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Crop top, de l'interdit implicite au symbole sexuel

logo de ELLE ELLE 05/07/2021 Lydia Menez

Les déclarations d’Emmanuel Macron, qui réclame une « tenue décente » pour aller à l’école, ont déclenché une polémique, notamment sur les réseaux sociaux. Deux expertes expliquent à ELLE pourquoi ce tee-shirt au-dessus du nombril fait régulièrement scandale.

Crop top, de l'interdit implicite au symbole sexuel © Alys Tomlinson / Getty Images Crop top, de l'interdit implicite au symbole sexuel

La polémique autour du crop top est de retour. Dans une interview exclusive pour ELLE, Emmanuel Macron a été interrogé sur le port de ce tee-shirt au-dessus du nombril à l’école. Sa réponse est sans équivoque : « À l’école, je suis plutôt “tenue décente exigée”, aussi bien pour les filles que pour les garçons. Je ne suis pas un défenseur de l’uniforme, mais tout ce qui vous renvoie à une identité, une volonté de choquer ou d’exister n’a pas sa place à l’école », a affirmé le président.  

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Sur les réseaux sociaux, cette déclaration n’est pas passée inaperçue. Rapidement, le terme « crop top » s’est retrouvé en tendance sur Twitter, et le hahstag « #BalanceTonTop » a été créé pour pointer du doigt les propos du chef de l’État. « N’interdisez pas la liberté à vos filles, éduquez vos fils », tweete une internaute. « Portons ce que nous voulons porter. Personne n'a à décider pour nous. Le crop top est le top que je porte le plus souvent et il n'y a rien d'indécent dans cela. C'est votre jugement qui l'est », écrit une autre. Bien souvent, une photo selfie avec un tee-shirt au-dessus du nombril accompagne les tweets postés avec ce hashtag.  

Ce n’est pas la première fois que ce tee-shirt au-dessus du nombril fait scandale. En septembre 2020, déjà, Jean-Michel Blanquer incitait les lycéennes et les collégiennes à s’habiller de manière « correcte et républicaine », après l’interdiction du port du crop top dans certains établissements.  

Pour les unes, une façon de s’affranchir des règles et de s’affirmer, pour les autres, un vêtement « indécent » qui n’a pas sa place à l’école, le crop top déchaîne les passions.  


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Un vêtement qui « s’extirpe du vestiaire codifié par les parents » 

En vogue au début des années 2000, le crop top est récemment revenu en force, popularisé par de nombreuses marques et de nombreuses influenceuses. « Le crop top, pour moi, c’est Britney Spears et tout un imaginaire de Lolita pop », explique Alice Pfeiffer, journaliste spécialiste dans les rapports entre la mode et le genre. « Ce tee-shirt donne l’impression que le corps échappe aux règles implicites, qu’il sort de sa place pour s’extirper du vestiaire codifié par les parents », poursuit-elle.  

Selon Caroline Courbières, professeure en sciences de l’information et de la communication, le crop top n’est pas « une pièce chargée idéologiquement ou symboliquement ». Une affirmation confirmée par Alice Pfeiffer : « C’est un tee-shirt lambda, sauf qu’il dévoile une partie entre les seins et le pubis : le ventre. Cette zone se situe entre deux attributs sexuels, mais ça reste un endroit chaste malgré sa proximité avec ce qu’il est illégal de montrer », analyse-t-elle. Les crispations autour du crop top résiderait donc dans ce bout de chair qu’on dévoile. « On montre la peau du ventre d’une fille, c’est le “mal”, c’est le péché », explique Caroline Courbières.  

« Avec ce genre de propos, on donne une valeur morale à un vêtement » 

Les deux spécialistes disent ne pas comprendre la polémique sur le port du crop top à l’école. « Ce n’est pas un vêtement qui revendique quoi que ce soit », affirme Caroline Courbières. « Avec ce genre de propos, on donne une valeur morale à un vêtement, défini par la notion de la vierge et de la putain, et on le rend incriminant », ajoute Alice Pfeiffer.  

Jeans taille basse avec string apparent, décolletés, épaules dénudés, minijupes... d’autres vêtements ont défrayé la chronique à l’école. « Ce n’est que des constructions. Les pièces vestimentaires sont juste des objets qu'on va investir de valeur, ou pas », conclut Caroline Courbières. Et c’est dans le dressing féminin que la société déciderait de porter une symbolique morale. « On est dans un pays latin, patriarcal, extrêmement machiste, avec toute une culture d’objectivisation des petites filles, déplore Alice Pfeiffer. Le contrôle des corps n’est pas terminé. »

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