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Guinée: tristesse, colère et besoin de justice aux funérailles de M'mah Sylla

logo de RFI RFI il y a 6 jours RFI
Des habitants du quartier Enta et des proches de M'mah Sylla près du cimetière où a eu lieu l'enterrement de la jeune femme, mercredi 24 novembre. © Matthias Raynal/RFI Des habitants du quartier Enta et des proches de M'mah Sylla près du cimetière où a eu lieu l'enterrement de la jeune femme, mercredi 24 novembre.

Ce mercredi après-midi 23 novembre à Conakry avaient lieu les funérailles de M’mah Sylla. La jeune femme est morte samedi 20 novembre à Tunis, où elle était soignée depuis un mois à la suite de viols et de mauvais traitements médicaux pratiqués par des pseudo-médecins dans deux établissements privés de Conakry. Ces derniers avaient ensuite tenté de la faire avorter, et les opérations s’étaient mal passées. Les cliniques illégales vont-elles revenir dans le viseur de la justice ?

Avec notre correspondant à Conakry, Matthias Raynal

L’ambulance transportant le corps de M’mah Sylla se fraye un chemin au milieu de la foule. Plus d’une centaine d’habitants du quartier Enta se sont donnés rendez-vous dans l’un des petits cimetières de cette banlieue populaire de Conakry, pour rendre un dernier hommage à M’mah Sylla. 

« Justice et justice ! On ne demande rien d'autre que justice. » Ousmane Diallo martèle son message. Cet oncle de M’mah Sylla l’a même écrit sur une pancarte qu’il brandit à l’entrée du cimetière : « Justice pour M’mah Sylla, plus jamais ça ». Il ne comprend pas comment des médecins ont pu en arriver là. « Ce sont des personnes en qui on a confiance. Quand on a des problèmes, on court vers ces médecins. S'ils arrivent à agir comme ça, je ne peux rester à la maison sans manifester. »

À l’ombre des manguiers, les pelletées de terre recouvrent progressivement le cercueil. Après quelques récitations du Coran les hommes, les seuls admis au cimetière, se dispersent. En haut de la colline, chez sa famille, les femmes se recueillent. Il y a Aminata Bah sa cousine, les yeux embués de larmes. « C'est triste. C'est ma copine, c'est ma cousine, elle était tout pour moi. Je suis en colère. »

Plus tôt dans la journée, la ministre de l’Action sociale a de nouveau assuré, au nom du gouvernement, que toute la lumière serait faite dans cette affaire. 

La « gangrène » des cliniques illégales

L'affaire M'mah Sylla jette une lumière crue sur le fléau des cliniques illégales en Guinée. Un dossier sur lequel s'était déjà penché l'ancienne administration et qui devient brûlant pour la nouvelle équipe au pouvoir.

Le docteur Abdoulaye Kaba, médecin des hôpitaux et coordinateur de la Coalition nationale des professionnels de santé, n'hésite pas à parler de « gangrène » lorsqu'il évoque les cliniques privées en Guinée. Apparues dans les années 1990 lors de la libéralisation du système de santé, elles ont fleuri dans Conakry et sa banlieue. Mais elles pratiquent souvent un exercice illégal de la médecine en contournant les exigences du ministère de la Santé.

« Elles échappent à ces conditions imposées par le ministère de la Santé, dénonce Abdoulaye Kaba, et passent par le ministère de l'Administration du territoire pour avoir des agréments "d'ONG de sensibilisation médicale". » Ces structures outrepassent alors leurs compétences, avec des personnels de santé formés dans des écoles privées douteuses, qui prolifèrent elles aussi, souligne le docteur Kaba.

« Sincèrement, il y a des écoles de santé aujourd'hui qui n'ont aucun documents légaux qui puissent leur permettre d'exercer. Et il y a des étudiants qui sortent de ces écoles de santé de façon anarchique. »

Reprise en main espérée du secteur

Après le calvaire subi par M'mah Sylla, le président de l'Union des consommateurs de Guinée, Ousmane Keita, espère une reprise en main du secteur par tous ses acteurs, dont l'Ordre des médecins. « L'Ordre des médecins doit s'impliquer aussi pour, en étroite collaboration avec le ministère de la Santé, s'assurer qu'il n'y ait pas de médecin non agréé qui puisse opérer dans les cliniques et dans les hôpitaux. »

En attendant, l'Ordre des médecins guinéen, en plein renouvellement de ses instances, s'est porté partie civile dans cette affaire. Coïncidence du calendrier, l'enterrement de la jeune femme intervient à la veille de la journée mondiale des violences faites aux femmes ce jeudi 25 novembre.

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