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CureVac : 5 minutes pour comprendre l’abandon du vaccin anti-Covid allemand

logo de Le Parisien Le Parisien 13/10/2021 Tom Hollmann
Le vaccin de l'Allemand CureVac n'est efficace qu'à 47 % contre le Covid-19, un taux bien inférieur à celui de ses concurrents. AFP/Jeroen JUMELET © JEROEN JUMELET Le vaccin de l'Allemand CureVac n'est efficace qu'à 47 % contre le Covid-19, un taux bien inférieur à celui de ses concurrents. AFP/Jeroen JUMELET

Clap de fin pour le candidat vaccin de CureVac. Quelques mois après l’annonce de résultats particulièrement décevants dans ses essais cliniques, le laboratoire pharmaceutique allemand a annoncé, mardi, la mise au placard de son premier vaccin à ARN messager contre le Covid-19 (CVnCoV), sur lequel la société travaillait depuis déjà plus d’un an et demi.

Estimant, à l’image du Français Sanofi, que son vaccin « arriverait trop tardivement sur le marché pour avoir un impact concret » sur la pandémie, le directeur général de CureVac, Franz-Werner Haas, a indiqué par communiqué que l’entreprise se consacrerait désormais au développement d’un « vaccin de deuxième génération », en collaboration avec le Britannique GSK. Une annonce qui, de fait, annule la précommande de 405 millions de doses passées par l’Union européenne, et est synonyme de retour à la case départ pour la société.

Une promesse… puis des déboires

Le vaccin s’annonçait pourtant prometteur. « Avec une faible dose en ARNm (12 microgrammes) et une bonne réponse immunitaire démontrée lors des études cliniques, ce qui est un tour de force, ce vaccin aurait pu être efficace tout en étant meilleur marché », nous indique Steve Pascolo, cofondateur en 2000 de CureVac et pionnier de la technologie ARNm, qui travaille désormais avec BioNTech. De plus, « son liposome, l’enveloppe de l’ARNm, était censé être plus stable à température ambiante et au réfrigérateur que celui de ses concurrents, le rendant plus facile à stocker et donc plus facilement délivrable ».

Mais CureVac enchaîne les déboires et prend du retard. Alors que la France attend toujours de recevoir 44 millions de doses du sérum au deuxième semestre, malgré un début des livraisons prévu au mois de mars, l’entreprise indique faire face à des difficultés d’approvisionnement et accuse les États-Unis de bloquer l’exportation de certains de ses composants.

Pour ne rien arranger, les essais cliniques réalisés à grande échelle (40 000 participants) dans dix pays d’Amérique latine et d’Europe voient leurs procédures ralenties par la difficulté pour l’entreprise de dénicher des volontaires non vaccinés et contractant le Covid-19 dans une période de baisse du taux d’infection.

Une efficacité médiocre

Le coup de grâce est finalement porté à la mi-juin, quand le laboratoire annonce sur la base de résultats intermédiaires une efficacité de seulement 47 % contre la maladie, qu’elle qu’en soit la gravité. C’est bien moins que les 95 % d’efficacité dont peuvent s’enorgueillir les mastodontes Pfizer/BioNTech et Moderna, et toujours inférieur au seuil de 50 % requis par l’Agence européenne des médicaments pour délivrer une autorisation de mise sur le marché.

Les vaccins contre le Covid-19 en Europe © Fournis par Le Parisien Les vaccins contre le Covid-19 en Europe

« À partir de là, c’est l’échec total, regrette Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie du CHU de Bordeaux. Comment voulez-vous faire valoir sur le marché un vaccin qui, quoi qu’il arrive, sera moins efficace que celui de ses concurrents ? »

Comment l’expliquer ?

Pour le pharmacologue, le faible dosage en ARNm du vaccin de CureVac, prometteur sur le plan des effets indésirables, a finalement été une de ces principales faiblesses. « Lorsqu’on veut établir le dosage idéal d’un vaccin ou d’un médicament, on cherche à obtenir la plus faible dose qui assure un effet maximal. À mon sens, CureVac a considéré que sa plus forte dose testée avait atteint le plateau d’effet maximal, ce qui n’était pas le cas. Il n’a donc pas suffisamment dosé son vaccin, limitant son efficacité globale », indique-t-il.

Tout n’est pas perdu pour le laboratoire allemand, qui a « indéniablement acquis de l’expérience », relativise Steve Pascolo. « La mise au point d’un vaccin, même avortée, est toujours un boost de technologie et de connaissance pour les scientifiques, qui pourront réutiliser cette expérience pour la mise au point d’autres médicaments ou vaccins », ajoute-t-il.

Quel avenir pour CureVac ?

La volonté de CureVac de se rabattre absolument sur le développement d’un vaccin « de seconde génération » lui apparaît cependant quelque peu « désespérée ». « Encore une fois, la compagnie devra trouver en 2022 des personnes volontaires, non vaccinés et qui n’ont jamais été infectées par le SARS-CoV-2 et qui seraient susceptibles de rencontrer pour la première fois ce virus. C’était déjà compliqué il y a quelques mois, ça le sera encore plus dans ceux à venir », prophétise Steve Pascolo.

Et rien ne garantit non plus que le futur vaccin sera plus efficace que celui de ses concurrents. « À moins d’être particulièrement efficace contre de futurs potentiels variants problématiques, sa seule utilité pourrait être limitée aux pays en voie de développement et aux réinjections », conclut Mathieu Molimard.

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