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Tour de France. Les coureurs de Bahrain ont-ils triché avec une nouvelle substance, la Tizanidine ?

logo de Ouest-France Ouest-France 21/10/2021 Gaspard BREMOND.
Matej Mohoric, double vainqueur d’étapes sur le Tour de France 2021. © EPA Matej Mohoric, double vainqueur d’étapes sur le Tour de France 2021.

L’équipe Bahrain Victorious avait été perquisitionnée pendant le dernier Tour de France. Des scientifiques strasbourgeois ont eu à analyser les prélèvements réalisés sur les cheveux des coureurs. Ils ont trouvé sur trois d’entre eux de la Tizanidine, une substance qui soigne la contraction des muscles. Pas interdite par l’AMA (mais pas encore étudiée), elle pourrait améliorer les performances, selon un médecin spécialiste des questions de dopage.

Vous vous souvenez de Mark Padun, sans grande référence en montagne et soudainement double vainqueur surprise coup sur coup des deux plus belles étapes du Dauphiné en juin dernier ? Vous vous souvenez de Matej Mohoric, double vainqueur d’étapes sur le Tour de France en juillet 2021, dont la dernière avec un doigt sur les lèvres très provocateur ? Vous vous souvenez de Sonny Colbrelli, le dernier vainqueur de Paris-Roubaix, catalogué sprinteur, capable de suivre et décrocher certains bons grimpeurs dans des cols en juillet dernier ? Tous ces coureurs ont un point commun : ils évoluent pour l’équipe Bahrain, l’une des armadas de la saison qui vient de s’écouler. Impressionnant.

Impressionnant mais aussi suspect, donc, et la perquisition menée sur le dernier Tour de France, au matin de la 18e étape, dirigée par les gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp), n’a fait que renforcer les doutes de certains.

Les résultats de cette perquisition n’avaient jusque-là pas fuité, mais des scientifiques de Strasbourg, mis à contribution pour analyser des prélèvements, viennent de dévoiler qu’une substance jusque-là plutôt inconnue du monde du sport avait été retrouvée chez certains coureurs. Précisément sur les cheveux de trois d’entre eux : la Tizanidine.

« Ce médicament va limiter les tensions musculaires »

De nombreuses boîtes de Tizanidine avaient déjà été trouvées dans la chambre du médecin de la formation Bahraïn Victorious, et cette substance a donc été décelée dans les cheveux. Commercialisée sous l’appellation de Sirdalud ou Zanaflex, ce médicament est habituellement utilisé pour des cas de scléroses en plaques, de spasmes musculaires douloureux. Pourquoi a-t-il pu servir à des cyclistes ? Jean-Pierre de Mondenard, médecin spécialiste des questions de dopage, ex-médecin du Tour, avait justement été sondé par les chercheurs de l’université de Strasbourg quand ils ont découvert cette substance dans les analyses des cyclistes. Surpris, ils s’étaient alors tournés vers son expertise pour en savoir plus. Alors que leurs résultats ont été rendus public, il a accepté, pour Ouest-France, de donner son avis sur la question.

Lui aussi a été interloqué, dès qu’il l’a su. « Je n’avais jamais entendu parler de Tizanidine en cyclisme, jamais ! » Quels seraient ses effets bénéfiques pur les coureurs ? « La Tizanidine a l’effet de relaxer les muscles. Et sachant que les cyclistes ont souvent ce qu’ils appellent « le mal aux jambes », ça peut les aider. En situation d’effort intense, dans le « money-time », il peut arriver une sorte d’asphyxie musculaire, les muscles se contractent, se raidissent. Plus la sollicitation physique sera grande, plus le muscle pourra grossir, et plus la douleur pourra être grande. Ce myorelaxant, habituellement pris pour soigner des scléroses en plaques, va jouer sur les contractures, cela va limiter les tensions musculaires. »

La Tizanidine, pour l’heure, ne figure pas sur la liste des substances interdites par l’Agence mondiale antidopage (AMA). « Mais en réalité surtout car elle n’a jamais été étudiée dans le cadre du sport. C’était inconnu jusque-là », dixit le Dr de Mondenard, qui souhaite qu’une étude approfondie soir rapidement menée en compétition. Selon lui, précédemment, des cyclistes pouvaient chercher à limiter les contractures musculaires grâce au Myolastan. « Mais ce médicament a été retiré du marché, donc certains ont sans doute recherché autre chose pour dépasser le seuil de la douleur. Le but, pour certains et on le sait bien, c’est de se médicaliser à tout prix avec des produits indétectables et/ou autorisés. Celui-là colle car il n’est pas interdit pour l’instant. »

« Cela se rapproche d’une molécule qui stimule la sécrétion d’hormones de croissance »

S’il est très sceptique, c’est parce que « cette molécule se rapproche d’une molécule dont on sait qu’elle va stimuler la sécrétion d’hormones de croissance endogène. Par comparaison, on peut donc penser qu’elle va avoir les mêmes effets. Pour en être sûr, davantage d’études doivent encore être faites dans le monde du sport, mais même sans cela, j’estime que c’est fait pour soigner la performance, et donc l’améliorer. La Tizanidine dans le sport me dérange. » D’un point de vue éthique, dit-il. « Pourquoi trouve-t-on ça chez des cyclistes du Tour de France en bonne santé alors que c’est censé soigner des maladies comme des scléroses ? D’un point de vue de l’éthique médicale, la ligne rouge est franchie. Ce n’est pas fait pour soigner des sportifs en plein effort mais des malades, alors pourquoi le font-ils ? »

L’équipe Bahrain Victorious n’a pas encore réagi publiquement. Rappelons qu’aucun de ses coureurs n’a été contrôlé positif cette saison. Les auteurs des analyses précisent qu’il « n’a pas été possible d’interpréter les données en termes de doses et de fréquence d’utilisation faute d’étude contrôlée ».

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