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Elon Musk et Twitter, une valse à deux temps

logo de Paris Match Paris Match 13/05/2022 Romain Clergeat

Elon Musk a indiqué vendredi suspendre le rachat de Twitter dans l'attente de détails sur la proportion de faux comptes sur le réseau social. De quoi remettre en cause le rachat ? En attendant, les cours de l'action chutent à Wall Street.

© REUTERS/Dado Ruvic/Illustration/File Photo

Deux mois avant le début de la pandémie, en janvier 2020, les 7000 employés de Twitter sont réunis à Houston pour leur convention annuelle baptisée #OneTeam. Comme il est de tradition dans ce genre d’évènements, Jack Dorsey, alors encore patron du réseau social qu’il a fondé en 2008 , fait monter la température en annonçant un invité « surprise ». Quelques instants plus tard, Elon Musk apparait sur un écran géant, salue la foule et sourie. Tonnerre d’applaudissements dans la salle. L’enthousiasme des employés de Twitter pour le patron de Tesla n’est pas feint. Musk est un de leurs meilleurs clients ! Il n’est abonné qu’à 189 comptes mais il a 83 millions de followers. Et il twitte à tout va. Dès qu’une idée lui passe par la tête, et il en a beaucoup, y compris des saugrenues, il semble qu’elle finisse immanquablement par atterrir sur son compte. Pour le plus grand bonheur du réseau social qui se nourrit des commentaires, voire des polémiques qu’il suscite. Pas étonnant donc qu’Elon Musk soit accueilli à la convention Twitter en héros. Sur scène, Jack Dorsey engage à distance un dialogue avec Musk et, un peu par boutade, lui demande : « Au fait, tu voudrais diriger Twitter ? » Tout le monde s’esclaffe.

Lire aussi : Rachat de Twitter par Elon Musk : «Il faut des contre-pouvoirs démocratiques»

L’homme le plus riche du monde possède déjà une usine de voitures électriques (Tesla), une société de lanceurs vers l’espace (Space X), une start-up d’implants dans le cerveau (Neuralink), une compagnie qui creuse des tunnels sous Los Angeles (The Boring Company)… La question est « drôle » en effet. Comment trouverait-il le temps de s’occuper d’un des réseaux sociaux les plus influents de la planète occidentale ? Pourtant, Musk prend son temps pour répondre. Il laisse planer un silence qui dissipe déjà pas mal de rires, avant d’expliquer qu’il s’efforcerait de rendre Twitter moins opaque sur la façon dont fonctionnent ses algorithmes, et aussi d’améliorer la lisibilité des systèmes de modérations. « Comment sait-on que les commentaires sont vrais ou si quelqu’un essaie de manipuler le système ? Ou vrais, mais possiblement aussi en train de manipuler le système ? » L’assistance est un peu interloquée. Notamment les centaines de modérateurs employés par Twitter, un outil central dans son fonctionnement. Depuis les débuts, puisque le 25ème employé de la société en 2008 fut spécialement engagé pour jouer ce rôle-là.

Avec son ton monocorde et ses pensées peu claires, Elon Musk sent qu’il a perdu son auditoire. Alors, il rebondit avec une idée qu’il sait faire mouche à tous les coups : « Mais je vous dis que dans 5 ans, disons dans pas plus de 9 ans, le premier tweet sera envoyé depuis… Mars ! » Nous ne sommes pas encore en 2031 mais l’extraordinaire conquête que vient d’opérer Elon Musk sur la planète Twitter confirme au moins une chose : quand l’homme le plus riche du monde dit, il fait. Construire la meilleure voiture électrique ? Case cochée. Envoyer des hommes dans l’espace ? Aussi. Acquérir une des plus grandes entreprises du net en 21 jours ? C’est désormais chose faite. Et on n’avait jamais vu ça. Ni aussi vite, ni de telle manière. D’ordinaire, ce genre de transactions ne s’annonce pas, s’ourdit en coulisse et à pas feutrés. Et parfois aboutit. Après de looooongues négociations, menaces, bluff, retournements etc… Or, Musk a annoncé la couleur d’emblée, ou presque. Et surtout, ce n’est pas une société qui en rachète une autre. C’est Elon Musk lui-même qui rachète Twitter. Pas Tesla ni Space X ! Le 25 mars, il dépense 2,3 milliards $ pour racheter incognito 73,5 millions d’actions Twitter. Avec 9,2% des actions, il en devient le plus gros actionnaire. Il le révèle le 4 avril. Le lendemain, il est naturellement invité à siéger au conseil d’administration.

Une offre de rachat temporairement suspendue

S’ensuit une semaine où Musk, comme à son habitude, tweet tout et n’importe quoi. Qu’il veut transformer le siège social en refuge pour sans-abris (qui pullulent à San Francisco, siège de la compagnie), poste une photo de lui fumant un joint avec comme légende « le prochain conseil d’administration sera bien allumée », affirme qu’il est à l’origine de la fonction « modifier » sur laquelle travaille Twitter depuis plusieurs mois, propose de rebaptiser « twitter » en « titter » (« furtivement ») bref, du Musk pur jus. Mais qui n’amuse pas les membres du conseil d’administration, ni les actionnaires. Il y a un nouveau commandant de bord mais y a-t-il réellement un pilote dans l’avion avec Elon Musk tenant le manche ? Le 11 avril (comme le nombre de membres du conseil d’administration de Twitter…), on apprend qu’Elon Musk refuse finalement de siéger au board.

Trois jours plus tard, il fait officiellement une offre de rachat pour 43 milliards $. Le lendemain, en panique, le conseil d’administration active une mesure d’urgence baptisée « pilule empoisonnée » (en gros, une dilution automatique de l’actionnariat passé un certain seuil, rendant la position de Musk plus faible qu’elle ne l’est actuellement). Mais Musk sait qu’il a les cartes en mains. Son offre de rachat à 54,20$ l’action contre 45,08$, le cours actuel, rend son offre difficile à refuser. Car contraire aux intérêts des actionnaires de Twitter qui pourraient alors poursuivre l’entreprise pour être allée contre le bon sens capitaliste. Avec ses 9,2%, Musk ne s’en priverait pas et le réseau social entrerait alors dans une tempête à l’issue incertaine. Les dirigeants de Twitter cherchent à gagner du temps, pensant Musk, malgré son statut « d’homme le plus riche du monde », en peine pour boucler le financement d’une telle opération. Car Musk est riche de ce qu’il vaut, pas de ce qu’il a dans de telles proportions. Même lui n’a pas 46 milliards $ sur son compte en banque ! Mais le 20 avril, il dépose auprès des autorités financières un document détaillant son montage. 25 milliards $ d’emprunts chez Morgan Stanley. Et 21 milliards $ de sa « poche ». Dès lors, l’issue est scellée.

Ce que veut Musk, il l’aura. Les dirigeants de Twitter l’ont compris. Après un week end de négociations (au cours duquel il s’offre même une passe d’armes avec Bill Gates, sur twitter évidemment, dont il ironise l’embonpoint en postant une photo de lui et d’un personnage des Simpson…), Elon Musk rachète officiellement Twitter. What’s Next désormais ? Simple utilisateur (à raison de 3000 messages par an) Elon Musk a multiplié depuis 2009 les fantaisies sur twitter : il a dévalorisé sa propre société (Tesla), traité un sauveteur en Thaïlande de « pedo-guy », quitté le réseau social, avant d’y revenir bien sûr, provoqué Poutine en « combat singulier avec l’Ukraine comme enjeu », influé sur le cours cryptomonnaies, annoncé qu’il allait fabriquer des lance flammes… la liste est interminable. Mais il dit aussi des choses justes, et qui éclairent sur ses intentions. Comme lorsqu’ils pointent les comptes les plus suivis de la plateforme (Obama, Justin Bieber ou Kate Perry) : « La plupart de ces « top comptes » twittent rarement et postent très peu de contenu. Twitter est-il en train de mourir ? » Est-ce pour cela qu'il hésite ? Elon Musk , a indiqué vendredi suspendre le rachat de Twitter dans l'attente de détails sur la proportion de faux comptes sur le réseau social. L'action du groupe, cotée au New York Stock Exchange, plongeait d'environ 20% après cette annonce dans les échanges électroniques précédant l'ouverture de Wall Street. «L'acquisition de Twitter est suspendue de manière temporaire dans l'attente de détails sur le fait que les spams et les faux comptes représentent bien moins de 5% du nombre d'utilisateurs», a écrit M. Musk sur la plateforme, où il compte près de 93 millions d'abonnés. Il a en effet promis de débarrasser Twitter des spams, d'authentifier les utilisateurs et de renforcer la transparence sans préciser comment il comptait mettre en œuvre ce projet. L'entreprise a indiqué début mai, lors de la présentation de ses résultats trimestriels, compter en moyenne 229 millions d'utilisateurs quotidiens dit monétisables, c'est-à-dire exposés à de la publicité. Elle avait estimé à cette occasion que moins de 5% d'entre eux étaient des spams ou de faux comptes.

Elon Musk fait partie du mouvement libertarien, comme beaucoup d’entrepreneurs de la tech américaine, pour qui une régulation est forcément une entrave. Et selon ses critères, Twitter vit dans un carcan. « La liberté d'expression est le fondement d'une démocratie qui fonctionne, et Twitter est la place publique numérique où sont débattues des questions vitales pour l'avenir de l'humanité. Twitter a un énorme potentiel. J'ai hâte de travailler avec l'entreprise et la communauté des utilisateurs pour le débloquer.» Trump, banni après les incidents du Capitol se frotte déjà les mains. Et les hackers russes aussi. Même si c’est le réseau Starlink d’Elon Musk qui fait encore fonctionner internet en Ukraine.

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