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TRIBUNE. Barbarin, le droit et la morale

logo de L’Obs L’Obs 30/01/2020 Frédéric Martel
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Dont acte. La décision de relaxe du cardinal Barbarin ce jeudi par la cour d’appel de Lyon a surpris les parties civiles et soulagé les avocats du cardinal. Cette décision de droit n’est pas vraiment surprenante tant le dossier, depuis le début, était fragile en raison de la prescription de la plupart des faits. Un « non-prescrit » était majeur et « aurait pu » encore porter plainte (selon les avocats du cardinal).

En outre, le principal coupable au centre de cette affaire, le prêtre pédophile Bernard Preynat, qui a reconnu les faits, et dont le procès a eu lieu tardivement, seulement en janvier, ne connaîtra son sort que le 16 mars, date du verdict. Il y avait un certain paradoxe à juger un cardinal accusé d’avoir couvert les actes d’un prêtre pédophile alors que celui-ci n’était pas encore jugé, ni condamné.

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Au-delà des questions de droit, qui sont au cœur de ce jugement technique de la cour d’appel, les questions de fond et de morale restent intactes, tout comme les responsabilités collectives de l’Eglise. Les fautes et les erreurs du cardinal – qu’il a d’ailleurs reconnues avec une certaine honnêteté – sont innombrables et documentées par des milliers d’articles, plusieurs livres et même le film « Grâce à Dieu », de François Ozon. La relaxe juridique ne fera pas oublier ces faits, ces paroles blessantes, ces décisions qui toutes sont désormais gravées dans les mémoires.

A court terme se pose la question de la place du cardinal à Lyon. François Devaux, président de l’association La Parole libérée, partie civile au procès, a regretté que le cardinal n’ait pas déjà annoncé son départ, selon lui inéluctable, alors qu’il s’était déjà mis « en retrait » de la gestion du diocèse lyonnais. « J’avais la conviction qu’il nous l’annoncerait avant cette décision. Je pensais que cela aurait été une sortie un peu plus digne. Il ne peut plus rester au diocèse quelle que soit la décision judiciaire, moralement ce serait inacceptable », avait déclaré Devaux à l’AFP avant même la décision de la cour d’appel.

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A moyen terme : comment va réagir le pape ? S’il est peu probable qu’il maintienne le cardinal en place à Lyon, peut-il lui offrir un autre archevêché en France, ou, comme le souhaiterait Barbarin, selon plusieurs confidences à Rome, la tête d’un dicastère au Vatican (un poste de ministre du pape). Ce serait difficile dans les deux cas, tant l’image du cardinal Barbarin est abîmée et le pape désormais très prudent sur de tels dossiers. A Rome, Barbarin a beaucoup d’amis ; il a aussi beaucoup d’ennemis. Je me souviens d’un cardinal influent qui, au Vatican, m’a dit off the record, à propos de Barbarin :

« Le Christ n’a pas fait appel de sa condamnation. »

Enfin, et à long terme, se pose justement la question de la suite juridique de ce dossier puisque certaines parties civiles ont d’ores et déjà annoncé qu’elles allaient se pourvoir en cassation. En cas de décision « cassée » sur la forme (la Cour de Cassation ne juge pas sur le fond), un nouveau procès en appel aura lieu sur le fond. Un recours par la suite devant la Cour européenne des Droits de l’Homme n’est pas non plus à exclure, ce qui pourrait faire durer cette affaire encore de longues années.

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Le cardinal Barbarin est relaxé en appel aujourd’hui, mais le procès va donc continuer. Tout le monde sait, et le pape en sera certainement informé, que le pourvoi en cassation peut à nouveau rebattre toutes les cartes. La justice des hommes est plus complexe et finalement plus juste que celle de Dieu où – hélas – une bonne confession suivie d’un petit pardon ont trop longtemps suffi.

Frédéric Martel est l’auteur du livre « Sodoma ».

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