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Crise climatique et déclin de la biodiversité, même combat

logo de Liberation Liberation 10/06/2021 Miren Garaicoechea
Le rapport montre que seulement une mesure de compensation de destruction de biodiversité sur trois démontre qu’elle respecte le principe de zéro-perte nette. © Jean-François Monier Le rapport montre que seulement une mesure de compensation de destruction de biodiversité sur trois démontre qu’elle respecte le principe de zéro-perte nette.

L’équation est délicate : comment lutter - suffisamment - contre le réchauffement climatique mais aussi contre la baisse de la biodiversité, tous deux provoqués par l’activité économique humaine, sans que l’une de ces luttes ne porte préjudice à l’autre ? En arrêtant de les opposer justement, et en limitant au maximum les effets induits néfastes. A quelques mois de la COP 15 pour la biodiversité qui aura lieu en octobre, et la COP 26 de Glasgow en novembre, un rapport publié ce jeudi montre combien les crises (et leurs solutions) ne peuvent être pensées de manière indépendante. Si «le changement climatique exacerbe les risques pour la biodiversité et les habitats naturels ou aménagés», à leur tour, les écosystèmes sont essentiels pour lutter contre l’accumulation de gaz à effet de serre.

La grande particularité de ce rapport ne réside pas dans sa taille (28 pages), mais dans son poids symbolique : pour la première fois, deux organisations onusiennes se sont alliées. 50 experts scientifiques, pour moitié du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), pour l’autre de l’IPBES, sorte de Giec de la biodiversité (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), se sont virtuellement rencontrés lors de quatre jours de séminaire en décembre, «suivis de cinq mois intense de travail». Le résultat n’est cependant pas formellement endossé ni par le Giec, ni par l’IPBES, n’ayant pu bénéficier du processus habituel d’évaluation et d’approbation des deux organisations.

«La nature ne peut pas tout faire»

«Le changement climatique causé par l’homme menace de plus en plus la nature et ses contributions aux populations : plus le monde est chaud, moins il y a de nourriture, d’eau potable et d’autres contributions clés que la nature peut apporter à notre vie», précise le professeur Hans-Otto Pörtner, co-président du comité scientifique à l’origine de ce rapport. En retour, «les changements subis par la biodiversité affectent le climat, en particulier par le biais d’impacts sur l’azote, les cycles du carbone et de l’eau».

Reforestation, arrêt de la dégradation d’écosystèmes riches en carbone et en espèces, agriculture durable, fin des subventions aux activités dommageables pour la biodiversité… Les pistes de solutions citées dans le rapport sont nombreuses. Mais face au cercle vicieux de la crise climatique, les changements doivent être «systémiques […] rapides et d’envergure», précise Hans-Otto Pörtner. Ainsi, aujourd’hui, seulement 15 % des terres et 7,5 % des océans sont des espaces protégés. Une étude publiée en avril 2021 montrait déjà que seulement 3 % des écosystèmes mondiaux restent intacts. «Pour une protection et une conservation efficaces pour assurer un climat habitable, une biodiversité durable et une bonne qualité de vie», il faudrait être bien plus ambitieux, et protéger 30 à 50 % de la planète. «La terre et l’océan font déjà beaucoup de choses - absorbant près de 50 % du CO2 des émissions humaines - mais la nature ne peut pas tout faire», soutient Ana María Hernández Salgar, présidente de l’IPBES.

Justice sociale et réalisme

Un des risques majeurs de l’interventionnisme est de réfléchir en silos, sans prendre en compte les effets induits. Ainsi selon le rapport, seulement une mesure de compensation de destruction de biodiversité sur trois «démontre qu’elle respecte le principe de zéro perte nette» : planter des arbres à tout va pour compenser son empreinte carbone peut être dommageable, car cela crée un nouvel espace de monoculture qui remplace un environnement marqué par sa biodiversité. «Les forêts de plantation peuvent être un vrai désastre et sont extrêmement vulnérables à la sécheresse ou aux parasites», a ainsi souligné lors d’un point presse Camille Parmesan, de l’université britannique de Plymouth, une des experts du rapport. De même, le recours aux énergies renouvelables pourrait provoquer une exploitation de minerais rares.

«Pour s’attaquer à cette crise, nous avons besoin de tout le monde sur le pont», a rappelé la professeur Pamela McElwee, professeur à la Rutgers University, lors de la conférence de presse de jeudi. «Non seulement les gouvernements, les populations locales qui jouent un rôle très important dans la conservation de la biodiversité, mais aussi le secteur privé, notamment l’industrie alimentaire, l’énergie…» Les enjeux soulevés par le rapport concernent - et pourraient bénéficier - à tous. Comme l’a rappelé Unai Pascual, chercheur au Centre Basque pour le changement climatique, «nous savons que les impacts principaux» des crises climatiques et de biodiversité «touchent en priorité les plus vulnérables, notamment les populations indigènes». Mais «il faut prendre conscience que n’importe quelle intervention pour tenter de résoudre la crise, aura ses gagnants et ses perdants».

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