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Biodiversité et climat : «Pour gagner sur les deux tableaux, il faut mieux protéger les espaces naturels»

logo de Le Parisien Le Parisien 10/06/2021 Aurélie Sipos
La lutte contre la déforestation pourrait contribuer à réduire les émissions de gaz causées par l'homme. (Illustration) AFP/Issouf Sanogo © ISSOUF SANOGO La lutte contre la déforestation pourrait contribuer à réduire les émissions de gaz causées par l'homme. (Illustration) AFP/Issouf Sanogo

Ils ont travaillé main dans la main pour la première fois. L’IPBES, la plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, et « son cousin », le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), dévoilent ce jeudi un rapport inédit. Fruit d’un travail de cinquante scientifiques, il pose officiellement le constat que crise climatique et déclin de la biodiversité ne peuvent plus être dissociés. Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de la plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité, nous explique les enjeux d’un tel constat.

Ce rapport montre qu’en agissant pour la biodiversité, on peut agir également contre le réchauffement climatique. Est-ce une nouveauté ?

ANNE LARIGAUDERIE. C’est la première fois que les deux plates-formes l’IPBES et le Giec se réunissent pour travailler ensemble. C’est d’autant plus important que l’on a des échéances cette année avec la COP15 sur la biodiversité et la COP26 climat.

Quelles sont les conclusions ?

Nous n’avons pas d’un côté une crise climatique, et de l’autre, de biodiversité. Le monde vivant et le climat évoluent ensemble et ne font qu’un, il faut apporter des solutions dans leur ensemble. Le message principal est de montrer qu’il existe des solutions qui bénéficient à l’atténuation du réchauffement climatique et pour la réduction de perte de biodiversité.

Pourquoi avoir séparé les deux jusqu’à présent ?

Dans les années 1980, les communautés étaient indépendantes et on n’avait pas compris que le changement climatique allait progresser à la vitesse à laquelle il progresse maintenant et qu’il allait, par exemple, avoir des impacts sur les migrations d’animaux. On a compris petit à petit… Et si c’était à faire, je pense que l’on ferait les choses différemment car, si on aborde ces deux défis séparément, on fera face à de grandes difficultés. Désormais, il faut décloisonner, créer des passerelles pour convaincre qu’en fait ce sont des cloisons artificielles que l’on a créées.

Ces « cloisons » ont déjà pu avoir des conséquences néfastes sur l’environnement…

Il y a certains programmes contre-productifs. Il y a, par exemple, plein d’endroits où contre quelques centimes, on vous propose de replanter un arbre. Mais on ne s’est pas penché sur l’écologie de la restauration, et on va parfois replanter des espèces qui ne sont pas locales et créer de la compétition pour certaines ressources. Il faut garder cette même ambition, mais renseignons-nous davantage. Le rapport pointe également le déploiement prévu à grande échelle de cultures pour la bioénergie, comme la culture de la canne à sucre pour le bioéthanol. C’est une technique intéressante venue de la communauté climat, mais cela dépend de l’échelle. Ce qui est envisagé, c’est de développer des cultures sur des terrains aussi vastes que l’Inde. Plus qu’une crainte, on sait que des espaces protégés ont déjà été transformés pour ces cultures.

Comment éviter cela ?

On ne fera pas l’économie de la réduction de nos dépenses d’énergie. Il faut modifier nos comportements pour être moins dépendants de ces énergies. Il faut aussi modifier nos préférences alimentaires, en mangeant plutôt moins de viande car c’est l’une des grandes raisons de la déforestation.

La lutte contre la déforestation semble faire partie des solutions, qui peuvent être bénéfiques autant pour le climat que pour la biodiversité.

Pour gagner sur les deux tableaux, il faut mieux protéger les espaces naturels. Les forêts aspirent un tiers de nos émissions de gaz à effet de serre, mais on peut faire mieux, en arrêtant la déforestation, c’est très important. On peut conserver la nature, ne pas la dégrader et elle peut nous aider.

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