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"Je veux que tout s'arrête" : la journaliste Margaux Duguet raconte sa dépression post-partum

logo de Terrafemina Terrafemina 29/01/2021 Pauline Machado
Témoignage de dépression post-partum © Adobe Stock Témoignage de dépression post-partum

"Ça y est mon bébé dort. Je rouvre Twitter après des semaines d'absence car j'ai pris la décision de vous raconter mon histoire. Ce thread sera long, je tremblerai à chaque tweet d'émotions mais si cela peut aider des femmes alors cela vaudra la peine de parler." C'est ainsi que démarre le témoignage de Margaux Duguet, journaliste et jeune maman d'une petite fille de quelques mois. Un récit à coeur ouvert publié sur Twitter mercredi 27 janvier, qui aborde un sujet encore trop tabou, et ce malgré de nombreuses prises de parole : la dépression post-partum.

Elle y raconte d'abord sa grossesse, en pleine pandémie, entre confinements et alitement dès la 27ème semaine. Entre incertitude et inconnu, hospitalisation et angoisses incontrôlables.

Enceinte de 5 mois, elle doit être arrêtée à cause de "contractions très rapprochées" : son col est rétréci. Elle passe alors "4 jours d'angoisses absolues à la clinique", écrit-elle. "On m'injecte des produits pour arrêter les contractions. Il fait très chaud, il y a peu de personnels, je partage la chambre avec une autre maman et je pleure tous les jours. On me dit : ne stressez pas, c'est pas bon pour le bébé. Mais comment fait-on pour bloquer ses émotions ? C'est possible ça ? Parlez à votre enfant, me dit-on encore. Je n'y arrive pas, j'ai tellement peur de le perdre. Mon cerveau se met en mode survie."

Elle évoque le manque de moyen, de personnel et donc le manque de temps passé auprès des mamans, le fait que les "grossesses pathologiques sont dans le mêmes couloirs que les mamans qui ont accouché. Vous entendez les bébés qui pleurent à côté de vous." La canicule étouffante ("On suffoque dans la chambre"), et puis le retour à la maison, l'attente clouée au lit, douloureuse physiquement comme psychologiquement, qui façonnera un après éprouvant.

"Je veux que tout s'arrête"

Elle réussit à tenir 10 semaines dans cette situation. "Le jour de la 37e semaine, j'ai la poche des eaux qui se fissure. C'est la fin officielle de la prématurité. Mon esprit a lâché, mon corps a suivi. J'accouche d'une petite fille. Elle est merveilleuse mais toute petite. Elle pèse 2,3 kilos. Tout le monde me dit que c'est déjà incroyable d'avoir tenu autant de temps. Mais, je culpabilise (encore et encore), j'aurais pu tenir plus, voilà ce que me je me dis. Je suis heureuse et en même temps, je sens que quelque chose ne va pas."

A ce sentiment toxique s'ajoutent de nombreuses angoisses, l'impression d'être complètement seule, de ne pas faire assez. Un épuisement oppressant. "Je ne dors plus du tout. Elle dort à mes côtes mais je surveille en permanence que tout aille bien. L'allaitement m'épuise mais je sais (on nous le répète tout le temps) que c'est ce qu'il y a de meilleur pour elle. Alors, je tiens. Enfin, j'essaye. Mon mari reprend le travail (oui l'allongement du congé du papa, ce n'est pas encore pour nous) et moi, je plonge. Je me retrouve seule et l'épuisement me gagne petit à petit."


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Et puis, elle confie un décalage, un manque de considération, de compréhension de ses blessures de la part des autres. "Quand j'évoque mon mal-être, on me répond 'chute des hormones'. On me sort le classique : 'quand bébé se repose, maman se repose'. Ah oui ? Et on mange quand ? On ne se lave plus ? On ne fait plus tourner la maison ? J'ai été seule si souvent et je dois de nouveau être seule face à un tout petit qui n'a que quelques semaines de vie. Et puis boum, l'annonce du second confinement se profile."

Elle lâche : "Je le sais : je ne tiendrai pas. Je veux que tout s'arrête, je vois la fenêtre ouverte, j'ai des idées noires (ça c'est dur à écrire)". Elle se réfugie avec sa famille chez ses parents, mais les angoisses ne la quittent pas. Un soir, elle voit l'eau de la baignoire pas vidée, et c'est la goutte d'eau. "Je m'écroule en hurlant", se souvient-elle. "C'est complètement idiot vous me direz. Je hurle, je hurle, je hurle. C'est un cri qui vient des tréfonds de mon corps. C'est presque animal."

20 % des femmes feraient une dépression post-partum

C'est sa sage-femme qui comprend "tout de suite" ce qui se passe lorsqu'elle l'appelle le lendemain de cet incident. La veille, au téléphone, les urgences lui demandaient de venir mais elle n'a pas la force. Et savoir que les établissements sont débordés avec le Covid n'arrange pas les choses. La soignante lui parle d'une hospitalisation avec sa fille dans une unité mère-enfant, il en existe une vingtaine en France seulement.

"On estime que 20 % des femmes font une dépression post-partum (bien plus avec le Covid). Pourtant, les structures manquent pour accueillir ces mamans et leurs enfants", déplore Margaux Duguet. La journaliste rentre à l'hôpital mi-novembre pour 9 semaines, "jusqu'à lundi dernier". Un lieu qui lui sauvera la vie. "Je rencontre des professionnels extraordinaires, aux petits soins, rassurant sans cesse, écoutant en permanence. Avec eux, je vais apprendre à calmer mes angoisses."

Et puis, la sororité qui règne entre patientes. "Il y aussi ces mamans, ces femmes qui vont être à mes côtés et avec qui je vais tant partager. Elles sont incroyablement fortes et puissantes". De ces rencontres naissent une entraide salvatrice. "On parle ensemble le soir, entre deux biberons et on se soutient, beaucoup. On se comprend surtout. Nous ne sommes plus seules en fait." Des moments qui lui permettent de surmonter ses craintes, de reprendre le contrôle petit à petit.

"Je vais de mieux en mieux mais je ne me vois pas encore sortir. Le monde extérieur me fait peur. Imaginez, je vis recluse depuis mars. Personne ne me poussera dehors, voilà ce que l'on me répète." L'unité n'échappe pas au Covid, et ses règlements en sont forcément altérés. "On doit vivre avec un masque en permanence, les permissions sont supprimées. Seuls les papas (et heureusement) sont autorisés à venir. Un moment de seule avec mon enfant ? Vite, je retire mon masque pour qu'elle voit mon visage. On doit aussi manger en chambre et non plus collectivement. J'apprends à manger donc seule en face du mur. Mais, à part ça, que de moments joyeux, que de partages !"

"Nous sommes trop peu à être prises en charge"

Au-delà de livrer son histoire, la journaliste alerte aussi sur la qualité des moyens mis en oeuvre pour aider les femmes qui, comme elle, souffrent de dépression post-partum. "Tout n'est pas joyeux à l'AP-HP. Le personnel manque, les moyens aussi. L'hiver, il faut, par exemple, mettre les lits des bébés dans un certain sens car l'air froid s'engouffre par les fenêtres. Le personnel rêverait d'avoir de nouvelles fenêtres."

Elle explique d'ailleurs que "l'unité vit aussi pas mal sur les dons des autres mamans, des jouets ou des vêtements par exemple. Si jamais, vous en avez en trop, n'hésitez à les envoyer aux unités près de chez vous ou plutôt à leur demander ce dont ils auraient besoin."

Sans mettre en cause une seconde celles et ceux qui y oeuvrent, et font "un travail incroyable, peu reconnu et pourtant tellement précieux", précise-t-elle, Margaux Duguet martèle : "Il faudrait absolument créer, construire, imaginer d'autres unités de ce type en France. Cela concerne des dizaines de milliers de femmes et d'enfants. Nous sommes beaucoup trop peu nombreuses à être prises en charge." Une réalité qu'il est urgent d'enfin prendre en compte. "Je vais vous laisser", conclut la jeune maman, "mon petit bébé pleure".

En seulement deux jours, ses mots ont été relayés plus de 9 000 fois, et comptent plus de 16 000 likes. Et s'ils ont été largement salués, et qualifiés à juste titre de libérateurs et d'indispensables, ses posts méritent davantage que des encouragements aussi bienveillants et bienvenus soient-ils. Ils appellent à des actions concrètes de la part des plus hautes sphères de l'Etat, une véritable reconnaissance de ce mal-être et un accompagnement adapté, avant comme après la naissance, pour venir en aide à celles qui, très bientôt, seront malheureusement dans le même cas.

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