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Covid-19: "Comment les citoyens ont pris le chemin de l’autonomie alimentaire" - BLOG

Le Huffington Post 29/11/2021 Valère Corréard
Devant la menace de pénuries et d’inflation, mais aussi disposant d’un temps libre sans précédent, nous sommes nombreux à avoir fait évoluer nos pratiques pour manger. © Fournis par Le Huffington Post Devant la menace de pénuries et d’inflation, mais aussi disposant d’un temps libre sans précédent, nous sommes nombreux à avoir fait évoluer nos pratiques pour manger.

COVID-19 - La crise sanitaire a été l’occasion pour de nombreuses personnes de changer leurs habitudes alimentaires: cuisiner maison, faire son pain, acheter des produits en circuit court, faire pousser des fruits et légumes dans un jardin ou sur un balcon... n’avait rien d’exceptionnel lors du premier confinement, une période où notre système agroalimentaire a clairement montré ses limites. C’est à l’épreuve de la crise immédiate et concrète que nous semblons les plus enclins à réagir, et c’est en cela que la pandémie du Covid-19 constitue sans aucun doute une opportunité inédite pour l’espèce humaine. Et si l’expérience d’une crise de cette ampleur portait en elle les germes d’une prise de conscience profonde, et que tout commençait par nos assiettes?

Devant la menace de pénuries et d’inflation, mais aussi disposant d’un temps libre sans précédent, nous sommes nombreux à avoir fait évoluer nos pratiques pour manger. © South_agency via Getty Images Devant la menace de pénuries et d’inflation, mais aussi disposant d’un temps libre sans précédent, nous sommes nombreux à avoir fait évoluer nos pratiques pour manger.

17 mars 2020, une date qui fera date. Elle restera sans doute dans les livres d’Histoire, ce jour où la France a été “mise sous cloche” pour faire face à l’infiniment petit, alors qu’on se croyait déjà si grands. Ce virus a sonné comme un rappel à la condition humaine, nous sommes vivants, nous faisons partie de la nature, la mort fait partie de la vie. Non pas que nous ne le savions pas, mais nous faisons partie d’une société qui ne ferait pas autrement si son but était de nous le faire oublier, ou ignorer au quotidien. Et même si le “monde d’avant” a fait son retour immédiat malgré les appels au “monde d’après”, les choses ont (un peu) changé.

Valère Corréard & Mathilde Golla - Manifeste pour une alimentation durable - Ed. Marabout collection Époque Épique © Ed. Marabout Valère Corréard & Mathilde Golla - Manifeste pour une alimentation durable - Ed. Marabout collection Époque Épique

Dans nos assiettes notamment, car c’est bien là que nous avons expérimenté la transition des confinés, un refuge, un espace de partage, une raison de changer de pratiques montrant aussi à quel point les Français veulent manger mieux, un sujet qui doit s’imposer dans le cadre du débat public à l’aune des présidentielles.

Le choc

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Ce fut peut-être un premier choc qui en précédera d’autres. À l’heure de l’intelligence artificielle, des mégastructures, des algorithmes, du transhumanisme et des voyages touristiques dans l’espace, un coronavirus a bousculé l’humanité dans ce qu’elle pensait être comme un aboutissement, mais aussi un levier de progrès: la globalisation. Tout est global, mondialisé, mais la machine s’est grippée en quelques semaines.

Et si nous avions vécu un premier effondrement collectif contemporain au sens des collapsologues? Possible. Et avons-nous vécu un traumatisme collectif face à la maladie, la fébrilité des structures étatiques, du pouvoir, des acteurs économiques, des marchés financiers? C’est indéniable. Cette expérience fut celle d’une fin au sens propre et figuré, la fin d’un modèle où tout est sous contrôle, la fin de l’idée que l’État peut (presque) tout, la fin de l’idée que nous sommes au-dessus des lois de la nature. On a d’ailleurs à cette période beaucoup parlé du “monde d’après”, comme pour faire le deuil de celui d’avant. 

Manger au début de la crise: les Français réalistes

Il faut dire que le pire a été évité et que nous n’étions pas dupes. Puisque nous avions beaucoup plus de temps, nous sommes revenus aux bases, manger en fait partie. Sur ce sujet, il ne fallait pas être un expert pour constater que cela ne tournait plus rond: étals clairsemés, produits frais moins frais, inflation des prix… autant de signaux qui n’ont trompé personne. Lorsque le plan secret de la grande distribution a été dévoilé, pas sûr que cela ait surpris grand monde: les pouvoirs publics et les acteurs de la distribution alimentaire avaient un scénario, si jamais l’absentéisme continuait à croître ou que les transporteurs exerçaient massivement leur droit de retrait, l’armée devrait s’en mêler. Heureusement, ce ne fut pas nécessaire.

Une fois passées sidération, colère ou angoisse, des millions de citoyens ont décidé de réagir, applaudir, créer, partager, soutenir. Et s’il y a bien un lieu où le chemin de la résilience a été emprunté, c’est dans nos assiettes. Étonnamment, les gens savent ou devinent alors que notre modèle agroalimentaire ne tient pas debout, les achats de précaution en sont l’illustration criante. Il n’a donc pas fallu attendre longtemps après la fermeture des marchés, le manque de main-d’œuvre dans les champs et la chute brutale des importations pour que des alternatives fassent vite office d’évidence.

Reprendre le contrôle de l’assiette: une évidence

Devant la menace de pénuries et d’inflation, mais aussi disposant d’un temps libre sans précédent, nous sommes nombreux à avoir fait évoluer nos pratiques pour manger. En faisant nous-mêmes d’abord, quitte à créer quelques pénuries comme la farine, certains sites de recettes en ligne ont alors battu des records de fréquentation, les réseaux sociaux étaient inondés de “porn food”, se faire à manger et le faire savoir est alors devenu un sport national! Et ce n’est pas un détail, car lorsque nous cuisinons, c’est tout notre rapport à la nourriture qui change avec un mouvement d’émancipation vis-à-vis d’un modèle fondé non pas sur la transparence, mais sur le flou.

Mais ce n’est pas tout, il a aussi s’agit de changer ses habitudes pour faire ses courses: jamais les offres en circuit court n’avaient connu un tel succès, une croissance à deux chiffres en quelques jours! AMAP, ruches, ventes directes, groupements de consommateurs ou de producteurs, qu’importe la forme, nous voulions éviter les regroupements en grandes surfaces, nous avions aussi besoin de sens, de prix juste et de transparence, et cela commençait par nos assiettes.

Et puis, beaucoup de familles ont aussi expérimenté la production de fruits et légumes, dans la rue, sur un balcon ou dans un jardin, le chiffre d’affaires des jardineries à cette période peut en témoigner.

Et après?

Que va-t-il rester de cette séquence d’“autonomisation” alimentaire? Si les sondages laissent penser qu’une majorité de Français est bien décidée à faire sa transition dans l’assiette, il ne faut pas se leurrer. Sans une transformation en profondeur de notre modèle alimentaire à tous les niveaux (production, distribution, consommation), le défi est difficile à relever pour le plus grand nombre d’entre nous.

L’espoir est né d’une crise avec des citoyens mobilisés, lucides et capables de porter une transition rapide, l’accompagnement politique est désormais indispensable pour transformer l’essai, qu’importe que le monde d’après ait vécu. Nous savons désormais ce que nous sommes capables de faire, on nous parle souvent du pire, là ce fut pour le meilleur. L’échéance politique de 2022 ne laisse pour l’instant que peu de place à cet enjeu fondamental, primaire même, mais il est encore temps pour les candidats d’en faire un sujet clé du débat public, et il est fort probable que les électeurs répondent présents comme ils l’ont fait en mars 2020, dignes, autonomes et tellement audacieux pour faire la transition dans leur assiette.

Valère Corréard & Mathilde Golla - a href= © Fournis par Le Huffington Post Valère Corréard & Mathilde Golla - a href=

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