Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

Les violences en cuisine doivent cesser pour continuer de transmettre la passion de notre métier - BLOG

Le Huffington Post 07/12/2021 Marion Goettlé
Dans certains établissements, les conditions de travail sont aux antipodes des valeurs que nous prônons aujourd’hui, à travers notamment de l’association a href= © Fournis par Le Huffington Post Dans certains établissements, les conditions de travail sont aux antipodes des valeurs que nous prônons aujourd’hui, à travers notamment de l’association a href=

SOUFFRANCE AU TRAVAIL - Depuis mars 2020, plus de 200.000 personnes ont quitté la restauration. Le secteur est plus ébranlé que jamais. Dans les moments de crise, on s’effondre ou on se renouvelle. Il est temps de faire évoluer notre métier resté dans le passé: horaires à rallonge, petits salaires, manque de considération, hiérarchie écrasante, humiliations

Dans certains établissements, les conditions de travail sont aux antipodes des valeurs que nous prônons aujourd’hui, à travers notamment de l’association Bondir.e. qui lutte contre les violences en restauration. © Rudy-Olivier BENTO Dans certains établissements, les conditions de travail sont aux antipodes des valeurs que nous prônons aujourd’hui, à travers notamment de l’association Bondir.e. qui lutte contre les violences en restauration.

Aujourd’hui, il faut se rappeler pourquoi on a choisi d’exercer ce métier: parce que notre travail consiste à restaurer, et possiblement, à donner des moments de bonheur à nos clients. On cuisine, on partage, on donne, on se livre et on prend soin de nos clients. Pour le faire correctement, il faut prendre soin de tout notre écosystème : prendre soin de nos clients, mais aussi de notre environnement, de nos produits, de nos fournisseurs, et bien sûr, certainement le plus important, de nos collaborateurs. Comment peut-on continuer à vendre du bonheur dans une assiette, sans considérer justement les employés qui œuvrent pour la cuisiner, la servir, la débarrasser, la nettoyer ?

Relire la vidéo

Considérer les collaborateurs, cela signifie placer l’humain devant tout. Dès que la réflexion est fondée sur cela, les solutions affluent.

Stop aux principes militaires au sein des brigades

On peut déjà éliminer les principes militaires qui régissent traditionnellement une brigade, avec cette hiérarchie verticale si écrasante. Le chef qui dirige tout le monde d’une main de fer, tel un monarque et à l’inverse, le/la stagiaire, tout en bas de l’échelle, qui semble invisible et se sent dispensable, voire inutile.

Il faut s’intéresser aux collaborateurs, les intégrer à l’équipe, à la vie et aux projets de l’entreprise, qu’ils soient là pour un mois ou pendant des années. Les écouter, les mettre en valeur et leur donner des opportunités.

Ainsi, proposer de mettre à la carte une de leur création (un amuse-bouche, un dessert, une nouvelle boisson maison, un cocktail ..), les laisser former de nouveaux collaborateurs, leur donner des responsabilités: gestion des stocks, intégration du personnel, vérification du respect et de la bienveillance entre les collaborateurs, etc.

Adapter sa manière de travailler

Avoir de la considération pour ses collaborateurs, c’est aussi adapter notre manière de travailler. Certains ont besoin de plus d’indépendance dans le travail, d’autres cherchent au contraire à être rassurés. En tant que manager, il faut tenter de les épauler sans tomber dans l’infantilisation.

Communiquer manque souvent dans notre profession. Mieux vaut pourtant surcommuniquer que de ne pas communiquer du tout ! Car cela donne l’opportunité aux collaborateurs de partager leurs avis, sentiments et opinions, notamment lors de briefings quotidiens, et de donner les informations relatives au travail de la journée pour que chacun sache où il va et ait l’occasion de poser une question si c’est nécessaire (liste de mise en place, explications des nouvelles cartes ou des petits changements, nombre de réservations pour le service à venir et horaires de réservation...)

Flexibilité sur les congés

Ensuite, adapter les congés en accordant des jours de repos supplémentaires, des récupérations, lorsque l’occasion se présente, est une bonne manière de rendre la pareille quant à leur investissement dans l’entreprise.

Cela peut se servir pour une fête religieuse, pour permettre d’organiser un week-end de trois jours au lieu de deux (notamment pour les personnes dont les familles ne sont pas dans la même région), ou simplement pour un événement privé. Dans ces cas, il faut s’organiser soit en travaillant en équipe réduite, soit en prenant un extra pour remplacer.

Moduler les temps de repos

Dans le même sens, donner une demi-journée de repos en plus par semaine pour les personnes qui travaillent en coupure, ou faire partir une partie de l’équipe plus tôt avec un roulement lorsque l’activité est plus calme doivent devenir des pratiques plus courantes.

Malheureusement encore trop souvent, on voit dans les restaurants les équipes au grand complet jusqu’à la fin du service lors de soirée exceptionnellement calmes, simplement par principe, ou parce que « il y a toujours quelque chose à faire ».

Notre activité implique de travailler le soir, le week-end, les jours fériés, en décalé par rapport à nombre d’autres métiers. Cela ne doit pas être une fatalité : on peut très bien décider de fermer une journée en remplacement d’un jour férié, simplement pour montrer aux collaborateurs que nous ne sommes pas toujours obligés d’être lésés par rapport aux autres secteurs qui bénéficient de ces avantages.

Reconsidérer les personnels des établissements

Dans certains établissements, les conditions de travail sont aux antipodes des valeurs que nous prônons aujourd’hui, à travers notamment de l’association Bondir.e. qui lutte contre les violences en restauration. Pour cela, nous réalisons des interventions de sensibilisation dans les écoles hôtelières.

Comment peut-on continuer à vendre du bonheur dans une assiette, sans considérer justement les employés qui œuvrent pour la cuisiner, la servir, la débarrasser, la nettoyer?Marion Goettlé

Un exemple qui illustre parfaitement le manque de considération, c’est le repas du personnel: tantôt parce qu’il est servi à la cave, sans aucune lumière du jour, tantôt parce qu’on mange de la semoule au ketchup un repas sur deux, ou encore parce qu’on est positionné par niveau social : le chef mange avec les sous chefs et les directeurs de salle, tandis que les autres sont à part. Parfois même, les chefs/seconds etc.. mangent en premier, et si il ne reste pas assez de temps, c’est tant pis pour la pause repas du reste du personnel, qui bien moins important, n’a pas besoin de se ravitailler.

Revaloriser les salaires, primes et avantages

Enfin, il est indéniable qu’une revalorisation des salaires est nécessaire, en cela dans la mesure des possibilités de chaque entreprise. Par ailleurs là encore, il faut trouver des solutions plus concrètes : soit une sorte de « service charge » à l’anglaise détaxée, qui permettrait d’avoir une évolution du salaire en temps réel, avec une vraie récompense financière lorsque les services sont plus intenses, lorsque l’activité est en hausse. Cela doit être un plus, c’est à dire que cette mesure devrait être appliquée pour revaloriser les salaires, et non pour abaisser le salaire de base en partant du principe que l’activité serait haute et que le service charge compenserait le petit salaire.

Une autre solution serait de permettre aux patrons d’accorder des primes non soumises à charge ou impôt, car lorsque l’on souhaite donner une prime aux employés, il faut dépenser beaucoup pour que peu arrive finalement dans leur poche, et c’est inévitablement décourageant. A la place, nous pouvons pour l’instant proposer aux salariés de prendre en charge certains frais (taxis, pressing, téléphone etc..).

Ritualiser les bonus et moments de partage

Il serait souhaitable également que les pourboires, qui se font de plus en plus rares, notamment chez la clientèle française, redeviennent une habitude plus fréquente, et qu’en ce sens, celui-ci soit divisé de manière plus équitable entre tout le personnel, car le pourboire a deux aspects très importants : tout d’abord, ce n’est soumis à aucune charge/impôt, mais surtout, cela matérialise la satisfaction du client, et donc valorise directement les collaborateurs qui ressentent la fierté d’avoir fait passer un moment de bonheur au client.

Pour finir, n’oublions pas les petites attentions et moments de partage qui renforcent les liens d’équipe : apporter ponctuellement le petit déjeuner, cuisiner des repas du personnel qui sortent de l’ordinaire, emmener les équipes au restaurant ou à des activités extérieures, les faire rencontrer les agriculteurs et producteurs, etc...

La restauration est un métier de passion, nous ne devons pas oublier de la transmettre.

À voir également sur Le HuffPost: Pourquoi Hélène Darroze a du mal avec le terme de “brigade” dans “Top Chef”

Publicité
Publicité

Plus de Le Huffington Post

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon