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Facebook préparerait sa propre cryptomonnaie : dans quel but ?

logo de Capital Capital 21/12/2018 Gregory RAYMOND

Selon la presse américaine, Facebook développerait une cryptomonnaie d’abord destinée au marché indien. Les perspectives du réseau social aux 2,27 milliards d’utilisateurs sont énormes.

Facebook préparerait sa propre cryptomonnaie : dans quel but ? © Gérard Julien / AFP Facebook préparerait sa propre cryptomonnaie : dans quel but ?

C’est un secret de polichinelle qui circule depuis de nombreux mois. La question n’est plus de savoir si Facebook lancera un jour sa cryptomonnaie, mais plutôt quand le géant le fera. Selon Bloomberg, le réseau social développerait une solution permettant aux utilisateurs de sa messagerie WhatsApp de transférer des fonds entre eux. Ce produit serait d’abord proposé au marché indien vers lequel plus de 69 milliards de dollars transitent chaque année, notamment grâce à ses nombreux expatriés. Selon l’agence de presse financière américaine, Facebook privilégierait un stablecoin, une cryptomonnaie dont la valeur est indexée sur une valeur stable (ici le dollar) afin de limiter sa volatilité.

“Je le pressentais depuis un certain temps, cela me semblait n’être qu’une question de temps avant que les GAFA se penchent sur le sujet des cryptomonnaies”, déclare Alexandre Stachtchenko, cofondateur et directeur général de Blockchain Partner, le leader français de l’accompagnement des entreprises dans la technologie blockchain. Pour Facebook, c’est particulièrement évident : sa messagerie intégrée Messenger permet déjà d’envoyer de l’argent entre utilisateurs depuis 2015 (2017 en France). Ce type de service se heurte pour le moment aux désagréments du système bancaire traditionnel : les fonds peuvent mettre jusqu’à 5 jours pour être transférés et plusieurs intermédiaires entrent en jeu (cartes bancaires, banques, etc.). Une cryptomonnaie made in Facebook permettrait ainsi de rendre le processus quasi-instantané et surtout de remplacer les prestataires bancaires.

Un Français à la tête du projet

Mark Zuckerberg a installé un Français, David Marcus, à la tête de ce projet. Celui-ci dirige le département blockchain de Facebook, après avoir occupé la vice-présidence de Messenger entre 2014 et mai 2018. Il est loin d’être un inconnu dans le monde des paiements numériques : il a été président de PayPal entre 2012 et 2014 et disposait d’un siège au conseil d’administration de Coinbase, l'une des plus importantes plateformes d'échange de cryptomonnaies, entre décembre 2017 et août 2018. Selon un porte-parole de Coinbase, cité en août par le média spécialisé Coindesk, David Marcus a quitté ce poste en raison de “conflit d’intérêts” avec son activité chez Facebook. Tiens, tiens.

Une enquête du site américain Cheddar publiée le 13 décembre a détaillé le fonctionnement de l’équipe de 40 personnes qu’il dirige. Une source interne a déclaré que leur “but ultime est d’aider des milliards de personnes à accéder à des choses dont elles ne disposent pas”. Celles-ci pourraient se matérialiser “par des services financiers équitables, de nouvelles façons d’épargner ou de nouvelles façons de partager des informations”. Facebook pourrait ainsi apporter un accès bancaire à des populations exclues du système financier… tout en imposant ses propres services. Une initiative qui ferait écho à Internet.org, un projet mené par la société depuis 2015 pour proposer un accès gratuit à Internet dans les pays en voie de développement mais qui contraint les utilisateurs à utiliser ses produits et ceux de ses partenaires. Son appli Free Basics avait déclenché une grande polémique en 2015 avec l’Inde, déjà.

© Fournis par Prisma Media

Vers une monnaie privée de grande envergure

“D’un point de vue géopolitique, il sera intéressant de voir comment les gouvernements américains et indien vont réagir. Pour l’Inde, il peut s’agir simplement d’un service financier de plus, offrant un meilleur retour de capitaux étrangers, ou alors d’une ingérence monétaire”, souligne Alexandre Stachtchenko. Il continue : “Pour les États-Unis, cela peut s’analyser comme un soutien à leur impérialisme monétaire, qui leur permet aujourd'hui d'imposer l'extraterritorialité de leur droit (voir Airbus récemment, BNP ou Renault en Iran etc.), car cette cryptomonnaie serait adossée au dollar. Cela peut aussi, à l'inverse, être perçu comme un début de remise en question de la souveraineté de la Fed et du dollar”, note celui qui est également président de La Chaintech, une association réunissant des acteurs blockchain francophones.

Ce fin connaisseur voit surtout ce projet comme un premier pas “politiquement défendable” vers une sorte de “Facebook Coin”. “Ils vont se faire les dents sur un stablecoin, adossé au dollar, qui ne sera donc pas critiquable par la Fed ou le gouvernement américain, pour ensuite sortir une monnaie privée qui leur permettra d’accepter les paiements partout, sans contrainte bancaire, sans contrainte de change monétaire, et surtout en forçant les gens à rester dans leur écosystème, même pour le paiement. Si demain un Facebook Coin sort, c’est plus de 2 milliards de gens qui l’auront dans leur poche, plus que toute autre monnaie”, prévient Alexandre Stachtchenko.

Un modèle proche de ce que Tencent, via sa messagerie WeChat, entreprend en Chine. Cette appli mobile s’est imposée comme un outil indispensable aux internautes pour discuter en ligne mais aussi pour acheter des billets d’avion ou train, payer ses courses ou ses trajets en taxi. À un détail près : le gouvernement chinois a la main sur Tencent, ce qui n’est pas le cas de Facebook.

Éveiller les consciences des États

En filigrane, le monopole des monnaies étatiques pourrait être profondément bouleversé par l’émergence d’un tel produit. “Cela doit réveiller les banques centrales nationales et pousser la BCE à se pencher sur le sujet des monnaies digitales. La monnaie à laquelle nous sommes habitués, qui se croyait à l’abri de la concurrence, va maintenant la prendre de plein fouet et devra s’adapter sinon elle risque de perdre du terrain”, précise-t-il. L’occasion, selon Alexandre Stachtchenko, de replacer Bitcoin au centre du jeu et de lui accorder plus de légitimité.

“Il faudra bientôt pour les banques centrales se poser la question du “moins pire”, entre une monnaie comme Bitcoin, sorte d’étalon-or mondial, monnaie commune, sur laquelle nous pourrions avoir une influence (en attirant les mineurs, les plateformes d’échange, les développeurs principaux, etc.), et une monnaie privée type Facebook Coin”, explique-t-il avant d’appeler à un meilleur discernement : “Il faut absolument qu’elles arrêtent de torpiller des monnaies contre lesquelles elles ne peuvent rien (le Bitcoin existe depuis 10 ans et continuera d’exister, malgré les blocages et tentatives de discrédit de la part des banques, comme les fermetures de compte), parce qu’elles sabordent leur propre futur en préparant le terrain pour leurs concurrents : les GAFA.”

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