Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

Économie de la confiance: vers un nouveau capitalisme digital avec bitcoin ?

logo de La Tribune La Tribune 22/01/2021 Yann Le Floch (*)
© Fournis par La Tribune

Le bitcoin est-il une monnaie, les partisans de cet écosystème affirmant de manière assertive que « oui », les détracteurs qu'évidemment « non », selon les définitions associées. Et il est peut-être possible d'admettre que les deux camps s'avèrent avoir raison selon certains prismes d'analyse ?

Money or not money ?

La monnaie se définit classiquement comme un moyen d'échange, une réserve de valeur, et une unité de compte, définition souvent associée à Aristote.

La Bitcoin est-il un moyen d'échange ?

C'est certain quand vous évoluez dans l'écosystème entrepreneurial digital. Par exemple il est possible de voir un chef d'entreprise qui paye ses équipes de développeurs au Pakistan en BTC contre services rendus, eux-mêmes encadrés par des chefs de projets en Argentine payés de même en BTC, et que les rémunérations de ces entrepreneurs se font en crypto-monnaie de par la nature économique de leurs activités, le tout devant son écran depuis Paris, ou un refuge à la campagne dans des périodes de circonstance. De la même manière, un expatrié français au Venezuela, au Liban, au Mali, par exemple commandera différentes denrées ou produits technologiques en payant en BTC, plutôt qu'en devise locale ou en Dollar, et avec réception par les classiques services de livraisons internationaux ensuite. C'est une réalité qui commence à se consolider dans certaines économies. Sans compter les transferts instantanés de devises au niveau international, à des amis, de la famille, de manière transfrontalière, où que vous soyez connecté à Internet sur notre planète, et avec un coût défiant toute concurrence. L'économie du digital et au-delà a désormais pleinement accepté l'usage du Bitcoin comme moyen de paiement et comme outil d'échanges de services et de produits.

Le Bitcoin est-il une réserve de valeur ?

Il est possible que oui, en particulier quand sa valeur s'apprécie fortement, et que les réserves de valeurs traditionnelles, livret A, assurance vie, fonds d'épargne, se dévalorisent parfois, notamment de par l'inflation, les frais de gestion, et des situations financières parfois sous-optimales. Le bitcoin est une réserve de valeur volatile, mais sur le moyen-long terme, il a pu démontrer être une réserve de valeur réelle.

Le Bitcoin est-il une unité de compte ?

Pas directement, sa volatilité étant assez importante, bien qu'au fil des années il est possible que le prix du « Digital Gold » se stabilise pour devenir un étalon d'Or Digital. Toutefois il serait à noter que couplé à l'usage des dits stable coins pégués au Dollar (Tether, DAI, USD Coin, Paxos), la crypto-comptabilité est pleinement possible aujourd'hui dans l'écosystèmes des monnaies digitales.

Ainsi, le Bitcoin et l'écosystème des crypto-actifs associés apparaît comme une monnaie naissante, en pleine consolidation, qui présente des caractéristiques fortes d'une monnaie à usage de plus en plus courant, dont il serait vain de nier pour autant son caractère très perfectible d'un point de vue économique sur le moyen terme.

Le modèle de la confiance...

En un peu plus de 10 ans, le Bitcoin et l'écosystème des actifs digitaux associés, a pu créer un espace financier et économique de l'ordre de 1000 milliards de dollars, soit l'équivalent d'une puissance monétaire d'un état. Alors qu'est ce qui peut pousser à créer en 10 ans une telle néo-architecture économique et financière, la confiance dans un actif économique et financier, le Bitcoin, et tant d'autres créés ensuite Ethereum, Polkadot ...

Cette notion de confiance dans l'économie est fondamentale, elle est parfois même quelque peu abstraite bien qu'habituelle.

Nous entendons souvent dans les médias, « la confiance va revenir », « il faut protéger la confiance », « la confiance dans l'économie », « il faut avoir confiance ».

Pourquoi parler de confiance, et en qui et en quoi, d'ailleurs.

D'un point de vue citoyen, nous entendons par ce terme de confiance, cela ira mieux demain selon une philosophie classique de croissance économique, de dépenses des usages courants et des engagements financiers, du maintien de son travail, ou de la rémunération de son activité économique, du maintien ou du développement des activités d'une entreprise, ou d'un employeur. En somme derrière ce terme « ayez confiance », tel un prêche religieux nous disant « n'ayez pas peur », une promesse de mieux vivre économique s'adresse à nous dans ladite « confiance ».

Comment d'un point de vue macro-économique, d'un point de vue systémique, peut se visualiser la confiance. Nous vivons sur une planète présentant des richesses brutes et des richesses transformées, par le travail de l'homme, physique, intellectuel, technologique. Ainsi, au niveau macro-économique, il existe une forme de dualité entre cette richesse, brute, comme celle taillée par la main et l'esprit de l'Homme, et un ensemble monétaire, dont nous possédons une petite partie de cette richesse à l'échelle mondiale.

Le système de la macro-économie peut être vu comme une machine qui produit de la richesse brute et transformée, et créant de la monnaie en parallèle pour gérer de manière directe, et indirecte, via les contrats papiers des actifs, des moyens d'assurer l'échange, le partage, la transformation, des richesses crées.

Ainsi il existe une forme de dualité entre richesse économique terrestre et richesse monétaire. La richesse économique ayant son dual en richesse monétaire de manière directe et indirecte.

Les banques centrales créent ainsi régulièrement de la monnaie, si cela est fait avec équilibre, qui force la machine économique à produire plus de richesse, via l'outil de la dette qu'il faut rembourser, pour s'assurer que son ticket de jeux monétaire, une unité monétaire, gardera sa valeur. D'un point de vue économique, la « confiance » dans l'économie s'inscrit ainsi dans cette capacité à créer une forme d'équilibre entre la richesse brute et transformée, et son dual monétaire. La croissance de l'un permet la croissance de l'autre, et la croissance de l'autre permet la croissance de l'un, dans un équilibre dont le système macro-économique, banques centrales et banques en priorité, en sont les garants.

Ainsi, la confiance dans un monde meilleur au sens économique et matériel, apparaît, vous aurez plus de richesse demain, vous vivrez mieux, la valeur de vos richesses se valorisera de même d'un point de vue financier, dont les actifs papiers sont présumés être le reflet de la richesse économique.

Traditionnellement, cette confiance, celle que certains qualifient aujourd'hui de « marché des promesses » se traduit par une confiance dans le fait que le mieux de la croissance économique se fera ressentir. Ainsi, mon travail me rapportera plus, et je m'investis pleinement, mon logement vaudra plus cher donc j'investis, en demain, mes économies me permettront une meilleure vie demain, je capitalise. Cette logique est une des essences même du capitalisme d'un point de vue macro-économique. Cette logique, si le jeux économique et financier peut être géré de manière équilibrée, opère en chacun de nous, à chaque niveau de la pyramide sociale. Je suis acteur de l'économie et m'investis et investis pour un mieux vivre. Et cette notion peut être qualifiée de confiance, confiance pour moi et les générations qui viennent.

Ce que nous observons au travers du Bitcoin, pour y revenir après cette digression, est l'émergence d'un système financier, et partiellement économique, qui cherche une nouvelle confiance, en créant un nouveau capital, proto-monétaire. Et il s'agit de l'émergence de nouvelles technologies DLT qui permet cette expérience monétaire, financière, et économique. Les technologies permettent désormais de créer du capital, de la richesse, de la confiance. Et ceci n'est probablement que le début d'un phénomène fondamental pour l'histoire économique et financière.

Pour résumer très synthétiquement, l'Or et les métaux précieux ont pu ainsi être de manière quasi unanime au niveau mondial et dans l'histoire, la base des monnaies et de la richesse dans l'humanité. Les Hommes exploraient, colonisaient, faisaient les guerres, pour posséder l'Or garant de la richesse économique et financière. Puis une économie et finance monétaire selon de la monnaie papier a pu apparaître, en adossant cette monnaie fiduciaire sur des réserves d'Or. Ainsi l'Occident a pu entre autres être une zone riche notamment grâce à sa capacité à réaliser des réserves d'Or, d'une manière parfois non-humaniste. Les autres richesses naturelles et technologiques exploitées assurant de même ces réserves d'Or de manière directe, comme indirecte.

Dans ces derniers siècles, nous avons ainsi pu observer, une transition progressive, d'un capital basé sur une richesse Or, à un capital basé sur une richesse papier, souvent adossé à des richesses naturelles, industrielles, technologiques, puis financières avec de forts effets de levier. Aujourd'hui, nous pouvons ainsi observer une forme de remise en perspective de la confiance dans le capital papier désormais, aboutissant peut-être à la recherche de nouvelles formes de capital, le capital digital.

L'histoire récente post-seconde guerre mondiale, a ainsi vu l'émergence dans la finance de la période de consolidation des capital.s, avec les fusions et acquisitions, et des échanges de capital.s au niveau international avec les marchés financiers, pour aujourd'hui peut être connaître l'âge de la création du capital, de par l'opportunité technologique qui apparaît. La création du capital est une science quasi-alchimique complexe désormais, mais possible comme le démontre l'adolescence désormais du Bitcoin et des crypto monnaies, au travers d'éléments technologiques, de marketing, d'investissement dans du good will financier, dans la capacité à engranger une réaction de conviction en chaîne.

La création du capital doit créer une confiance, cette fameuse confiance, une promesse qui nous dit que les choses seront mieux demain d'un point de vue économique et financier. Cette confiance dans le "Good Will" financier du néo-capital pourra être qualifiée de chaîne de Ponzi, selon certains, ce qui est probablement partiellement vrai. Toutefois notons que la confiance dans le Ponzi capitalistique peut être perçu d'une manière équivalente peut être, dans les marchés des promesses de valorisation de votre logement, de votre travail, de votre entreprise, de vos investissements au travers de ladite croissance, qui peut ne pas être au rendez-vous, dans une logique de toujours plus, à chaque rang de la pyramide sociale. Que pourrait-il être du marché financier de la création du capital, lorsque des états, des grandes entreprises, des banques, vont s'en emparer de manière sérieuse, si les réseaux de pouvoir les y autorisent ? Mais au final, la vie n'est-elle pas aussi un Ponzi ? Ayez confiance, merci Bitcoin, et longue vie !

____

(*) Par Yann Le Floch, banquier des monnaies digitales, ancien banquier d'affaires pour BNP Paribas CIB, ingénieur des Mines de Paris, certifié en Blockchain du MIT et de la Harvard Business School en développement durable.

Publicité
Publicité

Plus d'info : La Tribune.fr

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon