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A Madrid, l’option préférentielle des tests antigéniques

logo de Liberation Liberation 21/11/2020 François Musseau
Réalisation de tests antigéniques à Vallacas à Madrid, le 13 octobre. © Juan Carlos Lucas Réalisation de tests antigéniques à Vallacas à Madrid, le 13 octobre.

Les dirigeants conservateurs de la région capitale proclament avoir de meilleurs résultats dans la lutte contre l’épidémie de Covid que le reste du pays. Ils reprochent au gouvernement central d’utiliser des tests PCR. Une méthode de dépistage pourtant plus fiable.

Début novembre, la capitale espagnole et sa région (6,5 millions d’habitants) étaient identifiées comme l’épicentre européen de la pandémie, avec un taux d’incidence tutoyant les 800 cas pour 100 000 habitants. C’était la panique à bord, sur fond de féroce joute politique opposant les autorités régionales et le gouvernement central : confinement périmétral pour les premiers, mesures plus drastiques pour les seconds.

Aujourd’hui, la réalité statistique a bien changé. Alors que la moyenne nationale se situe à 465 cas, l’incidence à Madrid a chuté à 297 cas. La solution miracle ? Pour l’exécutif local présidé par la conservatrice Isabel Díaz Ayuso, à hue et à dia avec le chef du gouvernement socialiste Pedro Sánchez : les tests antigéniques. Parmi les 17 régions espagnoles, celle de Madrid est la seule à avoir axé sa stratégie sur un usage nettement préférentiel de ce type de test, qui, comme les PCR, se fait par l’orifice nasal, mais présente d’importants avantages pratiques. Bon marché (4,5 euros contre 18 euros les PCR, tarif qui grimpe à au moins 60 euros, plus souvent 100 euros, si on se rend dans un laboratoire privé) ; donnant un résultat rapide (environ vingt minutes, au lieu d’une journée) et ainsi plus utile pour le dépistage. Depuis le 30 septembre, cas unique en Espagne, les autorités madrilènes ont offert ce test auprès d’1,4 million d’habitants de 29 municipalités, une population dont seulement le tiers s’est déplacé. Depuis cette date, 1 513 personnes ont été déclarées «positives».

La sourde oreille

Tests antigéniques versus PCR : ce choix cornélien alimente un vif débat, à la fois politique, sanitaire et sociétal. Faut-il favoriser, comme à Madrid, un type de tests qui permet d’aller plus vite mais qui, comme le signalent de nombreux épidémiologistes, présente des résultats moins fiables ? Au sommet de l’exécutif de la plus riche région du pays, les leaders défendent leur choix dur comme fer. La présidente Isabel Díaz Ayuso a demandé mardi à l’Union européenne la généralisation des tests antigéniques dans les pharmacies. Une initiative justifiée par son vice-président, Ignacio Aguado : «Si on est obligé de se tourner vers Bruxelles, c’est parce que notre gouvernement central fait la sourde oreille, et pourtant, les chiffres nous donnent raison.» 

Pour les scientifiques, c’est moins évident. Expert en santé publique, Daniel López-Acuña résume une opinion majoritaire : ces tests présentent «une grande utilité dans des segments spécifiques, comme les urgences, l’attention primaire, auprès du personnel soignant, dans les hôpitaux et les cliniques». Rafael Cantón, de la Société espagnole des maladies infectieuses, abonde dans le même sens tout en nuançant : «Les antigéniques permettent de dépister efficacement de manière ciblée, mais pas comme un instrument de détection massive.» Or, c’est précisément ce qu’a fait l’exécutif madrilène, mettant en évidence un taux de positivité de 7%, contre 12% à l’échelle nationale. Preuve, selon les détracteurs, que les tests antigéniques sont bien moins sûrs et précis. Ainsi, disent-ils, une maison de retraite de Jaen, en Andalousie, a récemment indiqué que l’intégralité de ses membres étaient, par ce biais, tous négatifs; or, quelques jours plus tard, 84% des pensionnaires ont été infectés et 29 sont décédés.

Mesures drastiques

Derrière ce débat, c’est le modèle socio-économique qui est en jeu. Aux yeux des autorités madrilènes, la préférence pour les antigéniques répond à leur exigence de maintenir au maximum les activités de la vie économique. Ici, le couvre-feu ne survient qu’à minuit, l’hôtellerie et les événements culturels se poursuivent (avec certes des limitations d’affluence), les confinements périmétraux ont été annulés dans toutes les communes (à mesure que les taux d’incidence baissaient). «La question, dit José María Fernández, un haut fonctionnaire des impôts, c’est que la stratégie de Madrid est biaisée et fait douter quant à leurs propres statistiques : la préférence antigénique à grande échelle, et la baisse supposée des contagions, a pour vocation de justifier la poursuite de l’activité économique.»

En Catalogne, où les mesures drastiques plombent les activités culturelles et la restauration, le patronat demande d’ailleurs à suivre le même modèle. «En réalité, les défenseurs de la prévalence des antigéniques sur le PCR oublient que les premiers détectent très mal les personnes contaminées par le Covid-19 mais ne présentant aucun symptôme, et les laissent passer entre les mailles du filet», dénonce Rafael Cantón. Ramiro Rodríguez, professeur dans le secondaire, associe «ce volontarisme pro-antigénique, qui relègue les PCR à un rôle subalterne, alors qu’ils sont les plus fiables, à une sorte de pensée magique. Car, au final, et c’est ce que les libéraux au pouvoir à Madrid n’ont pas fait, il faut surtout investir massivement dans le système sanitaire public qui a été déplumé après la crise économique de 2008».

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