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Comment gérer le passage à la majorité de mon enfant ?

logo de Version Femina Version Femina 08/09/2020 Danièle Laufer et Valérie Robert avec Sophie Carquain, Anne Lamy et Eloïse Rè

Ils ont 18 ans et ils nous le font savoir ! Comment faire face à ce passage à la majorité et éviter les tensions ?

Ado fête ses 18 ans © iStock Ado fête ses 18 ans

« Quand tu seras majeur, tu feras comme tu voudras. Pour l’instant, tu m’obéis ! » Pierre regrette d’avoir dégainé ce genre de sentence à Emilie. Car ça y est, elle vient d’avoir 18 ans, et elle est bien décidée à prendre son père au mot. Juridiquement, elle peut désormais accomplir tous les actes de la vie courante, voter, se marier, acheter ou vendre un bien, ne plus avoir d’« excuse de minorité » devant un tribunal et, dans sa tête, faire fi des conseils de ses géniteurs. Aussi s’envolera-t-elle dès que possible pour la Thaïlande, contre l’avis paternel : « Je fais ce que je veux avec mes économies », grince l’étudiante qui, à la rentrée, veut aussi passer son permis de conduire... « Enfin, si papa me le paie », concède-t-elle.

L’argent, les sorties, les études...

C’est souvent là que le bât blesse. Le jeune est entretenu par ses parents, qui estiment donc devoir agir comme avant. Or ils doivent au contraire l’accompagner par des changements perceptibles. Par exemple, lui allouer une somme mensuelle plus importante pour l’aider sur le chemin de la vie adulte... qu’il ne mène pas encore vraiment. Il pourra gérer son forfait de téléphone, sa carte de transport ou ses dépenses de santé et, dans ce cas, percevoir les remboursements de la Sécurité sociale. Côté sorties, on peut lui dire : « C’est à toi de déterminer l’heure à laquelle tu rentres, mais préviens- moi, de sorte que je ne m’inquiète pas. » C’est d’abord au jeune de fixer la donne, ce qui n’est pas évident quand ses choix nous inquiètent vraiment... Surtout que la majorité entraîne notamment de nouvelles responsabilités, décrites dans le règlement intérieur des lycées : seul, il peut s’inscrire ou annuler son inscription, choisir son orientation, recevoir ses bulletins trimestriels, justifier ses retards, etc. Et non, pas question qu’il abandonne sa terminale ! Abordez la question autrement : « Tu revendiques de faire tes choix. Mais moi, je revendique que tu te comportes comme quelqu’un de responsable. Or ce que tu fais montre que tu ne l’es pas. » Expliquez-lui que son attitude vous oblige à être dans une position parentale comme lorsqu’il était mineur : « Un adulte se fixe des objectifs et se donne les moyens de les atteindre. Je peux tout à fait comprendre que tu préfères t’occuper de tes amours ou sécher tes cours. Mais qu’est-ce qui est le plus important pour toi : satisfaire tes envies à court terme, ou bien réussir tes études et obtenir une autonomie encore plus grande ? »

Des infractions sous surveillance

Il faut d’abord distinguer une bêtise ponctuelle d’un problème plus sérieux. C’est la répétition qui est inquiétante, cela montre qu’il ne comprend pas la responsabilité de ses actes. Des incidents au volant trop fréquents ? Bien vérifier qu’il ne soit pas dans un processus addictif (notamment à l’alcool). Si les découverts bancaires se répètent, peut-être n’a-t-il pas assez d’argent de poche ? Mieux vaut donner plus, en lui expliquant qu’on ne couvrira plus ses dépassements. Dans tous les cas, lui demander de réparer sa bêtise est primordial. Qu’il donne de son temps, garde des enfants, nettoie ce qu’il a dégradé, tout ce qui implique de se rendre utile.

La santé et l’autonomie

Avant 18 ans, une autorisation des parents est nécessaire pour tout acte médical (à l’exception de l’IVG et de la prescription d’une contraception). Le mineur peut seulement demander que ses parents ne soient pas informés de son dossier médical. Une fois majeur, toute démarche de santé ne concerne que le patient et le secret médical s’impose. Si le jeune souhaite informer ses parents ou réclamer leur présence, c’est à lui seul d’en faire la demande et à eux de lui tendre une perche pour voir s’il souhaite en parler. Il n’existe qu’une seule exception : lorsqu’un majeur se met en danger (ou met en danger autrui), la famille peut demander une hospitalisation d’office sous contrôle médical (sans consentement de l’intéressé) au juge des libertés. Même si le jeune ne vit plus au domicile de ses parents, légalement, ceux-ci ont une obligation d’entretien tant que celui-ci n’a pas fini sa formation. Le « métier » d’un jeune majeur reste de faire des études ou une activité qui ait du sens pour lui. S’il veut découvrir le monde, ses parents peuvent le mettre devant ses responsabilités en ne l’aidant pas financièrement. Mais partir à l’étranger et améliorer son anglais est un projet qui s’entend, tout comme vouloir travailler, même si c’est pour suivre

son amoureux... C’est l’absence de projet qui est préoccupant. Rappelez-lui que votre porte reste ouverte.

Il peut partir... et revenir.

Ce qu'ils nous apprennent... 

Parce qu’ils deviennent grands, « adultes », ils nous bousculent et ça a du bon... si l’on veut bien se laisser faire.

Ils font évoluer nos certitudes Ils questionnent tout et ont des arguments. On ne risque pas de s’endormir sur nos convictions !

Ils stimulent notre curiosité Ils sont capables de réparer la box de la télévision ou de redémarrer l’ordinateur du salon. Mais, qu’ils aient ou non des capacités techniques supérieures, ils nous aident surtout à décrypter ce monde nouveau dans lequel ils vont bientôt entrer en tant qu’adultes.

Ils nous poussent à mieux hiérarchiser Quand ça clashe, il y a un moment où l’on doit faire le tri entre l’important et le superflu. Les grands discours, ils s’en foutent ! Ce qu’ils veulent, c’est de la cohérence.

Ils éclairent notre part d'ombre Les adolescents font un effet loupe sur tout ce qui est flou, tout ce qui vacille dans la société, mais aussi en nous.

Ils nous obligent à bouger C’est le moment de reprendre le sport pour souffler ! Et penser à ses ados, pleins d’énergie, qui nous trouvent vieux avant l’âge, ça fait parfois courir plus vite.

Ils nous aident à comprendre les autres Une fois que l’on s’est « entraîné » à communiquer avec eux, on devient des champions de la souplesse et de l’autodérision. C’est plus simple, ensuite, de comprendre les autres.

Ils nous rendent philosophes La bonne nouvelle, c’est que si l’ado est imbuvable le matin, il peut s’avérer très fréquentable le soir. Avec eux, nous apprenons à composer avec l’imprévisible, l’inattendu. Et l’on se laisse surprendre à trouver merveilleux qu’ils deviennent différents de ce que nous avions imaginé. En fait, ils font germer en nous le « bon doute », qui nous pousse à faire de vrais choix, ceux qui nous rendent plus philosophes.

Une justice des mineurs étendue ? 

S’appuyant, entre autres, sur le fait que le cerveau n’arrive pas à l’âge adulte avant 25 ans, Dominique Attias, avocate au barreau de Paris, plaide pour une justice des mineurs étendue aux 18-21 ans. « Ce dispositif existe dans d’autres pays comme le Danemark, l’Allemagne, le Portugal, l’Autriche et les Pays-Bas. Cela implique d’accompagner la sanction d’un suivi spécifique – éducatif, social, psychologique, juridique. Cela créerait un “sas de décompression” pour ces jeunes qui, aujourd’hui, se retrouvent à 18 ans + 1 jour sans filet et la proie facile de bien des dangers », explique cette spécialiste de la justice des mineurs et des jeunes majeurs.

21 ans

c’est l’âge où s’arrête net le « contrat jeune majeur » de l’Aide sociale à l’enfance.

>A découvrir également : A quel âge dois-je laisser mon ado partir seul en vacances ?

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