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Russie : Alexeï Navalny annonce son retour au pays

logo de Liberation Liberation 13/01/2021 Veronika Dorman
Alexeï Navalny, à Mouscou le 29 février 2020. © SHAMIL ZHUMATOV Alexeï Navalny, à Mouscou le 29 février 2020.

En Allemagne depuis son empoisonnement en août, l'opposant reviendra dimanche à Moscou où il va faire face à une offensive judiciaire du pouvoir.

«Le 17 janvier, dimanche, je rentre à la maison.» Comme à chaque fois, c’est sur les réseaux sociaux que l’opposant Alexeï Navalny a annoncé la grande nouvelle. Il rentrera en Russie à la fin de la semaine avec un vol low cost de la compagnie Pobeda («victoire» en russe, ça ne fait jamais de mal de forcer sur les symboles).

«La question "rentrer ou pas" ne s’est jamais posée. Simplement parce que je ne suis jamais parti. Je me suis retrouvé en Allemagne, transporté dans une boîte de réanimation, pour une seule raison : on a essayé de me tuer», a expliqué l’opposant de 44 ans sur son compte Instagram. En précisant qu’il devait être «presque guéri», puisqu’il a réussi à faire des pompes et autres «burpees», mouvements qu’il ne parvenait plus du tout à exécuter en sortant du coma, après avoir été empoisonné à l’agent innervant Novitchok, en août.

Ambitions et filature

Une enquête des journalistes de Bellingcat et The Insider a prouvé que l’attentat a été organisé et mené par les services de sécurité russes (FSB), qui surveillent l’opposant depuis des années et le suivent dans tous ses déplacements à travers la Russie depuis qu’il a manifesté clairement, en 2016, ses ambitions électorales. En cherchant le moment opportun pour se débarrasser de lui, peut-on conclure en lisant les révélations des journalistes d’investigation, puisque les équipes de filature n’étaient pas composées d’agents de terrain mais d’experts en armes chimiques. L’un d’entre eux s’est d’ailleurs fait piéger par Navalny lui-même, qui s’est fait passer pour un employé du FSB et lui a tiré les vers du nez à l’occasion d’un formidable canular téléphonique.

Cousu de fil blanc

Mardi, le service pénitentiaire russe (FSIN) a déposé une plainte pour commuer une peine de prison avec sursis en détention ferme, dans l’affaire dite «Yves Rocher», dans laquelle l’avocat-blogueur avait été accusé, en 2014, de détournement de fonds au détriment d’une filiale russe de la société française. Alexeï Navalny avait alors écopé de trois ans et demi de prison avec sursis, et son frère Oleg de trois ans et demi ferme. 

La condamnation, dans ce dossier cousu de fil blanc, comme tant d’autres fabriqués au fil des ans par les autorités russes pour entraver l’activité politique de l’opposant, arrivait à échéance le 30 décembre. Il y a quelques semaines, le FSIN avait indiqué qu’il envisageait de convertir la peine de l’opposant, arguant que Navalny – en convalescence en Allemagne – avait enfreint la loi en ne pointant pas à l’inspection pénale, alors qu’il était non seulement guéri mais n’avait plus aucun symptôme. Et le service pénitentiaire de s’appuyer, en guise de preuve, sur une publication de la revue scientifique The Lancet en date du 22 décembre, contenant un compte rendu de l’hôpital de la Charité à Berlin, qui avait accueilli l'opposant après son empoisonnement.

«J’ai survécu, écrit encore Navalny sur Instagram. Et maintenant, Poutine, qui a donné l’ordre de me tuer, piaille à tue-tête dans son bunker et ordonne à ses serviteurs de faire tout pour que je ne rentre pas. Et les serviteurs font ce qu’ils font toujours : ils fabriquent de nouvelles affaires pénales contre moi.»

Fin décembre, une enquête pour «fraudes à grande échelle» a également été ouverte contre l’opposant. Le Comité d’enquête russe soupçonne le fondateur du Fonds de lutte contre la corruption (FBK) d’avoir dépensé pour son usage personnel 356 millions de roubles (3,9 millions d’euros) de dons collectés pour faire tourner l’ONG, qui vit essentiellement de crowdfunding.

«Venez m’accueillir !»

Ces rebondissements juridiques sont autant de signaux envoyés à l’opposant de ne pas rentrer en Russie. Comme l’expliquait à Libération en décembre la politologue Tatiana Stanovaya, depuis les révélations sur son implication directe dans la tentative d’assassinat de l’opposant, le Kremlin est dans une impasse. Navalny a franchi toutes les lignes rouges en déclarant la guerre – et le ridiculisant au passage – au tout-puissant FSB, le socle tentaculaire du pouvoir poutinien.

Vladimir Poutine, de son côté, ne peut plus balayer d’un revers méprisant «ce blogueur» qui «n’intéresse personne», tant se sont révélés astronomiques les moyens mobilisés pour neutraliser «le patient» (le président russe et ses porte-voix ne prononcent jamais le nom de l’opposant en public). Le «venez m’accueillir !» défiant, lancé par Navalny à la fin de sa vidéo sur Instagram annonçant son retour, a l’air adressé à ses partisans, mais plus encore aux autorités russes. Lui passer les menottes devant les caméras du monde entier à l’aéroport international de Vnukovo, dimanche, constituerait une preuve flagrante de la menace que représente Alexeï Navalny pour le régime qu’il vilipende.

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