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Voiture électrique : “le cheval de Troie de la Chine menace l’auto européenne !”

logo de Capital Capital 17/12/2022 Georges Nurdin

L’Europe de l’automobile - 8% du PIB européen et 15 millions d’emplois - est menacée par “le cheval de Troie du XXIème siècle, vert et made in China”, dénonce notre chroniqueur Georges Nurdin, économiste, consultant, écrivain.

Vous vous souvenez sans doute de l’histoire du cheval de Troie dans l’Iliade : une belle chanson de geste de l’Antiquité , vieille de 3500 ans… racontée par Homère (et prouvée scientifiquement au XIXème siècle par Schliemann ). Au-delà du coté épique, on en conclut, à juste titre, un brin rêveur et moqueur : “mais comment les Troyens ont-ils été assez stupides pour se laisser berner de la sorte ? et être les artisans de leur propre destruction ?” Et bien cette même “histoire” est en train de se dérouler actuellement, à notre détriment, là, sous nos yeux, exactement de la même manière au niveau de l’Europe automobile. Que se passe-t-il donc ? Une tragédie classique en 3 actes .

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Acte I : les forces en présence et l’appétit de conquête

Le marché de l’automobile dans le monde c’est environ 28 millions de véhicules produits chaque année en Chine (50 Millions dans toute l’Asie, avec le Japon, la Corée, etc.), 22 millions en Europe et 18 millions en Amérique du Nord. La Chine produit aujourd’hui 65% des batteries électriques qui équipent les véhicules électriques dans le monde. Tous, qu’ils soient produits en Chine puis exportés, ou produits hors de Chine mais dotés de batteries “made in China”. La Chine est donc en position de quasi-monopole sur ce marché et ce indépendamment des déclarations, déclamations et autres gesticulations européennes ou élyséennes.

Ceci tient à plusieurs facteurs fondamentaux que nous avons abondamment décrits dans les colonnes de Capital.fr. Et notamment au fait que les terres rares nécessaires aux batteries et autres entrant dans la production des véhicules électriques sont situées à 98% en Chine. Leur extraction et transformation sont une industrie extrêmement polluante (radiations, etc.) qui se situent, bien commodément à mille lieues de nos (très) vertueux yeux “verts” européens, bien à l’abri des regards (et de nos très vertueuses consciences) en Mongolie intérieure (région chinoise jouxtant la Mongolie, NDLR).

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Les marchés naturels d’expansion pour la Chine sont donc les Etats Unis… mais c’est un marché extrêmement protectionniste (une constante américaine de Reagan à… Joe Biden), une vraie forteresse, et en plus, la relation diplomatique n’est pas au plus fort. Accès difficile donc. Et puis bien sûr, il y a l’Europe. L’Europe qui elle n’est pas farouche, pas jalouse et qui laisse à peu près n’importe qui pénétrer son marché : c’est le libre-échangisme total, sans barrière, ni protection. L’Europe de l’automobile - 8% du PIB Européen et 15 millions d’emplois - s’impose donc, d’évidence, comme la terre de conquête de choix pour satisfaire les appétits chinois.

Acte II le Cheval de Troie vert et électrique

Les émissions de CO2 sont de 37,8 milliards de tonnes par an dans le monde. La Chine y contribue à hauteur de 10,7 milliards, l’Amérique du Nord pour 6,5 milliards, l’Inde pour 2,7 milliards et l’Europe pour 2,9 milliards, soit 7,8 % de l’ensemble mondial. Et, en Europe, seuls 12% de ces émissions de CO2 sont imputables aux véhicules thermiques. Donc la totalité du CO2 émise par l’ensemble de TOUS les véhicules dans l’Europe entière ne représente que 0,94% des émissions de CO2 dans le monde. C’est bien entendu beaucoup trop… mais, en même temps, ce n’est même pas 1% du problème, et par conséquent 99% des solutions se trouvent ailleurs.

Mais c’est pourtant exactement le point de fixation du Parlement Européen, dont on connaît maintenant un peu mieux, instruits par les dernières nouvelles en provenance de la Commission, sa profondeur de jugement et surtout, et avant, tout sa haute probité, son intégrité totale et son indépendance vis-à-vis des lobbyistes et autres “influenceurs” extérieurs.

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Le Parlement Européen a donc adopté le 28 Juin 2022 d’une (relativement) courte majorité - par 339 voix pour, contre 244 contre 24 abstentions - la fin de la production de véhicules à moteurs thermiques à partir de 2035. C’est-à-dire, à l’échelle macro-économique à échéance de… demain. Nous livrant ainsi, pieds et poings liés, à l’invasion automobile chinoise.

Et pour être tout à fait sûre de mettre à genou notre industrie de l’automobile européenne et des millions d’emplois directs et indirects qui vont avec, l’Europe (par la Commission cette fois, cette instance, pourtant non élue de l’Europe, mais qui dispose néanmoins du destin de 500 millions de citoyens) a décidé (le 10 novembre 2022) de mettre en place la norme Euro 7 à échéance du 1er Juillet 2027 !

Et ça, c’est le coup de grâce ! Sachant qu’il faut une dizaine d’années pour rentabiliser les investissements nécessaires à l’élaboration et à la production d’un nouveau moteur, il est arithmétiquement tout simplement impossible pour les industriels de mettre en place cette nouvelle norme et d’amortir leurs colossaux investissements dans les 8 ans qui leur resteront entre 2027 et 2035, année où résonnera le clap de fin du thermique. Juste à titre d’exemple, le fameux moteur Cléon fonte a animé des millions de Renault pendant 30 ans de 1962 jusqu’en 1992. Plus près de nous, le 1.2 Turbo Pure Tech de PSA (groupe Stellantis, NDLR) qui équipe aujourd’hui des milliers de Peugeot, Citroën etc. trouve ses racines sur les moteurs EB 3 cylindres atmo datant de 2011, dont le développement avait commencé dès 2006.

C’est d’autant plus le “coup pied de l’âne” que la norme Euro 7 n’amène à faire baisser que très marginalement le taux d’émission par rapport à la (déjà) très exigeante Euro 6. Et surtout elle aligne le Diesel sur… l'essence.

Voilà, l’Europe vient donc d’ouvrir EN GRAND les portes aux Chinois ! Et, Ô comble, l’Europe est la SEULE “région” au monde à faire ce geste d’auto-anhélation (essoufflement, NDLR) programmée par la loi d’un pan stratégique de son économie et partant de ses emplois, de sa richesse et de sa prospérité. Cette même prospérité qui nous sert justement à prodiguer tant de générosité et d’aides à l’endroit d’autres pays non-membres de l’UE.

En effet les chinois, à l’inverse, dès 2015, ont interdit que des véhicules électriques soient construits en Chine sans qu’ils soient équipés de batteries made in China, ceci dans le seul but de protéger la filière et de fortifier leur industrie de la batterie ! Or comme la batterie représente 60% à 65% de la valeur d’un véhicule électrique on a vite compris la portée du calcul… avec ou sans boulier.

Quant aux Nord-Américains, il n’y aucune obligation fédérale, ni même nationale mettant fin au moteur thermique, tout au plus, au niveau “départemental”, la Californie a des régulations dans ce sens.

Enfin, l'UE et la France en particulier se font un devoir d’accélérer à marche forcée ce désastre économique et social annoncé en subventionnant massivement (par le fameux “bonus” dit écologique) l’instrument de son propre déclin industriel en favorisant massivement l’importation des batteries made in China, blotties à l’intérieur de nos (chers) véhicules électriques.

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Acte III : la Chute

Dans quelques années, peu, en fait, car 2035 c’est demain, on va (feindre de) s’étonner que notre filière automobile européenne est sinon démantelée dans sa quasi-totalité, du moins fortement amoindrie, invalidée, incapable de survivre correctement, à armes égales, dans un monde où la technologie et la production lui auront échappé. Des millions d’emplois auront disparu et des millions de foyers laissés sur le bord du chemin… forcément… vert. Mécaniquement, ceci conduira inexorablement à creuser encore plus le déficit de notre balance commerciale, déjà abyssal… que l’on finance par toujours plus de… dette. Spirale addictive. (En France, on n’a pas de pétrole, mais on a de la dette).

Et exactement de la même manière qu’on (feint de) s’apercevoir aujourd’hui, avec effroi, que la France ne sait plus produire de paracétamol, ni de masque, ne sait plus conceptualiser ni produire un vaccin, ne sait plus gérer son hôpital public, a perdu son indépendance alimentaire, ne sait plus produire d’électricité en suffisance, est à la remorque des technologies américaines (et aussi asiatiques) pour le big data et l’Intelligence artificielle, ainsi que pour les drones, et est totalement dépendante de Taïwan pour ses composants électroniques (et à des années-lumière de retard au plan de leur conception et de leur développement), on feindra de s’apercevoir qu’on est passé sous pavillon chinois - au plan de l’automobile. Bien entendu on fera des… Plans et des Refondations et des Conventions. On commandera même des “rapports stratégiques” à des cabinets… américains et pourquoi pas… chinois.

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Epilogue

Une fois que le cheval de Troie a été introduit par les Troyens eux-mêmes à l’intérieur de leur cité-Etat, le Destin de Troie fut irrémédiablement funeste. Pourtant quelques Troyens avaient vu juste et averti à temps leurs concitoyens. C’est le cas de Cassandre, que personne ne voulait entendre car elle n’avait pas “les codes” de la com’, ni les bons “éléments de langages” et du sage Laocoon (étymologiquement : celui qui comprend le peuple ) à qui on attribue dans l’Enéide cette célèbre phrase prophétique “méfie-toi des Grecs, surtout quand ils apportent des cadeaux” (Timeo Danaos et dona ferentis).

Qu’on peut aujourd’hui actualiser en s’inspirant de l’exemple édifiant que nous fournissent les plus hautes instances de la Commission Européenne ces jours-ci par : “Méfies toi des grecques, surtout quand elles reçoivent des cadeaux”...

Georges Nurdin, économiste, consultant international essayiste et écrivain (Les multinationales émergentes, International Corporate Governance, Le temps des turbulences, Wanamatcha !, La prophétie des pétroglyphes)

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