Vous utilisez une ancienne version de votre navigateur. Veuillez utiliser une version prise en charge pour bénéficier d’une meilleure expérience MSN.

Brexit : Londres veut renégocier un accord signé des deux mains

logo de Liberation Liberation il y a 4 jours Nina Guérineau de Lamérie
Des loyalistes protestaient contre le protocole du Brexit en Irlande du Nord à Belfast, en Irlande du Nord, le 3 juillet. © Jason Cairnduff Des loyalistes protestaient contre le protocole du Brexit en Irlande du Nord à Belfast, en Irlande du Nord, le 3 juillet.

Spectaculaire. Le gouvernement britannique a lancé mercredi après-midi un ultimatum à la Commission européenne sur la question du protocole nord-irlandais. Londres veut déjà renégocier l’accord signé en 2019, après, pourtant, de longs et âpres pourparlers. Celui-ci établit une frontière en mer d’Irlande et garde l’Irlande du Nord dans le marché européen au contraire des autres régions britanniques. La province de 1,8 million d’habitants fait ainsi office de douane entre l’UE et le Royaume-Uni depuis le mois de janvier 2021. Cette solution avait été trouvée pour éviter l’établissement d’une frontière physique pour les contrôles douaniers entre le nord et le sud de l’île d’Irlande post-Brexit et éviter les frictions qui auraient pu naître et remettre en question l’accord de paix signé en avril 1998 après la guerre civile dite des «Troubles» qui a tué quelque 3 500 personnes pendant trente ans.

«Le protocole nord-irlandais ne répond pas aux objectifs que nous nous étions fixés, notamment sur le fait de protéger la place de l’Irlande du Nord dans le marché britannique. Ce qui entraîne une perturbation au niveau des chaînes d’approvisionnement, une augmentation des coûts et une frontière qui risque de provoquer un détournement massif du commerce en Irlande du Nord», ont résumé Brandon Lewis, le secrétaire d’Etat britannique en charge de l’Irlande du Nord, et David Frost, ministre d’Etat chargé des négociations post-Brexit, l’un devant les députés, l’autre devant les Lords, les deux chambres du parlement britannique.

Fin de non-recevoir

Les Européens ont immédiatement réagi par une cinglante fin de non-recevoir. S’ils souhaitent poursuivre le dialogue avec Londres pour «trouver des solutions innovantes», ces dernières devront s’appliquer «dans le cadre du protocole», signé au même moment par le représentant du Royaume-Uni, le Premier ministre Boris Johnson, et les Européens. «Nous n’accepterons pas une renégociation du protocole», a averti – ce n’est pas pour la première fois et ce n’est sans doute pas la dernière – le vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic.

Le ministre irlandais des Affaires étrangères Simon Coveney a rappelé que Londres avait approuvé le texte et a encouragé «le Royaume-Uni à travailler en partenariat avec l’UE pour identifier des solutions réalistes» dans le cadre du protocole. Sourds à ces arguments, les deux membres du gouvernement britannique ont affirmé que le Royaume-Uni se trouvait déjà dans une situation qui justifierait l’emploi de l’article 16, permettant de suspendre unilatéralement le traité international. Ils ont néanmoins considéré que «ce n’était pas le bon moment». Mais ils appellent à un «nouvel équilibre». «On ne peut tout simplement pas continuer comme cela, a martelé David Frost, à la chambre des Lords. Aujourd’hui, le protocole n’est pas viable.» Le gouvernement britannique est aussi mis sous pression par la communauté unioniste nord-irlandaise, très attachée à l’identité britannique et à la monarchie, qui souhaite le retrait de la frontière en mer d’Irlande.

Malhonnêteté et incompétence

Plusieurs propositions aux détails plutôt vagues ont donc été mises sur la table : retirer les taxes sur les produits britanniques à destination de la province, reconnaître mutuellement les standards et suspendre toute possibilité d’action de la Cour de justice européenne ou de la Commission sur le protocole. Enfin, pour que les négociations ne soient pas gênées par le temps, établir un moratoire sur l’application des dispositions douanières post-Brexit… La période de grâce, déjà prolongée une fois, doit se terminer fin septembre. Ces options, a conclu Brandon Lewis, seraient les seules envisageables pour sortir d’une relation de crise «entre nos deux pays [l’Irlande et le Royaume-Uni, ndlr]. L’UE devra lire ces propositions avec un œil nouveau.»

La nouvelle a été saluée par le nouveau leader du DUP, parti unioniste nord-irlandais. «C’est un pas important dans la bonne direction, a commenté Jeffrey Donaldson. Nous avons souligné à maintes reprises à quel point la frontière en mer d’Irlande est préjudiciable. Nous avons besoin d’une véritable renégociation.» Du côté de l’opposition, les critiques pleuvent. «Le gouvernement a promis d’appliquer le Brexit, et pourtant le voici essayant de le détricoter», a ironisé la baronne Jennifer Chapman of Darlington, du Labour, répondant à David Frost depuis la chambre des Lords. «Ce que le gouvernement a signé en 2019 est la seule vraie cause des problèmes en Irlande du Nord, pas l’UE, a abondé une de ses collègues, Sarah Ludford, du parti Libéral Démocrate. Soit le gouvernement savait ce qu’il signait, et dans ce cas c’est de la malhonnêteté. Soit il ne le savait pas, et dans ce cas c’est de l’incompétence. Bien sûr, ce sont les deux.» Durant les élections législatives de 2019 – peu de temps après avoir accepté les termes du protocole – le Premier ministre britannique Boris Johnson avait ainsi déclaré : «Il n’est pas question qu’il y ait des contrôles sur les marchandises circulant d’Irlande du Nord en Grande-Bretagne et inversement.» Pourtant, l’accord signifiait clairement que cela serait le cas.

Cet ultimatum intervient dans la foulée d’une interview de l’ex-plus proche conseiller du chef du gouvernement. Mardi soir, sur la BBC, Dominic Cummings, présenté comme l’architecte du Brexit, a lâché «qu’il est parfaitement raisonnable de dire que le Brexit était une erreur», tout en soulignant que ce n’était pas son opinion personnelle. Enfin, celui qui murmurait à l’oreille de Boris Johnson il y a encore quelques mois a avoué à une journaliste de la BBC que le protocole nord-irlandais avait été paraphé dans des circonstances pour le moins… particulières. A l’époque, «il convenait aux deux parties [aux Irlandais comme aux Britanniques] de souscrire à quelque chose qui n’était pas ce que l’une ou l’autre des parties souhaitait vraiment et les questions difficiles devaient être résolues plus tard. Cela leur convenait et cela nous convenait», a-t-il admis, dans un énième aveu édifiant.

Publicité
Publicité

Plus d'info : Liberation.fr

Publicité
image beaconimage beaconimage beacon