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République démocratique du Congo : « Vous avez dit “congolité” » ?

logo de Le Point Le Point 05/10/2021 Par notre correspondante à Kinshasa, Nicola Hiexe
© SUMY SADURNI / AFP

« L'histoire même la plus récente de notre pays nous démontre qu'il y a eu des Congolais de père et de mère qui ont participé à la ruine de notre pays. Donc, ce n'est pas un critère. » Voilà ce qu'a déclaré le président Félix Tshisekedi le 25 septembre dernier au micro de Voice Of America. Une déclaration qui met fin à trois mois de polémiques.

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Nationalité : un débat à double tranchant

Tout est parti d'un projet de loi. Le 8 juillet, le Dr Noël Tshiani, un ancien candidat aux élections présidentielles, dépose un projet de loi dit de la « congolité » à l'Assemblée nationale. Le texte controversé vise à verrouiller une série de postes de souveraineté ? chef de l'État, présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, hauts magistrats, chef de l'ANR, etc. ? pour ne les attribuer qu'à des « Congolais de père et de mère » laissant de côté les personnes métissées comme son opposant politique Moïse Katumbi, dont le père est grec.

Dans les rangs de l'ancien gouverneur du Katanga à qui l'on prête l'intention de vouloir se porter candidat à la présidentielle de 2023, ce projet a été perçu comme une attaque personnelle. Résultat : ses partisans ont même été jusqu'à menacer de quitter l'Union sacrée, la coalition menée par Félix Tshisekedi, si le projet de loi était adopté. Aussi, pour Olivier Kamitatu, le porte-parole de Moïse Katumbi, la prise de position du président est un grand pas en avant. « La position du président est sans appel. Ce pays a besoin de stabilité, pas de division. Cette proposition de loi était en violation totale de la Constitution », dit-il.

Ici, Olivier Kamitatu fait référence à l'article 72 de la Constitution de la RDC qui dit que pour être candidat à l'élection du président de la République, il faut avoir plus de 30 ans, ne pas être privé de ses droits civiques, mais surtout être de nationalité congolaise d'origine. Et c'est le mot d'origine qui fait débat. Pour Noël Tshiani, cela implique d'avoir des géniteurs congolais alors que pour le moment cela implique d'être congolais de naissance.

Un problème de constitutionnalité qui a poussé l'Assemblée nationale à abandonner le projet de loi. Mais dans la société congolaise, les dissensions restent présentes. « Moi je ne ferme pas la porte à la réflexion », explique Serge Tshiani, un militant de l'UDPS qui dit ne pas faire partie de la famille de Noël Tshiani. « On ne peut pas donner la destinée de notre pays à n'importe qui. La personne doit représenter les Congolais. Moi je n'ai pas 30 ans, je ne peux pas être candidat à la présidentielle. Dois-je me plaindre parce que je ne peux pas candidater ? »

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Un héritage de la colonisation

L'expression « de père et de mère » est même entrée dans le langage courant. Il n'est pas rare aujourd'hui qu'elle ressorte dans les conversations sur le ton de la blague ou lorsque deux personnes font connaissance. Une situation qui affecte les métis du Congo.

« Nous sommes contents de l'abandon de ce projet de loi. Il est discriminatoire et nous marginalise », déclare Ferdinand Lokunda DaSilva, président de l'Amesco, l'association des métis du Congo. Son association se bat notamment pour que les parents étrangers qui ont eu des enfants avec des Congolais et qui les ont par la suite abandonnés les reconnaissent. Une réalité héritée de la colonisation. La Belgique a créé au Congo un système raciste. Les colons blancs avaient tous les privilèges, les Noirs étaient victimes de ségrégation et de violences. Il n'était pas question d'union entre les Blancs et les Noirs, et donc d'enfants métis. L'État belge ne pouvait pas accepter les enfants métis nés au Congo belge. Ils les ont soit abandonnés, soit séparés de leur famille. Une fois que le Congo a obtenu son indépendance, le système a perduré, les Belges ne sont plus les seuls à abandonner leur progéniture, beaucoup de travailleurs venus de l'étranger continuent d'agir de la sorte. « Nous nous battons déjà pour qu'un de nos parents nous reconnaisse, on ne peut pas avoir en plus perdre le soutien du Congo. Où irons-nous vivre ? » déplore Ferdinand Lokunda DaSilva. « Dans la rue, lorsqu'on me voit, on ne me considère pas comme un vrai Congolais. Ce projet de loi leur aurait donné raison. Il nous divise au lieu de résoudre les vrais problèmes du Congo », poursuit-il.

Un point de vue partagé par Olivier Kamitatu, le porte-parole de Moïse Katumbi, en ce moment de passage à Goma. « Ici, il y a énormément de souffrances qui appellent plus de solidarité et de vivre ensemble que ce genre de loi. Il faut se préoccuper de la façon dont vivent nos concitoyens. Aujourd'hui, 27 millions de personnes souffrent de la faim dans le pays. Et c'est la saison des pluies. Hier, nous étions dans un camp où vivent les sinistrés de l'éruption volcanique, leur situation est dramatique. Elle est là la véritable urgence. »

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