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Le covid m'a plongée dans le coma, les soignants m'en ont sortie - BLOG

Le Huffington Post 30/11/2021 Pascale R.
Aujourd’hui, j’ai presque complètement récupéré. Et c’est inespéré. Je l’ai déjà écrit, je le répète: j’ai de la chance. Je témoigne, et pourtant j’appartiens aux chanceux. Chance relative. La maladie n’est pas une chance. Les soins et la prévention auxquels on a accès, oui. Les soignants m’ont ramenée d’entre les morts, et m’ont permis ensuite de retrouver ma vie. (photo d'illustration) © Fournis par Le Huffington Post Aujourd’hui, j’ai presque complètement récupéré. Et c’est inespéré. Je l’ai déjà écrit, je le répète: j’ai de la chance. Je témoigne, et pourtant j’appartiens aux chanceux. Chance relative. La maladie n’est pas une chance. Les soins et la prévention auxquels on a accès, oui. Les soignants m’ont ramenée d’entre les morts, et m’ont permis ensuite de retrouver ma vie. (photo d'illustration)

SANTÉ —Atteinte fin février 2020 d’une forme sévère du Covid, j’ai été plongée dans le coma artificiel pendant 43 jours. 43 jours qui ont disparu de ma vie, 43 jours qui ont marqué pour toujours ceux de mon entourage, enfants, mari, parents, amis. 43 jours pendant lesquels j’ai reçu des soins de qualité, où la volonté de me donner toutes les chances de survivre, malgré de nombreux indicateurs très négatifs, a prédominé, une attention et une délicatesse remarquable, 43 jours où les équipes ont aussi accompagné avec gentillesse, écoute, humanité, empathie une famille dévastée, dans l’expectative, craignant le pire, espérant qu’il ne se produirait pas, mais également parfaitement consciente qu’il était possible et certains jours, probable.

Je me suis réveillée: en fait, ce sont les équipes qui ont réussi à me réveiller, avec en amont tout un travail très spécialisé pour tenter de protéger mon corps, mes organes, et le reste. J’ai des souvenirs du coma. J’ignore complètement à quelles phases ils correspondent, quelle durée ils représentent.

43 jours de coma et réveil

Aujourd’hui, j’ai presque complètement récupéré. Et c’est inespéré. Je l’ai déjà écrit, je le répète: j’ai de la chance. Je témoigne, et pourtant j’appartiens aux chanceux. Chance relative. La maladie n’est pas une chance. Les soins et la prévention auxquels on a accès, oui. Les soignants m’ont ramenée d’entre les morts, et m’ont permis ensuite de retrouver ma vie. (photo d'illustration) © Kashin Sergey Alekseevich via Getty Images Aujourd’hui, j’ai presque complètement récupéré. Et c’est inespéré. Je l’ai déjà écrit, je le répète: j’ai de la chance. Je témoigne, et pourtant j’appartiens aux chanceux. Chance relative. La maladie n’est pas une chance. Les soins et la prévention auxquels on a accès, oui. Les soignants m’ont ramenée d’entre les morts, et m’ont permis ensuite de retrouver ma vie. (photo d'illustration)

Quand j’ai commencé à reprendre conscience (cela ne se fait pas en deux secondes), j’ai trouvé autour de moi des gens engoncés dans des tenues de protection, et l’air tellement heureux et soulagé qu’à l’évidence, il y avait eu une catastrophe. Mon dernier souvenir était la médecin m’expliquant que l’intubation et le coma étaient devenus inévitables. Avant cela, j’étais en forme. Je marchais. J’étais autonome. Après 43 jours de coma, bien avant en fait, c’est fini. Les muscles ont fondu, disparu. Mais j’étais là, et tout le monde n’avait qu’un souhait: me rendre à ma famille, à mes enfants. Me soutenir pendant ce long parcours.

Vous avez envie de raconter votre histoire? Un événement de votre vie vous a fait voir les choses différemment? Vous voulez briser un tabou? Vous pouvez envoyer votre témoignage à temoignage@huffpost.fr et consulter tous les témoignages que nous avons publiés. Pour savoir comment proposer votre témoignage, suivez ce guide!

C’est la découverte pour soi de la réalité de la dépendance. Rien n’est possible sans les soins et le dévouement des soignants. Ils vous soulèvent. Ils veillent sur vous, vous installent, s’inquiètent de votre mine, vous massent, reviennent encore et encore prendre soin de vous. C’est leur métier, ils ont signé. Tout le monde ne fait pas un métier où on donne autant de soi, où ce don change autant la donne pour ceux qui le reçoivent. En période de pandémie, avec les maladies contagieuses, le problème de la propagation est fondamental. Les répercussions dans les lieux de soins sont notamment que les équipes doivent se protéger, et protéger les patients, notamment par les tenues, mais également qu’elles sont sursollicitées par ces mêmes patients. Les visites étant très limitées, ce qui s’entend, ils n’ont qu’eux. Vous émergez d’un coma, vous avez besoin de comprendre, de savoir, mais aussi de retrouver la vie, le contact, l’échange (échanger en étant intubé – je le suis restée 5 jours éveillée — est une gageure): vous avez besoin des soignants, mais aussi des individus derrière les professionnels, puisque les temps de visite sont comptés. Et ils sont là. Un sourire, un serrement de main, un geste doux, la volonté d’essayer de comprendre votre demande, votre besoin.

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Un long parcours et de la chance

Le parcours qui suit est long. J’ai eu beaucoup de chance: j’ai particulièrement bien et vite récupéré avec peu de séquelles. C’est inespéré. Je le sais, je ne l’oublie pas. Je pense à ceux qui n’ont pas cette chance. Je pense à ceux qui n’ont pas pu être réveillés. Je pense à leurs familles. J’ai mal pour eux. Les mots manquent.

C’est long, c’est difficile. Certains jours, on peut être tenté de baisser les bras. Une forme de désespoir, de dépression, un passage à vide. Là encore, j’ai en tête des jours précis, où, quelle que soit ma volonté de sortir, de retrouver au plus vite mes enfants et mon mari, de rester courtoise et souriante parce que, oui, j’ai de la chance et parce que c’est le minimum que la maladie ne peut pas vous retirer, et bien c’est difficile. Là encore, les équipes se sont mobilisées. Ces jours-là, je ne les oublierai pas, parce que ce qui m’a été non pas donné, mais offert, est ce qu’il y a de plus précieux au monde.

Infirmières et aides-soignantes qui parlent aux médecins, ces derniers qui passent, plus longtemps que la veille, elles qui cherchent comment vous aider à sortir de cette espèce de catalepsie, chacune à sa façon et suivant votre état…

Je me souviens d’A., en réa, qui m’a regardé droit dans les yeux et m’a interdit de me taire. Je me souviens d’une aide-soignante, toujours en réa, qui a consacré deux heures à me laver et soigner les cheveux, musique en fond, rires et sourires. En soins intensifs, pareil. Je me souviens de chacun et chacune d’entre eux. Je gomme de mon esprit tout le violent. Des soins parfois douloureux. Des soins désagréables, mais nécessaires, plus que nécessaires. Ces soins que l’on tient pour acquis, et qui vous sauvent la vie. Comment tenir pour acquis ce qui vous sauve la vie ? Mais je garde comme un bien précieux cette générosité, ces moments de partage, de rires, de pleurs, de sourire, ces progrès durement acquis, mais jamais seule que j’ai trouvés partout où je suis passée (4 hôpitaux, 5 services), cette attention à ma personne et à ceux que j’aime…

De la chance et de la reconnaissance envers les soignants

Aujourd’hui, j’ai presque complètement récupéré. Et c’est inespéré. Je l’ai déjà écrit, je le répète : j’ai de la chance. Je témoigne, et pourtant j’appartiens aux chanceux. Chance relative. La maladie n’est pas une chance. Les soins et la prévention auxquels on a accès, oui. Les soignants m’ont ramenée d’entre les morts, et m’ont permis ensuite de retrouver ma vie.

À tous les soignants qui nous soulèvent, qui s’inquiètent de notre saturation, qui surveillent notre oxygène, aux kinés débordés qui passent quotidiennement et se démènent pour vous apporter petit à petit de l’autonomie (je hais les bassins), aux aides-soignants qui vous prodiguent les soins de la plus grande intimité avec la plus grande douceur et tout en délicatesse, aux médecins qui s’investissent corps et âme pour tenter d’adapter les soins à qui vous êtes, qui cherchent toujours, même et surtout parce que c’est à la fois difficile mais fondamental, ce qui peut vous sauver d’abord, puis vous aider à récupérer le mieux possible, le tout avec vos attentes qui sont parfois (souvent? toujours?) loin de ce qui est probable… Merci.

Les soignants m’ont ramenée d’entre les morts, et m’ont permis ensuite de retrouver ma vie.Pascale R.

La décision de témoigner émane de la nécessité pour moi de remercier les soignants et de leur rendre ce qui leur est dû, a minima le respect de leurs compétences et la confiance de ceux qui les sollicitent. Elle n’a rien de facile ni d’évident, mais elle s’impose à moi.

À tous ceux qui remettent en cause leur dévouement, leurs compétences, allez en soins de suite, voir les patients qui ont survécu et qui se rééduquent. Ça leur fera une visite, certains sont seuls, et peut-être que votre vision changera.

Faites-vous vacciner, s’il vous plaît.

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