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Volley, LAM: “Sans le Covid, on serait déjà loin”, peste le président de Narbonne

logo de RMC Sport RMC Sport 18/01/2022
Jérémie Ribourel, le président de Narbonne © @IconSport Jérémie Ribourel, le président de Narbonne

Jérémie Ribourel n’est pas à proprement parler un spécialiste de la discipline. Pour être tout à fait exact, avant de devenir le sponsor de Narbonne, via son entreprise (Louxor Foncier), puis de prendre en main la présidence du club, il ne "savait même pas que ça existait", sourit-il. Son rêve à lui, c’était d’avoir une équipe de football “ou un garage automobile". Au choix. L’équipe de volley s’est trouvée être ce qui se rapprochait le plus de ce rêve.

C’est, en tout cas, comme cela qu’il a présenté la chose à son fils, promet celui qui est arrivé presque par hasard à la tête du club, longtemps abonné aux dernières places du classement. "Non, la réalité c’est que c’est une entreprise. Et je suis en train de transformer ce club en entreprise de sport spectacle, ça m'intéresse. Deuxièmement, il y a le côté aléatoire du sport qui donne ce piquant à la gestion de ce type d’entreprise. Aujourd’hui , c’est un peu comme ça que je l’analyse."

Depuis qu’il préside à la destinée de ce club, le patron des Centurions a tout connu ou presque avec Narbonne. De retour dans l’élite depuis la saison 2018-2019 après un passage en Ligue B masculine, le club occitan, à l’instar de Chaumont, "un très bel exemple de réussite", n’en finit plus de grandir. Une réussite qui s’est matérialisée par une troisième place de saison régulière lors du précédent exercice, synonyme de premier ticket européen pour les Narbonnais, à l’issue d’une saison où ils auront enfin pu exploiter leur nouvel écrin, une Arena de 3.500 places.

Cette salle aux normes pour accueillir les grands rendez-vous européens que Narbonne aspire à disputer chaque année est au cœur de la stratégie du président, tout comme le centre de formation, sur lequel il entend s’appuyer. Loin d’être anecdotique, même si d’autres clubs comptent jusqu’à trois matches de retard, la troisième place occupée par Narbonne valide le travail accompli, et conforte Jérémie Ribourel dans la stratégie qu’il a entrepris, et pris le temps de présenter à RMC Sport.

Jérémie Ribourel, quel a été l’élément déclencheur de cette stratégie de développement que vous conduisez depuis l’inauguration de la Narbonne Arena ?

On jouait dans un gymnase de 400 places. Je n’avais plus de marge de développement et pas suffisamment d’argent pour gagner le championnat. On a été jusqu’à la limite de ce qu’on pouvait faire, ce qui donnait des budgets de 1,1 million à 1,2 million d’euros, loin de la moyenne, qui était de 1,5 million d’euros à l’époque, et donc ne permettait pas d’aller jouer la gagne. Surtout que dans les budgets, ce sont toujours les derniers euros qui sont les plus intéressants, parce que ce sont ceux que vous pouvez consacrer à l’achat de joueurs, au salaire des joueurs. On savait, et en dix ans on a eu le temps de s’en apercevoir, que ce n’était pas suffisant pour jouer la Ligue A. Même pour se maintenir parfois, c’était vraiment compliqué. La mairie propose alors un projet de salle, qui soit en même temps une salle de spectacle et une salle de sport, auquel on adhère complètement. A partir du moment où la construction a débuté, on a un an et demi pour réfléchir à ce qu’on va y faire. Et là, on s’est dit: compte tenu des coûts de fonctionnement qu’une salle peut avoir par rapport à un petit gymnase qu’on avait, il allait falloir qu’on augmente sérieusement nos revenus. Or, les revenus dans le sport, c’est la billetterie, l’hospitalité, le sponsoring. On savait très bien qu’on pouvait se développer dans ces domaines, à condition de réunir 2.500 spectateurs par match. Il faut que les gens voient les publicités sinon le projet n’a pas de raison d’être.

Comment attirer ces nouveaux spectateurs étrangers à la pratique du volley ?

Pour pouvoir passer de 400 spectateurs à 2.600, il faut faire du sport spectacle. C’est ce que font les Américains avec le basket, ce que font beaucoup les Américains dans les salles de sport. Il faut réussir à animer une salle entre les moments-clés du match avec le speaker déchaîné, les mascottes, la kiss cam, jeter des t-shirts… On s’est rendu compte que ça marchait à chaque match, avec des spectateurs toujours plus nombreux, que les sponsors étaient intéressés, et qu’on remplissait très bien notre hospitalité. On a pratiquement doublé le budget du club en deux saisons.

C’était votre objectif au lancement du projet, qu’en est-il réellement aujourd’hui ?

Cette année, ça dépendra des play-offs. Mais si on est en play-offs, ce qui se dessine, on peut aller jusqu’à 2 millions d’euros. CQFD. Aujourd'hui, le développement d’un club, c'est réussir l’événement que vous allez organiser. Pour nous, ce sont les matchs. Que fait-on sans droits TV ? On remplit sa salle, et on essaie d’y créer un maximum de revenus. C’est notre stratégie.

La balance est-elle aujourd’hui à l’équilibre entre les revenus générés et les charges induites par l’exploitation de la salle ?

Aujourd’hui, c’est compliqué parce qu’on a le covid sur le dos, et qu’on est tous à -30% d’affluence. Mais oui, on mesure que l’outil est adapté pour créer des revenus avec les fans, et que ça fonctionne. On a des retours qui sont largement encourageants. Le seul problème aujourd’hui c'est qu’on traîne encore ce covid, sinon on serait déjà loin. Il n’est pas seulement question des jauges, les gens ont peur d’aller à la salle, même avec une jauge à 2.000. On a fait 1.800 à Noël alors qu’on aurait dû faire 3.000 ce match là. On a vraiment une baisse de 30% par rapport à une situation normale.

Dans une situation normale, débarrassée du Covid-19, ça donnerait quoi, selon vous ?

On a fait cinq matches quand l’Arena a ouvert, 3.200 avec Montpellier quand on a commencé, puis 2.000 de moyenne pour arriver au dernier match qu’on ne pouvait pas jouer, face à Sète, où on était à 2.500. On sait pertinemment qu’on atteindra cette moyenne là. Le spectacle plaît, on a une clientèle familiale, ce qu’on avait mesuré dès le début. On veut la clientèle du cinéma, la clientèle qui veut acheter la place de cinéma et le pop corn pour la soirée. C’est du loisir. Parce que dans le volley, contrairement à d’autres sports, vous avez énormément de coupures, entre les deux services notamment. Ces coupures font que ça donne de l’espace à l’animation, contrairement à d’autres sports où vous sifflez le début du match et puis vous êtes obligés d’attendre la mi-temps voire le quart temps pour faire de l’animation. Nous, on peut en faire tout le temps.

Cette croissance a forcément poussé le club à procéder à des ajustements au sein de ses équipes, commerciales notamment, non ?

On a recruté une directrice commerciale pour pouvoir doubler le nombre de sponsors. Il fallait du monde pour aller les chercher. On est encore en train de gérer notre crise de croissance pour le coup, c’est-à-dire à dire qu’on a besoin de plus d’énergie, de collaborateurs et que pour l’instant on fonctionne encore avec notre petite équipe associative, ça devient compliqué. C’est ça une crise de croissance.

Êtes-vous contraint d’attendre la fin de cette crise sanitaire pour passer à la vitesse supérieure ?

Ce n’est pas qu’on attend, nous on est déjà à la vitesse supérieure, mais on bute un peu sur le fait qu’on ne peut pas remplir notre salle ni nos hospitalités. C’est un frein à notre développement. Pour autant, il se fera quand même dans tous les cas.

Diriez-vous que votre club est entré dans une nouvelle dimension ?

A partir du moment où on a mis un budget joueurs plus en adéquation avec ce qui se faisait en moyenne en Ligue A, on a eu des résultats tout de suite, puisque l’année dernière, on a fini troisième de la saison régulière avec une place européenne. Cette saison, la difficulté c'était de réitérer ça, on est pour l’instant dans les clous. Effectivement, on joue cette coupe européenne très sérieusement, puisqu’on est en huitièmes de finale, qu’on a gagné le match aller. Donc on s’attend à gagner le retour, et à se hisser en quart de finale de la coupe d’Europe pour notre première participation, c’est évidemment une satisfaction. Surtout, on veut être européen tous les ans. Pour le développement du club, l’image européenne est super importante.

Que représente la part de subventions et de partenariats privés dans votre budget ?

Il est important d'avoir le soutien des politiques publiques mais en même temps, on veut démontrer qu’il y a un modèle économique pour le sport et que le modèle, c’est de remplir une salle. On est passé de 60% à moins de 30% de subventions. On a toujours été ceux qui avaient le moins de subventions par rapport à une équipe comme Cannes qui était à 1,2 million quand moi j’étais à 300.000, c’est énorme. Il a toujours fallu qu’on se batte pour développer du privé parce qu’on savait qu’en termes de public on n’avait pas le niveau de subvention qu’ont quelques clubs historiques. Mais en même temps ça nous a permis d’apprendre à la faire et d’être toujours plus prêt que ces clubs là qui sont obligés de faire leur révolution.

Le maître-mot a été la stabilité dans la confection de votre effectif cette saison. Cela pourrait-il changer à court terme ?

Stabilité et formation sont nos deux credo. Et d’avoir Nicolas Zerba (central) et Aymen Bouguerra (joueur polyvalent, réceptionneur-attaquant et pointu), deux joueurs du centre de formation, qui jouent quasiment titulaires cette saison, c’est le reflet de notre stratégie. On ne cherche pas à faire des coups sur le marché des transferts. Bouguerra, c’est sa troisième saison, il explose cette année. Pendant les deux premières saisons, on avait la satisfaction de l’avoir à un niveau d’entraînement assez élevé. Et sur blessure (celle de Lisandro Zanotti), il a sauté le pas, et il s’est avéré que ça marchait super bien.

Votre entraîneur, Guillermo Falasca, a-t-il vocation à rester encore en place ?

L’entraîneur est encore sous contrat avec nous la saison prochaine. Avec Guillermo Falasca, on a prévu de travailler ensemble encore longtemps, on ne se met pas de limites. On crée l’équipe chaque année, on bosse sur toute la professionnalisation du club, la partie médicale, etc… On travaille ensemble sur tous ces sujets, et on évolue ensemble.

Le club peut-il s’installer comme un candidat sérieux au titre cette année ?

On a toujours l’ambition, on démarre toujours une saison pour la gagner mais je ne voudrais pas que cela arrive trop tôt, cette année. L’objectif, c’est de ramener un titre. Cela peut être le titre de champion de France, il ne faut pas se cacher vu comment on est placé. Les gens voient bien qu’on est au niveau pour jouer la gagne jusqu'au bout. Je ne suis pas obnubilé par ça. Ce qui m’intéresse c’est la construction d’un club pérenne, d’arriver à réitérer ces performances toutes les saisons.

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