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Au Royaume-Uni, un premier succès diplomatique post-Brexit, mais à quel prix ?

logo de Liberation Liberation 16/09/2021 Sonia Delesalle-Stolper
Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, à Londres, le 16 septembre. © Hannah Mckay Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, à Londres, le 16 septembre.

On l’aurait parié. Au Royaume-Uni, tout, mais alors vraiment tout, est vu, interprété et présenté à l’aune du Brexit. Enfin, tout ce qui est positif. La mise au point du premier vaccin anti-Covid ? Une campagne vaccinale démarrée en fanfare ? Une pinte de bière à l’exacte bonne température ou un rayon de soleil sur le toit de Big Ben ? Merci Brexit !

En revanche, tout ce qui est négatif n’a rien à voir avec la sortie de l’Union européenne. Les pénuries dans les magasins qui se multiplient ? Les frais de douane explosés ? Le manque de main-d’œuvre et notamment de chauffeurs routiers, entraînant donc des délais de livraisons ? Rien à voir, assène régulièrement le gouvernement britannique. Marks and Spencer blâme le Brexit et les difficultés liées à son application pour la fermeture de onze de ses magasins en France ? Les troupes de Boris Johnson estiment que M & S n’a rien compris. Et tant pis pour les Britanniques en France et les Français amoureux de l’Angleterre éplorés et privés de leurs sauce Worcestershire, scones et Marmite !

Tout simplement un mensonge

L’annonce tonitruante, à une heure tardive et presque indécente pour les Européens, mais convenable pour le président américain Joe Biden, de l’accord stratégique avec les Etats-Unis et l’Australie sur la construction de sous-marins nucléaires, a reçu sans surprise l’estampille «Merci Brexit», en passe de devenir une marque déposée. Le porte-parole de Downing Street n’a ainsi pas hésité à saluer cette annonce spectaculaire : «Je ne nierai pas le fait que nous avons été en mesure d’agir de cette manière, parce que nous ne sommes plus membres de l’Union européenne et que cela est dans l’intérêt du Royaume-Uni.»

Ce qui, bien entendu, non seulement ne veut rien dire mais est en fait tout simplement un mensonge. La politique étrangère d’un Etat reste une compétence nationale, ce qui implique que n’importe quel membre de l’UE, et donc le Royaume-Uni s’il était resté au sein du club, aurait pu signer un tel accord stratégique. D’ailleurs… Ah oui, la France avait signé de fait un tel accord avec l’Australie, dénoncé hier en fanfare. Passons.

Série de camouflets

Ce qui est vrai, c’est que pour le Royaume-Uni post-Brexit, bien isolé sur la scène internationale depuis un an, cette annonce représente un premier vrai succès diplomatique. Une première amorce vers cet Etat tant vanté par Boris Johnson, le «Global Britain», un Royaume-Uni ouvert vers le reste du monde, notamment ses anciennes colonies, les pays du Commonwealth, comme l’Australie, et les Etats-Unis, le grand frère, l’ami spécial, l’allié évident. La réalité est un peu plus subtile. Ce succès intervient après une série de camouflets directs de la nouvelle présidence américaine, peu séduite par les ronds de jambe de Boris Johnson, quelques mois après le collé-serré de ce dernier à Donald Trump. L’épisode afghan, où les Britanniques, comme le reste des alliés occidentaux, ont été royalement ignorés par les Américains, a été perçu outre-Manche comme une véritable humiliation.

Mais voilà, entretemps, Joe Biden a compris qu’utiliser le Royaume-Uni comme intermédiaire pour se rapprocher de l’Australie et renforcer sa présence dans le Pacifique pourrait être utile. Il a sifflé. Boris Johnson est arrivé. Le Premier ministre britannique a déjà prouvé à de multiples reprises qu’il était prêt à tout pour justifier son choix de 2016. Bousculé sur son sol, alors qu’il vient d’opérer un remaniement de son gouvernement sans lustre aucun, il avait besoin de ce coup diplomatique. Bien joué !

Mais à quel prix ? Le fossé se creuse encore un peu plus avec les Européens, et surtout avec la France, pourtant un allié militaire stratégique très précieux. Les liens se tendent encore un peu. Mais Boris Johnson n’en a cure. Son ministre de la Défense, Ben Wallace, a bien tenté d’apaiser un peu la colère française face à ce qui est perçu comme une entourloupe fort peu fair-play. «Il ne s’agit pas d’une trahison. […] Je comprends la déception des Français, mais il n’y a pas eu de manœuvre sournoise en cachette», s’est-il défendu. Vu la stupéfaction des autorités françaises, il est permis d’en douter.

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