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A Sotchi, Erdogan et Poutine font ami-ami

logo de Liberation Liberation il y a 3 jours Blandine Lavignon
Les présidents turc, Recep Tayyip Erdogan, et russe, Vladimir Poutine, à Sotchi le 5 août. © Murat Kula Les présidents turc, Recep Tayyip Erdogan, et russe, Vladimir Poutine, à Sotchi le 5 août.

«Le fer se bat quand il est rouge de chaleur» («demir tavında dövülür»). Un proverbe turc que le président Recep Tayyip Erdogan semble prendre au pied de la lettre. Ce vendredi, il était en visite à Sotchi, sur les rives russes de la mer Noire, pour une rencontre avec son homologue Vladimir Poutine. Est-ce un hasard, le déplacement d’Erdogan coïncidait avec le départ de trois nouveaux navires de céréales d’Ukraine sur la route du Bosphore, de nouveau ouverte depuis la signature d’un accord sur les exportations de céréales entre Kyiv et Moscou sous la médiation d’Ankara.

A l’issue de leur entretien, les deux dirigeants se sont mis d’accord pour accentuer leur coopération énergétique et économique : «renforcer les échanges commerciaux entre leurs pays» et «aller à la rencontre des attentes mutuelles dans le domaine de l’économie et de l’énergie», précise le communiqué. Un succès diplomatique qu’Erdogan compte bien exploiter pour se positionner comme un interlocuteur privilégié auprès du Kremlin.

Après l’arrivée de l’avion présidentiel turc sur le sol russe en milieu d’après-midi, Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine se sont d’abord retrouvés pour un entretien en tête à tête, trois semaines après celui qui les avait réunis à Téhéran, en Iran. L’occasion d’une première prise de température et d’entretenir l’image d’une relation privilégiée entre les deux hommes. Ils ont ensuite été rejoints par leurs délégations respectives pour un échange plus formel. Celle de la Turquie, composée des ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Economie et de l’Energie, était à l’image des thématiques à l’ordre du jour de cette rencontre.

Objectif turc : ouvrir des négociations en vue d’une trêve en Ukraine

La guerre en Ukraine a été le sujet central des discussions. Forte de son récent succès sur la réouverture de la route des céréales, la Turquie souhaite désormais tenter d’obtenir l’ouverture de négociations en vue d’une trêve entre Moscou et Kyiv. Depuis le début de la guerre, Ankara est au cœur des tentatives de médiation entre l’agresseur et l’agressé. Entretenant de bonnes relations avec les deux belligérants, le régime turc tente de s’imposer comme un acteur modéré, un négociateur clef du conflit. Un premier face-à-face des chefs de la diplomatie russe et ukrainienne avait ainsi été organisé le 10 mars en marge du forum diplomatique d’Antalya dans l’espoir de mettre fin au conflit russo-ukrainien. Mais les négociations n’avaient pu aboutir à des avancées concrètes.

Ce vendredi, Vladimir Poutine a souligné le rôle turc dans l’accord sur les exportations de céréales, sans toutefois se dire prêt à plancher sur un cessez-le-feu. «Grâce à votre participation directe et à la médiation du secrétariat de l’ONU, le problème lié aux livraisons des céréales ukrainiennes en provenance des ports de la mer Noire a été réglé. Les livraisons ont déjà commencé, et je voudrais vous en remercier», a-t-il déclaré.

Vers une nouvelle offensive contre les Kurdes en Syrie ?

Autre dossier particulièrement sensible, celui de la menace d’une nouvelle offensive turque en Syrie. A Téhéran, Poutine avait mis en garde Erdogan de toute nouvelle opération dans ce pays, où les intérêts russes et turcs sont opposés. Moscou appuie le régime de Bachar al-Assad tandis qu’Ankara soutient des groupes d’opposition. Mais le chef de l’Etat turc compte bien aborder cette ligne rouge avec son homologue à Sotchi. «Discuter à cette occasion des développements en Syrie permettra d’apaiser la région. Notre solidarité dans la lutte contre le terrorisme est très importante», a-t-il souligné.

Depuis plusieurs semaines, le régime turc ne cesse d’agiter l’imminence d’une opération en Syrie, par laquelle il souhaite repousser les forces kurdes qui contrôlent les localités à la frontière turco-syrienne. L’intervention militaire, qui vise à établir une «zone de sécurité» d’une profondeur de 30 kilomètres depuis la frontière turque dans les terres syriennes, serait la quatrième du genre lancée par Ankara depuis 2016. Mais comme les précédentes, elle nécessite l’aval russe. Selon la presse turque, le Kremlin serait prêt à donner son feu vert en échange de la fourniture de drones de combat Bayraktar-TB2, ceux fournis par la Turquie à l’Ukraine. Une information non confirmée par les chefs d’Etat, bien que le président des industries de défense turques, Ismail Demir, ait accompagné Recep Tayypip Erdogan à Sotchi.

Dépendance au gaz russe

La question de la coopération économique a également été au menu de la rencontre sur les rives de la mer Noire, alors que la Turquie s’enfonce dans une profonde crise économique avec une inflation qui avoisine les 80 %. Ainsi, Poutine a dit espérer la signature d’un accord pour renforcer la coopération économique avec la Turquie. Il a également souligné le rôle d’Ankara dans le transit du gaz russe vers l’Europe, via le gazoduc TurkStream : «Les partenaires européens doivent être reconnaissants envers la Turquie parce qu’elle assure le transit ininterrompu du gaz russe.»

La Turquie, qui importe l’essentiel de son énergie, est particulièrement dépendante du gaz russe, qui lui fournit 45 % de ses besoins. Le chef de l’Etat turc espère que la construction de la future centrale de la société russe Rosatom, sur la côte méditerranéenne de la Turquie, respectera le «calendrier fixé». Une fois opérationnelle, elle devrait couvrir 10 % des besoins énergétiques du pays.

En amont de la rencontre, Recep Tayyip Erdogan a dit avoir l’espoir que cette visite à Sotchi puisse ouvrir «une page très différente dans les relations russo-turques», soulignant que les discussions entre les délégations avaient été «très productives». Productive aussi pour son image, lui qui voit dans la crise ukrainienne et ses conséquences une opportunité inespérée de redorer sa popularité ternie à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières turques.

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