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Les 15-24 ans prêts à payer plus cher leurs billets d'avion pour limiter leur empreinte carbone

logo de Le Figaro Le Figaro 14/05/2022 www.lefigaro.fr
75% des jeunes Français seraient ainsi « préoccupés par l'impact du tourisme sur l'environnement », mais ils sont également 48% à ne pas vouloir vraiment limiter leurs voyages en avion. © Roman Tiraspolsky / stock.adobe.com 75% des jeunes Français seraient ainsi « préoccupés par l'impact du tourisme sur l'environnement », mais ils sont également 48% à ne pas vouloir vraiment limiter leurs voyages en avion.

On pourrait résumer le rapport qu'entretient la «Génération Z», soit les 15-24 ans, au transport aérien par un seul mot : paradoxe. De plus en plus conscients des effets négatifs de l'avion sur le climat, ils sont aussi encore nombreux à l'utiliser. Entre conscience environnementale et envie irrépressible de découvrir le monde, la jeunesse est au cœur des nouvelles problématiques qui concernent ce secteur. Le nouveau rapport de la Chaire Pégase, chaire consacrée à l'économie du transport aérien, publié le 9 mai dernier, a essayé de les comprendre.

38% des jeunes Français ont «honte de prendre l'avion»

Bien que les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées au transport aérien aient diminué, en France, de 49,3% entre 2000 et 2020, celles-ci s'élèvent toujours à 10,3 millions de tonnes, soit 4,6% de l'ensemble des émissions de GES françaises [3,8% pour le trafic international et 0,8% pour le domestique]. À l'échelle mondiale, celles-ci ont, au contraire, augmenté de 130% entre 2001 et 2021, dans un contexte où le nombre de passagers est passé de 1,66 milliard à 4,56 milliards entre 2001 et 2019. Au regard de ces chiffres, l'avion constitue un moyen de transport éminemment polluant. C'est dans ce contexte qu'est apparu en Suède, en 2018, le concept de flygskam ou «honte de prendre l'avion», qui fait que de plus en plus d'individus souhaitent drastiquement limiter leur usage de l'aérien, de par son impact environnemental.

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Selon un sondage réalisé par JAM pour Allianz Travel en 2019, 75% des jeunes Français seraient ainsi «préoccupés par l'impact du tourisme sur l'environnement», tandis qu'ils sont 38% à ressentir du flygskam. Steven, étudiant parisien de 22 ans, le ressent pleinement. «C'est par conscience environnementale que j'essaye de réduire au strict minimum mes déplacements en avion. La dernière fois que je l'ai pris, c'était pour aller à Istanbul dans le cadre de mes études. Depuis, je ne privilégie que des destinations où je peux aller en train, en voiture ou en bateau depuis la France». L'étude de la Chaire Pégase montre en effet que 74% des 15-24 ans considèrent le secteur aérien comme «polluant».

«Les 15-25 ans sont la première génération qui a pleinement baigné dans la problématique environnementale. Ils s'identifient donc beaucoup à des leaders d'opinions, comme Greta Thunberg, qui ont particulièrement mis l'accent sur l'impact écologique de l'avion » explique Paul Chiambaretto, Professeur à la Montpellier Business School et directeur de la Chaire Pégase. Les 15-24 ans sont même prêts, en moyenne, à payer 14% plus cher leurs billets d'avion [contre 8% de plus pour les 25-25 ans], pour les inciter à limiter leur empreinte écologique.

Une relation paradoxale des jeunes avec le transport aérien

Les 15-24 ans entretiennent pourtant un rapport paradoxal avec le transport aérien. Malgré une véritable prise de conscience générationnelle autour de l'impact de ses habitudes de consommation sur le climat, cette classe d'âge reste la deuxième génération à prendre le plus l'avion. En effet, elle réalise 1,46 vol par an, juste derrière les 25-35 ans [1,65 vol/an], mais devant la Génération X [nés entre 1968-1987], qui réalise 1,34 vol/an, ou les «1946-1967» [1,015 vol/an]. 80% de la Génération Z a d'ailleurs déjà pris l'avion au moins une fois. Et la «performance environnementale de la compagnie», soit sa capacité à limiter son empreinte carbone en proposant un service plus «vert», ne constitue que le 7ème critère de choix - sur 10 - dans l'achat de billets d'avion pour les 15-25 ans. Le premier critère d'achat étant le prix, la sécurité, la réputation de la compagnie ou encore le confort. D'ailleurs, un sondage réalisé dans le cadre de l'étude montre que 36% des jeunes ne considèrent pas l'environnement comme un critère important dans le choix de leurs modes de transport et que 48% ne souhaitent pas vraiment moins prendre l'avion pour préserver l'environnement. «Même si on retrouve chez elle de fortes valeurs environnementales, les 15-24 ans ne sont pas la génération à avoir les gestes les plus écoresponsables qui soient» précise Paul Chiambaretto. «Le fait d'avoir des valeurs fortes qui ne se concrétisent pas forcément dans les comportements fait partie de l'ADN de la Génération Z. On peut expliquer ce paradoxe par le fait qu'elle est moins ancrée sur l'achat de biens matériels, mais souhaite vivre des expériences uniques, au sein desquelles les voyages occupent une place centrale».

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Plus qu'une «flygskam générationnelle», la Chaire Pégase montre qu'au lieu de véritablement limiter leurs déplacements en avion - étant donné qu'ils restent 52% à l'utiliser pour les trajets de 1000 km et plus - la Génération Z cherche plutôt à adopter des habitudes de consommation courante leur permettant de compenser leurs voyages en avion. Ils sont ainsi 51% à trier leurs déchets ou 39% à utiliser des transports moins polluants dans leur quotidien. «Ce que notre étude a surtout bien montré, c'est que les 15-25 sont toutefois prêts à payer plus cher leurs billets d'avion pour privilégier une compagnie plus respectueuse de l'environnement. Ainsi, on pense, qu'à terme, les jeunes ne vont pas moins voler mais voler mieux en choisissant de manière plus pertinente leur compagnie» détaille Paul Chiambaretto. «Centrer son offre sur des critères environnementaux ou sociaux devrait d'ailleurs prendre de plus en plus d'ampleur et devenir un moyen fondamental pour se différencier de ses concurrents» conclut-il.

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