuise donc comme peau de chagrin. Christine Lagarde, qui apparemment ne sera pas Premier ministre (elle est plus utile à Francfort pour freiner la hausse des taux, dit-on) se prépare à se résoudre à durcir le ton et les taux à partir de juillet.

Sur les marchés financiers, ça va secouer, a prévenu Jerome Powell, le puissant patron de la Réserve fédérale américaine qui a déjà enclenché un cycle de durcissement de sa politique monétaire qui « ne se fera pas sans douleur »...

Le carnage a commencé pour les spéculateurs en crypto-monnaies qui vivent un véritable krach avec un bitcoin en forte chute (malgré un rebond vendredi) sous les 30.000 dollars.

Au-delà des cryptos, toute la bulle de la tech s'effondre, en particulier les stars du Nasdaq, raconte Guillaume Renouard. En Californie, la fête est finie, on se prépare déjà pour la récession qui vient et l'on se rappelle l'éclatement de la bulle internet avec nostalgie.

Les marchés financiers redécouvrent une règle d'or de l'investissement : normalement, la valeur des actions est liée au niveau des taux. La fin de l'argent gratuit fait d'autant plus mal que beaucoup d'investisseurs s'étaient endettés à taux zéro pour spéculer. Du coup, c'est la course au cash pour les grands fonds d'investissement.


Vidéo: Législatives, démographie, exposition: toute l’actualité dans Points de Vue (Le Figaro)

Législatives, démographie, exposition: toute l’actualité dans Points de Vue
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« Toute la question est de savoir combien de morceaux de viande les banques centrales vont retirer à coup de scalpel du malade pour le soigner de ses excès ? », raconte un grand banquier... Cryptos, SPACs, Fintechs, Private Equity, bourses mondiales : cela va tanguer, dans un monde déstabilisé par la guerre en Ukraine et ses conséquences sur les prix de l'énergie et les chaînes d'approvisionnement.

Le confinement des grandes villes chinoises achève de ternir le tableau alors que le sommet mondial sur le Covid rappelle que sans vaccination mondiale, on n'est pas prêt de sortir de la pandémie.

Bien sûr, comme l'aurait dit, dans une formule restée célèbre, Edith Cresson, la Première Premier ministre évoquée plus haut, dans une petite phrase que lui a attribuée une journaliste de Paris Match : « la bourse ? J'en ai rien à cirer ! » (on s'en souvient d'autant plus que les marchés financiers se sont effondrés dans la foulée - pas à cause d'elle...). Vieille tradition française : de Gaulle n'a-t-il pas affirmé que la politique de la France «  ne se fait pas à la corbeille » ? Mais si, un peu quand même. Pour Emmanuel Macron, ce nouveau contexte sur les marchés va affecter sa capacité à mettre en œuvre la fameuse « planification écologique » qu'il veut piquer au programme de Mélenchon. Financer par un crédit de plus en plus cher un bouclier énergétique et alimentaire pour les Français les plus modestes ne va pas résister longtemps au mur de l'argent et des réalités. Quant à la transition écologique, que ce soit pour l'Etat, les entreprises et les ménages, il va bien falloir trouver quelqu'un pour payer les énormes investissements indispensables pour décarboner nos économies et nos industries. En Russie, les sanctions liées à la guerre en Ukraine promettent de faire plonger le pays en récession dès cette année.

Le contrecoup sera violent pour l'Occident alors que les premières coupures de gaz russe sont en train d'advenir via la Pologne. Au point que Berlin accuse Moscou de mener une guerre énergétique et que l'Union européenne dénonce un « pacte » entre la Russie et la Chine.

Bref, le baptême du nouveau gouvernement Macron II ne sera pas de tout repos. Inflation, récession, démondialisation, réchauffement climatique : on a connu période plus détendue. A l'image de Sagittarius A*, le trou noir découvert cette semaine au centre de la galaxie, qui absorbe toute l'énergie qui l'environne, le monde entre dans un trou noir de la croissance, avec une récession inévitable. Nous sommes peut-être tout simplement en train de sortir, douloureusement, de quinze ans d'aberrations économiques provoquées par la grande crise financière de 2008 ? Celle-ci a engendré un gonflement anormal du bilan des banques centrales qui a masqué l'inflation et soutenu artificiellement le prix des actifs (immobilier, bourses, crypto-actifs).

Robert Jules se veut résolument optimiste : après la flambée des prix, le reflux de l'inflation commence déjà à poindre aux Etats-Unis. « En avril, la hausse de l'indice des prix à la consommation s'affichait à 8,3% sur un an outre-Atlantique, ralentissant par rapport au 8,5% de mars. A-t-on atteint le pic de l'inflation? Un rapport de Moody's prévoit son reflux en 2023 et un retour au taux cible de 2% en 2024, grâce aux politiques monétaires menées par les banques centrales telles qu'elles fonctionnent depuis des décennies ».

A peine cela commence que c'est déjà fini ? Toute la question est de savoir si cette prédiction se réalisera sans s'accompagner d'une forte récession. L'économie redécouvre peut-être juste que les cycles existent et la guerre en Ukraine a seulement été le fait déclencheur d'un retour à la normale qui tardait à trop à venir.

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