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France : Comment Zemmour s’est inspiré de Le Pen

logo de Yabiladi Yabiladi 05/12/2021 Abdelmoughit Aboumejd
© Fournis par Yabiladi

Au cours du mois de novembre, Éric Zemmour a été crédité de 13 à 18% des intentions de vote. Le candidat aux éléctions présidentielles 2022 doit beaucoup à Jean Marie Le Pen, qui a introduit les thématiques de l’extrême droite dans le débat public.

Dans un mouchoir de poche avec sa rivale du Rassemblement National, Marine Le Pen, Eric Zemmour doit beaucoup à la dynamique médiatique du père de sa concurrente. En effet, Jean Marie Le Pen a été parmi les premiers politiques à aborder les thèses de l’extrême droite à la télévision. Sa première grande apparition sur le petit écran date de 1984, lorsqu'il est invité dans l’émission l’Heure de vérité sur Antenne 2. Dès le début du débat, le présentateur prend ses distances avec l’invité en expliquant les raisons de sa présence. 

«Bonsoir, depuis la fin de la guerre d'Algérie, vous êtes devenu monsieur Le Pen, un marginal du jeu politique. D'abord vous vous êtes fait élire conseiller d'arrondissement à Paris dans le 20e. Ensuite, il y a eu ces trois scrutins locaux : Dreux, Aulnay, le Morbihan. Dans chacun des cas, les électeurs consultés ont, dans une proportion très significative, répondu à votre appel. Alors aujourd'hui vous avez à cause de cela, une existence électorale. Vous faites partie de la réalité de la société française. C'est un fait et c'est pourquoi je vous ai invité ce soir pour en savoir plus sur vous», annonce François-Henri de Virieu, présentateur de l’émission.

La marginalité réunit les deux protagonistes

Un point est à relever de cette introduction. Il s’agit du caractère marginal du conseiller. Une situation dont ce dernier profitera au cours de sa carrière politique. Contestataire,  son positionnement s’apparente à la figure du martyr politique. Dans son essai «Le Martyr : du religieux au politique», Tina Maalouf aborde cette question : «Les martyrs viennent vivifier des communautés politiques, favoriser leur consolidation, susciter une passion victimaire propice à leur mobilisation, leur permettant ainsi d’affronter des communautés rivales».

Ce statut de «victime» revient souvent dans le parcours du politicien. A l’exemple des idées fascistes, islamophobes et antisémites que certains lui attribuent, il répond que ce sont des accusations fausses et qu'elles sont à l’ origine de la presse communiste. Quand Le Pen ne réussit pas à produire les documents nécessaires à l'enregistrement de sa candidature aux régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur en 2004, il affirme être victime d'un acharnement administratif piloté à distance par les plus hautes instances de l'État. Suite au débat, Le Pen a réussi son pari. Il a été le porte-parole de l’extrême droite sur une chaîne de télévision publique, tout en expliquant les attaques de ses détracteurs au nom de la censure et de la persécution. La preuve de la réussite de cette opération de communication est l’adhésion d’une centaine de nouveaux membres à son parti, le lendemain.

De la même manière, Zemmour cultive cette «oppression de la bien pensance». Dans sa vidéo de candidature, l'éditorialiste déclare : «Face à nous, se dressera un monstre froid et déterminé qui cherchera à nous salir. Ils vous diront que vous êtes racistes, ils vous diront que vous êtes animés par des passions tristes. Alors que c’est la plus belle des passions qui vous anime, la passion de la France. Ils vous diront le pire sur moi. Mais je tiendrai bon. Les quolibets et les crachats ne m'impressionnent pas».

L’argument de la liberté d’expression

Déjà en 2010, Zemmour s’autoproclamait défenseur de la liberté d’expression. Cet argument a été sa réponse aux poursuites en justice contre lui, suite à sa déclaration affirmant «la plupart des trafiquants sont noirs et arabes». Il soutien à cet égard qu’il est un observateur fidèle de la réalité qui refuse le «politiquement correct».

Dans la même logique, le polémiste se défend en invoquant l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’Homme qui garantit la liberté d’expression. En l’occurrence, le journaliste avait déclaré que «tous les musulmans, qu'ils le disent ou qu'ils ne le disent pas», considèrent les jihadistes comme de «bons musulmans». La justice a estimé que ses propos «visaient les musulmans dans leur globalité et constituaient une exhortation implicite à la discrimination». L’argument de la liberté d’expression fait également partie de l’arsenal réthorique du père Le Pen. En effet, ce dernier a été condamné pour des propos homophobes, ce que commentera son avocat de cette manière : «La liberté d'expression vient encore de régresser aujourd'hui».

A l’image de son prédécesseur idéologique, l’éditorialiste maîtrise les éléments de langage du débat politique. L’exercice auquel il se livre peut être assimilé à celui d’un voltigeur. Un numéro d’équilibriste qui engendre réflexions problématiques et des références historiques douteuses.

Les bons clients des médias

Les deux protagonistes ont un rapport aux médias similaires. En effet, Le Pen est réputé pour ses déclarations médiatiques, jugées xénophobes, sexistes ou encore antisémites. Sa phrase la plus polémique demeure sa qualification des chambres à gaz en tant que «détail de l’histoire».

Quant à Zemmour, il adopte aussi comme marque de fabrique la provocation dans les médias. En effet, en 2014 alors chroniqueur sur RTL, il déclare : «les bandes de Tchétchènes, de Roms, de Kosovars, de Maghrébins, d'Africains qui dévalisent, violentent ou dépouillent». Il est relaxé pour ses propos. En octobre de la même année,  il déclare au journal italien Corriere della Sera que les musulmans «vivent entre eux, dans les banlieues. Les Français ont été obligés de s'en aller». Suite à cette déclaration, il est condamné à verser 3 000 euros d’amende. En 2018, c’est sur le thème de l’islamisation de la France que le tribunal le condamne à 3 000 euros d'amende pour des propos «stigmatisant (...) en des termes particulièrement violents et péremptoires» les musulmans. Un jugement qu’il conteste en saisissant la Cour européenne des droits de l'Homme. 

En outre, le polémiste a également profité de sa participation à l’émission Face a l’info sur CNEWS, pendant 2 ans. La nature de ce type de chaîne implique de formuler des idées dans un temps limité. La contrainte de temps oblige à délaisser les longues réflexions pour les phrases chocs. La pensée est diminuée à ses aspects les plus radicaux pour maintenir la dynamique du débat. Cette formule est doublement bénéfique pour les chaînes car elle attire et conserve l’audience tout en fabriquant le buzz.

Finalement, Eric Zemmour profite des mêmes recettes qui ont forgé la popularité de Jean Marie Le Pen. Provocations, victimisation, et manipulation des médias sont leurs principaux points communs en plus de la haine des minorités. Mais le polémiste garde un avantage par rapport à son aîné, celui d'être accepté par l'élite parisienne.

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