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Voici comment cesser d'être un enfant avec ses parents

logo de Version Femina Version Femina il y a 3 jours Valérie Josselin

« Vos parents ne sont plus vos parents » : sous ce titre provocateur se cache un essai libérateur des psychopraticiens Marie-France et Emmanuel Ballet de Coquereaumont, qui nous proposent de mener enfin notre «vraie» vie d’enfant devenu adulte.

Voici comment cesser d'être un enfant avec ses parents © iStock Voici comment cesser d'être un enfant avec ses parents

La relation parent-enfant à l’âge adulte? Un sujet très peu exploré par la littérature « psy ». Et pourtant, tous les experts en thérapie familiale l’attestent, ce lien est souvent problématique et s’accompagne de répercussions importantes sur la vie amoureuse, professionnelle, amicale.  « Cela nécessite de s’attaquer au tabou de la parentalité “à durée indéterminée”», dénoncent Marie-France et Emmanuel Ballet de Coquereaumont dans leur livre paru chez Eyrolles. « Une fois que l’on est devenu parent, on l’est pour la vie entière », « On reste toute sa vie l’enfant de son parent » : loin d’assurer l’épanouissement individuel, ces croyances séculaires visent principalement à maintenir les traditions et le pouvoir des ancêtres, voire à combler les déficiences de la société, en déléguant le soin des aînés aux descendants. Devenir un « ex-enfant permet de créer une nouvelle alliance plus mature et égalitaire avec son parent, d’adulte à adulte », assurent les deux psys. Les étapes clés pour y parvenir…

On commence par prendre le pouls de la relation

Vous avez peur de décevoir votre parent en faisant des choix qu’il n’approuve pas? Vous vous sentez coupable de ne pas l’appeler plus souvent? Vous êtes triste, « vidé » ou en colère après l’avoir vu ? Agacé, vous n’arrêtez pas de lui adresser des reproches? « Acceptez de ressentir que vous n’êtes pas bien dans cette relation, qu’elle ne vous met pas en joie et ne vous « nourrit » pas, même si c’est inconfortable ou douloureux », recommande Emmanuel Ballet de Coquereaumont. « S’en défendre (« Il n’y a pas de problème entre nous », « C’est la faute de mon ex si on ne s’entend pas »… ) contribue à maintenir la relation à l’abri de tout réajustement ».

On arrête de penser qu’on leur est redevable

« Bébé, je faisais des otites à répétition. Ma mère a passé des heures à mon chevet », « Ils ont travaillé dur pour me payer mes études », « Quand mes parents se sont séparés, ma mère n’a pas refait sa vie, pour se consacrer pleinement à nous »… Combien d’enfants se disent, le plus souvent inconsciemment, qu’ils ont tellement reçu de leurs parents, à commencer par la vie, qu’ils ne pourront jamais leur rendre autant ! « A l’âge adulte, « l’oblativité parentale » est le ciment qui maintient l’idée d’une dette éternelle, observe le psychopraticien. Or l’ex-enfant ne doit rien de façon automatique à son parent, dont l’amour n’est jamais totalement désintéressé. Il ne lui appartient pas. Devenir adulte, c’est renoncer à l’illusion d’un amour parental sans faille et inconditionnel, qui nous protégera toute notre vie. C’est intégrer sa solitude existentielle ».

On se reconnaît le droit de s’indigner

Qu’ils aient été intentionnels ou non, certains comportements, certains mots vous ont fait souffrir, enfant. « Il est difficile aux patients de le reconnaître », rapporte Emmanuel Ballet de Coquereaumont. En réalité, peu d’adultes sont enfermés dans la rancune, la colère ou les reproches à l’égard de leurs parents. La majorité, même s’ils se plaignent de « manques », continuent à idéaliser leurs parents ou à prendre leur défense : « Ils ont fait ce qu’ils ont pu », « Ce sont mes parents tout de même », « Ma mère n’a pas eu une enfance facile »… La pensée magique du type « Elle va changer », « Il va se rendre compte que…» est omniprésente. Le seul moyen de ne plus être un éternel enfant est de rendre ses parents à nouveau pleinement libres et responsables d’eux-mêmes, en arrêtant de leur trouver des excuses.

Concrètement, quand vous êtes face à vos parents, partez des faits, plutôt que de vos impressions ou sentiments: insultes ou menaces proférées par votre parent, « mots de trop », gestuelles agressives, besoins affectifs non comblés (être câliné, compris, entouré, partager du temps et des activités avec ses parents…). Le chantage affectif est plus difficile à identifier ! Il ne s’agit pas de venir revendiquer son « dû » ou d’accabler ses parents de reproches, mais d’acter une bonne fois pour toutes ce qu’ils n’ont pas été en mesure de vous apporter.

On devient son propre parent

Les parties de notre personnalité qui ont été délaissées dans notre enfance (non validées par nos parents ou carrément niées) ont besoin de nouvelles réponses pour nous éviter d’être en éternelle attente ou réparation de ce qui n’a pas été. « Il incombe à l’ex-enfant de prendre la responsabilité de sa propre guérison pour panser ses plaies, en se faisant accompagner si possible par un professionnel », prévient Emmanuel Ballet de Coquereaumont. « En devenant son propre allié, en prenant soin de son « enfant intérieur » blessé, la personne peut lâcher la fonction parentale qu’elle attribuait jusque-là à ses géniteurs. C’est l’une des conditions majeures pour favoriser de saines relations avec ses parents ».

On édicte avec ses ex-parents de nouvelles règles d’alliance

Pour se pacifier, les rapports enfant-parent du passé doivent évoluer vers une relation d’adulte à adulte réactualisée. « L’ex-enfant doit prendre le risque de décevoir son ex-parent, d’être enfin lui-même, et permettre à ce dernier de vivre sa vie comme il l’entend, débarrassé de ses « obligations»  de parent et de grand-parent » , explique Emmanuel Ballet de Coquereaumont. « Ce n’est pas un acte d’abandon mais une véritable libération qui permet à chacun de retrouver un lien vivant, débarrassé de tout ce qui le parasitait: soumission, loyauté, culpabilité, rébellion, fusion, honte, peur ». Octroyez-vous le droit d’affirmer votre ressenti, de faire les choses par plaisir, parce que cela nourrit la relation, et non par obligation ou automatisme. Il est bon d’instaurer une saine distance, en ne s’appelant pas tous les jours, par exemple ! Et de faire évoluer la relation en fonction des besoins de chacun (qui évoluent): « Là, cela ne me convient plus… » Rien n’est jamais acquis! Rappelez-vous que ce n’est plus le « parent idéal », mais un « simple » partenaire de négociation, qui a lui-même un « enfant intérieur » blessé.

L’ex-enfant doit prendre le risque de décevoir son ex-parent.

Un parent d'adulte, ça n'existe pas...

On ne voit pas ses enfants grandir. Ainsi, qu’ils aient 30, 40 ou 50 ans, on continue de leur prodiguer conseils et leçons de vie ! Une aberration, selon le couple de psychopraticiens Marie-France et Emmanuel Ballet de Coquereaumont: « Un parent d’adulte, ça n’existe pas, c’est antinomique. Un parent a pour mission d’accompagner l’enfant à grandir, pas l’adulte à s’épanouir ». Etre parent d’adulte, c’est donc cesser d’être dans « Je sais ce qui est bon pour toi ! ».

Devons-nous renoncer à la fonction parentale? « Oui, pour que la relation puisse s’approfondir, répondent les deux psys. Notre rôle change, s’orientant davantage vers la transmission. On peut enfin parler de notre expérience personnelle, de notre enfance, de nos rapports avec nos parents, de nos blessures passées ou présentes sans avoir peur de fragiliser notre ex-enfant. Ce qui lui permet de s’inscrire dans l’histoire familiale et d’apprendre à mieux nous connaître en tant que personne adulte ». Devenir un ex-parent, c’est aussi accepter de lâcher notre fonction parentale pour vivre enfin notre vie, et non plus seulement au travers de nos enfants…

>A découvrir également : Comment savoir si mon enfant fait une crise d'adolescence ?

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