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Le gouvernement doit annoncer des super-bonus pour électriques et hybrides rechargeables

logo de Challenges Challenges 22/05/2020 Alain-Gabriel Verdevoye
Peugeot 3008 et DS7 Crossback en version hybride © Image © Challenges Peugeot 3008 et DS7 Crossback en version hybride

Le plan de soutien à l'auto doit être annoncé lundi. Il devrait offrir 8.000 euros de bonus pour les électriques, 2.000 pour les hybrides rechargeables. Tous les arbitrages ne sont pas encore faits. Une prime pourrait être prévue pour les "petites" à faible consommation, beaucoup moins élitistes que les modèles électrifiés.

C’est a priori « lundi 25 juin que Bruno Le Maire doit présenter son plan d’aide à l’automobile », affirme à Challenges une source proche du dossier. Points clés de ces mesures de soutien au marché : « l’instauration d’une prime pour l’achat d’un véhicule hybride rechargeable », qui n’existait pas jusqu’ici. Selon les derniers arbitrages en milieu de l’actuelle semaine, la prime atteindrait « 2.000 euros ». Afin de faciliter l’acquisition de véhicules électriques, le super bonus doit « passer de 6.000 euros actuellement à 8.000 pour les clients particuliers ». Un sacré coup de pouce.

Question : ces aides seront-elles uniquement réservées aux modèles électrifiés ? Bercy s’est initialement opposé à une prime qui inclurait aussi les véhicules thermiques (essence ou diesel) à faibles consommations et donc rejetant peu de CO2. Mais la copie n’est pas tout-à-fait prête, précise notre informateur. Et des modifications de montants ou de champ d’application sont encore possibles.

Que faire de stocks de modèles essence ou diesel ?

Les professionnels de l’automobile craignent en effet qu’une prime réservée aux véhicules électrifiés n’ait que peu d’impact sur le marché… « La priorité, aujourd’hui, est de stimuler la demande des ménages et d’écouler les stocks de véhicules récents, qui représentent des immobilisations de l’ordre de 10 milliards d’euros », soulignait mercredi dernier le CNPA (Conseil national des professions de l’automobile), qui représente 142.000 entreprises de vente, après-vente et services dans l’automobile, soit 500.000 emplois.

Les stocks représentent en effet l’équivalent de quatre mois de production, dont la quasi-totalité sont constitués de modèles non électrifiés essence ou diesel. Bruno Le Maire pourrait donc in fine prévoir une prime pour les petits modèles thermiques. Celle-ci serait moindre, toutefois, que pour les hybrides rechargeables. C’est en dernier ressort Matignon qui tranchera…

Les électrifiés sont très chers, même avec des bonus

En France, les véhicules électrifiés ont certes représenté près de 10% des immatriculations de voitures neuves (9,7% exactement) au premier trimestre.  Mais c’est une performance tout à fait insolite. Les constructeurs ont en effet retardé jusqu'au début de cette année toutes les immatriculations de véhicules électriques et hybrides rechargeables pour faire baisser leurs rejets de CO2 durant l'année 2020. Car, les amendes prévues par Bruxelles dès 2021 pour les marques qui dépasseraient les 95 grammes en moyenne sur l'année seront calculées sur la base des résultats 2020. Et les électrifiés sont ceux qui font le plus baisser les moyennes d'émissions, d'autant qu'ils bénéficient d'un comptage bonifié qui leur est très favorable dans les statistiques.

Le boom de l’électrique ou de l’hybride rechargeable semble donc a priori difficilement reproductible sur l’année. Malgré une fonctionnalité réduite (temps de recharge de dix heures chez soi, autonomie réduite au moins de moitié si l’on prend l’autoroute ou des voies rapides), un modèle zéro émission est beaucoup plus onéreux qu’un modèle thermique classique. Avec 13.400 euros de surcoût pour une Peugeot 208 zéro émission (par rapport à une 208 essence 100 chevaux), 14.000 pour une Renault Zoé (vis-à-vis d'une Clio V, plus spacieuse), c'est presque du simple au double!

Une Peugeot 508 hybride rechargeable est de son côté 9.500 euros plus chère que la version essence comparable.  Ce ticket d'entrée élevé (32.000 euros pour une Zoé, 32.100 pour une e 208, 44.550 pour une 508 hybride rechargeable) constitue un énorme frein, en ces temps où chacun craint pour son emploi et son niveau de vie. Même avec des bonus généreux, le différentiel de prix demeurerait substantiel, à modèle comparable. Le différentiel est encore plus flagrant si l’on prend en compte le fait que, en-dessous d’une Zoé ou d’une Clio, Renault propose aujourd’hui une Dacia Sandero essence à 8.290 euros ! Presque quatre fois moins chère que la moins onéreuse des Zoé électriques.

Certes, une Twingo zéro émission arrivera en octobre, mais elle sera de toutes manières encore deux fois plus dispendieuse qu’une simple Twingo essence de 65 chevaux à 11.500 euros.  Si donc le plan gouvernemental veut relancer un marché auto et une production automobile française en berne - cette dernière devrait descendre autour de 1,4-1,5 million de véhicules cette année, contre 2,2 millions en 2019 et… 3,55 millions en 2005 -, il doit ratisser plus large que les modèles ultra-élitistes dits « propres ».

Le plan Renault soit annoncer des fermetures d'usines

En échange de ces mesures de soutien, Bercy veut des engagements de PSA et Renault sur la préservation des emplois et des usines en France. Logique. L’Etat est dans son rôle. Mais, en voulant lier aides au secteur et relocalisations, le ministre de l'Economie a -t-il une chance d'être suivi ? Pas sûr du tout. Déjà, en février 2009, Nicolas Sarkozy avait conditionné l'octroi de prêts garantis par l'Etat aux deux constructeurs tricolores (6,5 milliards d'euros en tout) à un engagement de ne pas fermer d'usines en France ni de délocaliser. En vain.

Le premier test sera le plan d’économies que Renault doit présenter le 29 mai prochain. Ce plan prévoit a priori la fermeture de trois petites usines françaises. Le site Renault de Dieppe (Seine-Maritime), qui fabrique à toutes petites cadences l'Alpine (2.000 étaient prévues à peine cette année avant la pandémie, 400 personnes), les fonderies de Caudan en Bretagne (385 personnes), le petit site de mécanique de Choisy-le Roi (Val de Marne, 263 personnes), sont sur la sellette. Mais aussi et surtout le site phare de Flins (Yvelines), qui a produit à peine 64.000 Zoé en 2019 et 54.000 Nissan Micra ainsi qu'un reliquat de vieilles Clio IV avec 2.500 salariés.

« Flins ne doit pas fermer", a justement martelé ce vendredi le ministre de l'Economie sur Europe 1L'État français, premier actionnaire de Renault avec 15% du capital, a certes des moyens de pression. S’il a promis de garantir un prêt bancaire d'environ 5 milliards d'euros, approuvé par l'Union européenne, Bruno Le Maire a bien précisé dans un entretien au Figaro publié jeudi soir : «  ce prêt, je ne l'ai pas encore signé" ! La question est d’autant plus brûlante que des réductions partielles d'activité devraient aussi toucher l'énorme centre technique de Renault à Guyancourt (Yvelines, 10.800 personnes), au profit de centres d'ingénierie délocalisés et moins chers (Inde, Roumanie…) ! Mais, et c’est la limite des grandes proclamations du gouvernement, Renault est en très grave situation financière et doit réduire des surcapacités chroniques.  "Renault joue sa survie", a même reconnu Bruno Le Maire ! Alors, peut-il survivre en sauvant l’emploi dans l’Hexagone ?

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