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L’opposition russe encore frappée par le régime de Poutine

logo de Liberation Liberation 10/06/2021 Léo Vidal-Giraud
L'opposant Alexeï Navalny lors de son procès, à Moscou le 20 février. © Alexander Zemlianichenko L'opposant Alexeï Navalny lors de son procès, à Moscou le 20 février.

Douze heures de procès pour vingt minutes de délibération. Le tribunal de Moscou n’a pas traîné pour rendre, mercredi, un verdict sans surprise. Désormais, le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), le Fonds de défense des droits des citoyens et le réseau de bureaux régionaux dits «QG de Navalny», les trois grandes organisations créées par l’opposant emprisonné, sont considérées «extrémistes» et interdites en Russie. Leur statut est équivalent à celui de l’Etat Islamique. Le procès fera date. Par sa forme, tout d’abord : le cynisme affiché d’un tribunal ne cherchant même plus à conserver une apparence de procès équitable, interdisant aux avocats l’accès au dossier de l’accusation, classé «secret d’État», rejetant toutes les demandes de la défense, y compris celle d’appeler à la barre Alexeï Navalny lui-même. Mais aussi et surtout par ses conséquences immédiates.

Pour les organisations en elles-mêmes, la nouvelle ne change rien. Les QG de Navalny et FBK se sont sabordés depuis plusieurs semaines, anticipant un verdict sur lequel ils ne nourrissaient pas la moindre illusion. Mais une loi, entrée en vigueur le 4 juin après avoir été adoptée en un temps record par le Parlement russe, prévoit également d’interdire l’accès aux élections à tous les membres ou partisans d’organisations extrémistes… Avec une définition particulièrement large de ces concepts. Par «partisan», la loi entend toute personne ayant soutenu le fonctionnement de l’organisation. Que ce soit par un don d’argent, en ayant participé à leurs manifestations, ou bien tout simplement en lui ayant témoigné son soutien, ne serait-ce que sous la forme d’un post sur les réseaux sociaux. Pour couronner le tout, la loi est rétroactive : toute personne ayant soutenu Navalny pendant l’année précédent le verdict tombe sous son coup.

A ces «partisans d’une organisation extrémiste», comme à ses anciens employés, salariés ou bénévoles, est interdite la participation à toute élection pendant trois ans après le verdict. Fort opportunément, cela inclut les élections législatives à venir en septembre, ainsi que les élections présidentielles de 2024. Quant aux anciens dirigeants de l’organisation, leur durée d’inéligibilité est portée à cinq ans. Il leur est aussi interdit pour les dix ans à venir de fonder quelque nouvelle organisation que ce soit. Tenter de prolonger de quelque façon que ce soit l’activité du FBK ou des QG de Navalny sera puni de dix ans de prison. Continuer de soutenir leur activité sera également puni de six ans de prison. Porter en public des symboles associés à l’organisation, ou les afficher sur ses réseaux sociaux, devient passible d’une amende de 2 000 roubles (22 euros) ou de quinze jours de détention administrative. Les médias russes auront interdiction absolue de relayer la moindre publication émise par le FBK.

Absent du procès, le principal intéressé a fait publier, depuis sa prison, un court texte en réaction à ce qui ressemble au coup de grâce pour sa formation : «Quand la corruption est la base du pouvoir de l’Etat, ceux qui luttent contre elle deviennent des extrémistes.»

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