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Livres - Riad Sattouf : «Je voulais raconter mon secret»

logo de Le ParisienLe Parisien 28/09/2018 Sandrine Bajos
Le Parisien: Après les deux succès de ses séries « L’Arabe du futur » et les « Cahiers d’Esther », Riad Sattouf dit avoir « plein de projets en attente dans sa tête ». © LP/Olivier Lejeune Après les deux succès de ses séries « L’Arabe du futur » et les « Cahiers d’Esther », Riad Sattouf dit avoir « plein de projets en attente dans sa tête ».

Quand il était enfant en Syrie, avec ses cheveux blonds ondulés et ses bonnes joues, Riad Sattouf avait une vraie tête d’ange. A tout juste 40 ans, avec son allure d’éternel ado et son sourire bienveillant, on lui donnerait toujours le bon Dieu sans confession. Aujourd’hui, sort le très attendu tome 4 de sa bande dessinée « L’Arabe du futur », récit dessiné de sa jeunesse au Moyen-Orient.

Mais s’il aime se raconter dans ses livres, y disséquer cette étrange période qu’est l’adolescence, dès que l’on tente d’en savoir un peu plus sur l’homme Riad Sattouf, le dessinateur s’en sort souvent par des pirouettes. « Vous revoyez vos parents, vos frères, votre famille de Syrie ? », lui demande-t-on. « Je ne peux rien vous dire, vous le lirez dans les prochains tomes de L’Arabe du futur », rétorque-t-il en se gondolant comme un gamin. Et de rappeler gentiment qu’on en sait déjà beaucoup sur lui puisque dans « L’Arabe du futur » redit-il, « tout est vrai, je n’ai absolument rien inventé ».

Faux nonchalant, vrai angoissé

Pourtant en 2014, quand sort le premier opus, le dessinateur assurait que l’objectif de ce récit était de raconter le Moyen-Orient à travers le regard candide d’un enfant. Aujourd’hui, l’argumentaire est tout autre : « J’ai énormément menti, car je sais depuis plus de vingt ans que je voulais raconter mon enfance pour coucher sur papier ce secret de famille qui clôt ce tome 4 », avoue celui qui entretient avec le dessin une relation passionnelle.

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« Mes premiers souvenirs, ce sont mes dessins, poursuit l’artiste. J’ai d’abord dessiné pour impressionner mes amis puis, une fois ado, mes dessins m’ont permis de m’évader d’une vie réelle pas folichonne. » Et pour draguer ? « Cela ne marchait pas j’étais un ado trop laid et j’ai même été élu l’élève le plus moche de mon collège en Bretagne ! », se souvient-il en en riant.

Sous ses airs nonchalants, Riad Sattouf est un grand angoissé. Il ne s’en cache pas. « J’ai très peur de vieillir et encore plus de mourir, parce que je pense qu’il n’y a rien après la mort et que c’est terrifiant. Il faut espérer qu’on trouve une pilule pour devenir immortel. » L’homme est aussi un grand bosseur qui passe ses journées et ses soirées enfermé dans son bureau.

Il se définit aussi comme un super maniaque et réclame un droit de regard sur tout ce qui concerne ses œuvres. « Et cela ne s’arrange pas en vieillissant ». Il a ainsi exigé que les pages de « L’Arabe du futur » soient cousues et non collées comme la grande majorité des livres. Une gageure lorsque le premier tirage atteint les 250 000 exemplaires ! C’est aussi lui qui a choisi le rouge de la couverture de la BD. Et qui devient « dingue » lorsque les éditeurs étrangers ne respectent pas ses choix.

Quand en 2013, son ami Guillaume Allary lui propose de rejoindre la maison d’édition qu’il vient de lancer, Riad Sattouf dit tout de suite oui. Mais à deux conditions : qu’Allary Editions reste une maison indépendante et qu’il soit le seul auteur de bande dessinée de l’éditeur. Narcissique Riad Sattouf ? « Ce n’était pas un caprice », assure-t-il, sans donner davantage d’explications.

« L’Arabe du futur 5 » en 2019

Enfant, il a connu ses premières émotions de lecteur avec Tintin. Aujourd’hui, il cite les auteurs Jean Giraud, Blutch, et ses potes Christophe Blain, Mathieu Sapin, Joann Sfar et « son idole », Émile Bravo, à qui il « doit tout ».

Touche-à-tout, Riad Sattouf a aussi enfilé le costume de réalisateur. S’il a connu un vrai succès avec son premier film « Les Beaux Gosses », son second « Jacky au royaume des filles » a fait un bide. « C’est vrai que j’ai senti un vrai trou d’air, mon téléphone ne sonnait plus… Mais c’était mon destin, car c’est à cette époque que Guillaume Allary m’a contacté. Si le film avait marché, je n’aurais peut-être pas fait L’Arabe du futur ! »

Pour l’heure, il veut terminer le récit de son enfance qui comprendra au final un nombre de tomes que lui seul connaît… Seule information : un tome 5 est prévu pour 2019. Et après ? Riad Sattouf a « plein de projets en attente dans sa tête ». En BD, il aimerait bien créer un nouveau personnage de fiction pure, mais « pas un Pascal Brutal bis », son héros un peu beauf et macho. « J’ai passé l’âge des contenus un peu trash. » Alors qu’il envisage de se remettre à l’arabe, il adorerait aussi jouer un petit rôle de Syrien dans sa série fétiche « Le Bureau des légendes ».

Sur sa vie privée, les confidences sont rares. On apprendra tout de même qu’il a deux petits garçons, blonds comme leur père lorsqu’il était enfant, à qui il souhaite transmettre « son amour absolu » des livres. Il nous expliquera aussi qu’il a beau avoir passé son enfance ballottée entre la Libye de Kadhafi et la Syrie de Hafez al-Assad, il ne se définit pas du tout comme une personne d’origine arabe. Et ne se sent pas légitime pour témoigner de la situation politique dans ces pays. « En plus je ne suis pas du tout militant. Surtout, je n’ai pas le temps de témoigner, je travaille tout le temps ! »

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