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"Side project" : comment jongler entre un emploi à temps plein et un projet d'entreprise ?

logo de Capital Capital 27/04/2021 Valérie Froger
"Side project" : comment jongler entre un emploi à temps plein et un projet d'entreprise ? © Theodor Moise/Pixabay "Side project" : comment jongler entre un emploi à temps plein et un projet d'entreprise ?

Vous tricotez des moufles pendant votre temps libre ? Vous tenez peut-être là un vrai projet d'entreprise. Quelques conseils pour donner vie à votre “side project” et booster durablement votre moral.

Il pique, il coud, il épingle, il surjette… Du matin au soir, dans les transports en commun ou pendant sa pause déjeuner, Sébastien Mandrier, 32 ans, assistant de gestion dans une banque, profite de chaque minute de son temps libre pour s'adonner à sa passion : la couture. «J'ai commencé à créer des vêtements pendant le premier confinement. Depuis, je ne peux plus m'en passer. C'est mon “truc à moi”, en dehors de mon temps de travail», explique ce financier, qui crée chemises et tee-shirt pour son propre plaisir et, peut-être un jour, celui des autres. «Je revis ! Ça me donne des objectifs et un nouvel élan. C'est vital en ce moment, reconnaît-il, car je m'ennuie un peu dans mon boulot et je manque de perspectives.»

Un hobby du dimanche, un passe-temps pour occuper les longues soirées sous couvre-feu ? Pas du tout ! Sébastien Mandrier est le profil type du salarié essoufflé par son train-train professionnel qui mène avec assiduité un «side project». Tout droit venu de la Silicon Valley, ce terme désigne un projet «créa-kif» dans lequel on investit du temps, de l'énergie, voire des ressources, sans pour autant quitter son job. «C'est plus qu'un simple loisir. Un side project se rapproche d'un projet professionnel : on se fixe des objectifs, on a envie de lancer son idée, de se l'approprier et de la voir grandir», nuance Charlotte Appietto, créatrice du site Pose ta Dem'.

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Grâce à ses programmes de formation, cette coach a aidé, depuis 2018, plus de 350 salariés, indépendants et chefs d'entreprise, à reprendre leur vie en main avec des projets inspirants. «Dans cette quête, précise-t-elle, l'essentiel, c'est de trouver ce qui vous fait vibrer, vous prend aux tripes et permet de vous sentir vivant.»

Libre à chacun de trouver son échappatoire en fonction de ses envies, de ses passions, de ses convictions ou de ses compétences. On peut tricoter des mitaines en laine, telle Jen Ellis, cette institutrice américaine qui a offert des moufles à Bernie Sanders et déclenché un buzz mondial, monter une chorale à distance, créer des colliers en plumes ou organiser un troc de vélos dans sa boîte. Peu importe, pourvu que cela plaise et procure du bien-être !

Grace Anzi, responsable fraude chez Shine, une néobanque, et par ailleurs passionnée de violon a choisi, de passer une partie de son temps chez un luthier. «Je vais lui donner un coup de main une journée par mois et tous les week-ends. C'est une vraie respiration, j'en repars gonflée à bloc», témoigne la jeune femme de 29 ans. Timothée Saumet, CEO de la plateforme numérique Tilkee, lui, pratique le bénévolat auprès de jeunes entrepreneurs. «Cela me sort de ma routine et me procure beaucoup de satisfaction personnelle.»

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Quant à Cyprien Noble, chef de projet mobilités à la Croix-Rouge française, il a exaucé son vœu de voir naître un monde plus durable en lançant un projet au sein de son ONG. «J'ai rejoint le programme intrapreneuriat de l'association pour mettre en place des solutions de covoiturage et d'autopartage solidaire dans les agences locales. L'idée était de me consacrer à un projet qui corresponde à mes valeurs et donne du sens à mon travail.»

Ses convictions ont été récompensées : après six mois d'accompagnement au sein de 21, l'incubateur interne de l'association, son dispositif est en train d'être déployé dans toutes les antennes de la Croix-Rouge. «Il y a une certaine fierté à être allé au bout de cette idée qui me tenait à cœur», admet modestement Cyprien Noble qui, grâce à son engagement, est également monté en compétences. Il gère aujourd'hui la totalité du projet pour le compte de l'ONG.

Nouvel équilibre, sens, second souffle, mieux-être… Qui ne court pas après ce Graal en ce moment ? «Le simple fait de lancer quelque chose par soi-même, sans qu'un manager ne l'ait imposé ou demandé, apporte une bouffée d'air frais. Quand on fait ce qu'on aime, on n'a jamais la sensation de travailler», souligne Charlotte Appietto, paraphrasant Confucius. Reste que si tout est possible, mener deux vies parallèles – salarié et maker – n'a rien d'une sinécure. Particulièrement quand on veut devenir intrapreneur et faire bouger les lignes de l'intérieur.

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«Beaucoup de sociétés proposent des programmes d'intrapreneuriat, mais il faut être bien armé pour les rejoindre. D’abord, le projet doit être bénéfique à l'entreprise, qui le finance et accompagne le porteur. Ensuite, le salarié doit pouvoir défendre sa vision et bénéficier de soutiens en interne. Cela implique d’être plutôt aguerri», prévient Véronique Bouchard, professeur à l'EM Lyon et fondatrice de l'Institut de l'intrapreneuriat. Si ces deux conditions ne sont pas réunies, difficile d'avoir les coudées franches, de laisser libre cours à sa créativité et d'avancer en gardant la foi. Expérience, savoir-faire et force de conviction sont indispensables.

Cette légitimité, Yaël Jacquey-Dehaese, responsable diversité et inclusion de la filière systèmes informatiques de Société générale, la possédait quand elle a proposé à sa direction d'organiser des ateliers tech pour jeunes filles. «Cela fait vingt ans que je travaille à la Société générale, je connais bien le sujet de la mixité. Quand l'occasion de donner vie à ce projet s'est présentée lors du lancement du programme d'intrapreneuriat Internal Startup Call, je me suis lancée.» Avec un franc succès : au terme de six mois d'accompagnement, elle a créé sa start-up, IT4Girls, et a bénéficié d'une évolution de poste. «J'ai le sentiment d'avoir planté une petite graine en incitant les filles à s'orienter vers les métiers du numérique. C'est gratifiant, cela me donne envie de me lever tous les matins.»

Pour mener à bien son projet «couture», Sébastien Mandrier a, lui aussi, décidé de se préparer car son envie de réussir est tenace. «En septembre dernier, j'ai fait valoir mes droits au compte personnel de formation pour suivre des cours à distance de modélisme-stylisme. Je me suis également inscrit au programme de Pose ta Dem' pour mettre toutes les chances de mon côté. Si ça marche, tant mieux. Si ça ne marche pas, ce n'est pas grave, j'ai toujours la sécurité de mon job. Je n'ai aucune pression.»

Et la loi dans tout cela ? En intrapreneuriat, la question juridique ne se pose pas : le salarié reste protégé par son contrat de travail, avec une lettre de mission indiquant la durée du projet et les heures qu'il doit y consacrer. Pour les side projects hors les murs, rien ne s'oppose à ce qu'un salarié mène un projet en parallèle de son emploi. Il existe toutefois quelques exceptions, comme pour les agents de la fonction publique et certaines professions libérales, pour lesquelles le cumul des statuts est interdit. Lorsque c'est autorisé, il y a tout de même des précautions à prendre. Une relecture de son contrat de travail peut être utile pour vérifier l'absence de clauses de non-concurrence ou d'exclusivité.

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Reste ensuite une grande question : faut-il en parler à son manager ? «C'est toujours mieux de l'informer. Actuellement, les entreprises se soucient de plus en plus du bien-être de leurs salariés, et ce type d'initiatives, qui y contribue fortement, est plutôt bien accueilli», indique Charlotte Appietto. Google, Tilkee ou encore Decathlon encouragent ainsi leurs salariés à s'aérer les méninges avec des projets connexes. Maxime Quillévéré, product designer, a ainsi obtenu la bénédiction de son employeur, Shine, pour se consacrer à sa petite start-up, Charitips. «Il s'agit d'un site qui propose des bons cadeau en faveur d'associations caritatives. Je l’ai créé de A à Z il y a deux ans, raconte le jeune diplômé. Ma direction me libère un jour par mois, rémunéré, pour m'occuper du développement de mon entreprise. Ça ne lui pose aucun problème.»

Dernier point, et non des moindres, l’organisation de son temps. Il n'est pas toujours facile de partager ses journées entre son poste de salarié et son projet. «C'est un peu comme quand on reprend des études, il faut être sur deux fronts à la fois. Cette période est très intense», confirme Cyprien Noble, qui a consacré 30% de son temps à son projet de mobilité interne, tout en poursuivant son travail quotidien à la direction de l'action sociale de la Croix-Rouge. Les maîtres-mots pour éviter d'exploser en vol : gestion des priorités. «Je conseille de consacrer une heure par jour à son projet, soit sept heures par semaine. Et de s'imposer un peu de méthode pour éviter d'être débordé ou dépassé. La technique des gros cailloux, qui consiste à placer en haut de votre to-do list les objectifs les plus stratégiques, permet par exemple de fixer trois priorités dans la semaine», suggère Charlotte Appietto.

C’est peu ou prou la technique adoptée par Sébastien Mandrier. Tous les lundis matin, il consigne noir sur blanc dans un carnet de bord ses trois buts hebdomadaires. «Je sais ce que j'ai à faire, ça m'aide à y voir clair et j'aborde la semaine avec un calendrier en tête.» Un bon point car, dans le cas de projets passion, le risque de se faire happer est élevé et bien réel. Yaël Dehaese, elle, n'a plus ce problème. «S'il le faut, je me remets au travail le soir pour gérer ma start-up mais, aujourd'hui, j'ai la chance d'avoir trois associés à mes côtés et une entreprise qui fonctionne quasiment sans moi», se réjouit la cadre entrepreneuse, désormais slasheuse à temps plein.

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