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«Bu Allun», Le joueur de tambourin, de Abdelkhaleq Jayed

logo de Al Bayane Al Bayane 10/06/2020 AL Bayane

Note de lecture«Bu Allun» retrace une partie de mon enfance allaitée d’une langue qui m’accompagne pendant tout mon périple existentiel. Et c’est dans cette amazighité que le vivre- ensemble d’une tribu enclavée s’est construit loin des modalités qu’impose l’hypocrisie des formalités mensongères.Mouha le sage me fait revivre l’écho du rythme et la beautédu geste. Du coup, la rédaction que je devais rendre au professeur de françaisest la même que j’ai rédigée

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Note de lecture

«Bu Allun» retrace une partie de mon enfance allaitée d’une langue qui m’accompagne pendant tout mon périple existentiel. Et c’est dans cette amazighité que le vivre- ensemble d’une tribu enclavée s’est construit loin des modalités qu’impose l’hypocrisie des formalités mensongères.

Mouha le sage me fait revivre l’écho du rythme et la beautédu geste. Du coup, la rédaction que je devais rendre au professeur de françaisest la même que j’ai rédigée l’année passée. Il m’était impossible de dissertersur la mer car je ne l’ai jamais vue. Mon écrit s’inspirait des résonancesd’Allum, Allun et sa symphonie vibrante que je préfère aux cours demathématiques. Tous les corps en rangés répondent aux oscillations sonoresd’Allun. Les épaules se serrent, la main dans la main et les pieds tantôt tendus,tantôt fléchis. «AHASTOUCE».

L’ambiance est enjolivée par (thissante) (le sel), lesfilles qui ajoutent au charme de la nuit une connotation esthétique. C’estl’occasion pour elles de sortir du quotidien patriarcal qui se cache derrière «lapudeur». Et moi tout petit, entrain de scruter ce spectacle en espérant que ça dure tout l’été, histoire d’oublier les conneries de MrBoulinguièz, ce coopérant qui n’arrête pas de se moquer de ses élèves.

La sagesse de Mouha n’est pas d’ordre philosophique ni mêmemorale. Sa sagesse crache, sans se rendre compte, sur le délire de Ben Hamza.Elle se situe à cheval entre la misère et la pauvreté, mais elle revêt unhabillage politique dans la mesure où elle dénonce une réalité engendrée par unemarginalisation commise par ceux qui détiennent le pouvoir sous prétexte que ledéveloppement est le produit d’une substance grise d’une classe élevée dans lepillage de la richesse humaine et naturelle.

La folie de Mouha est perçue par la doxa comme transgressiondu sacré sur lequel parie le silence. Et pourtant Mouha ne s’est jamais prispour un leader, ses confessions ontl’air d’un conte qui ne dépasse pas les quelques mètres de sa piaule. Seuls sesAllun , tambourins en gardent le secret. Mouha est l’expression d’un espoir quel’amour a aveuglé, à tel point que son amour appelle la mort.

Bu Allun, est un récit au sein duquel Mouha est Hatta nereprésentent qu’un échantillon d’une souffrance résultant d’un complot contretoute une culture d’un patelin, voire d’une identité tatouée d’endurance,réduite au folklore et à une carte postale dont la face n’a qu’un objectif,c’est de charmer ou plutôt camoufler le vrai visage d’un pays meurtri.

Mouha, n’est-il pas un être humai? N’a-t-il pas le droit d’aimeret de rêver. Son admiration à la voix de Titrit émane de l’art et la manière. Une voix qui déchire car il provient dufin fond de l’Atlas. Une voix affinée par l’accent que seule la langue Amazighest capable de couver puisqu’elle sort d’une générosité approuvée par lacolline et le soir. Une voix à la quelle Mouha ne peut résister. Cette voix estsa rêverie qui traduit un sérieux auquel s’ajoute l’expression humaine,c’est-à-dire le doute, lequel ne peut être dissipé que par la peau et le feu.Hélas, Titrit, son amour jamais déclaré, est la proie préférée de rapacesnocturnes privés de sens humain.

Et puis arrive la misère que représente Hatta, dans laquellesombre la frustration d’un fantasme qui devait se construire en pleineconscience. Marx avait raison de dire que seule la réalité sociale détermine laconscience. Hatta est l’insulte de l’avenir et le dos de la carte postale. Sinon, est-il raisonnable de vivre sur le dos d’une ignominie que ceux qu’ilsl’ont commise baignent dans l’impunité totale. Quand est ce que nous allonsnous débarrasser de cette question qui taraude l’impuissance? Nous n’avons,tout compte fait, que de la compassion à fournir à Hatta du moment que notreincapacité de changer nous oblige à reposer la même question métaphysique :Quand est-ce que ça va changer?

Abdelkhaleq Jayed est l’un des écrivains qui respectentl’éthique de l’écriture. Ses récits joignent la créativité à l’engagement dansla mesure où la langue avec laquelle il véhicule ses idées charme l’adhésion depar ses tournures de style et son attachement à la réalité, en l’occurrence lespatelins qui souffrent de la marginalisation. C’est pour cela que latransmission de messages dans sa trilogie, notamment Bu Allun se consolide parune profondeur intellectuelle. Ce récit qu’est Bu Allun, outre sa portéelittéraire, est riche en maximes .Il ose transcender le conte en questionnantnos consciences.

Abdelmajid Baroud

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