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Le tourisme équestre: Un créneau porteur inexploité

logo de La Presse de Tunisie La Presse de Tunisie 20/09/2020 Kamel GHATTAS
© Présenté par

D’après la légende qu’on se raconte au coin du feu, le cheval a été créé des siècles avant la création de l’homme. Et c’est l’Ange Gabriel, sur l’ordre du Tout-Puissant, qui eut le privilège de le déposer sur la terre à partir d’une poignée de poussière….L’homme s’est tout de suite attaché à cette créature qui, depuis plus de cinq mille ans, s’est intimement liée au développement de son maître.

Le cheval c’est le moyen de transport le plus rapide, l’outil consentant et disponible pour labourer ses terres, la machine de guerre qui lui permet de se défendre et de conquérir les espaces vitaux, dont l’homme avait besoin pour étendre son pouvoir et son autorité.

Depuis toujours, ce bel animal s’est identifié à la tribu qui en possédait le plus, à l’homme qui le montait, aux conquêtes qui ont édifié ces empires dont foisonne l’histoire.

Il n’en demeure pas moins qu’avec les avancées technologiques, les découvertes, les innovations, le cheval a perdu cette aura au fil du temps. Les machines de guerre modernes finirent par reléguer ce fidèle animal à de nouvelles tâches, agricoles, par exemple, ou à des activités que l’on créa pour garder contact avec cette noble monture. Les sports équestres, le dressage, le jeu collectif qu’est devenu le polo, les sauts d’obstacles ou les randonnées.

C’est au septième siècle que le cheval pur sang arabe est apparu en Tunisie

Avec environ 27.000 chevaux recensés, la Tunisie ne possède qu’un élevage approximatif qui ne reflète aucunement le rôle qu’avaient joué les cavaleries numides qui ont eu un impact historique sur le déroulement de certaines grandes batailles contre les envahisseurs. Le Barbe et l’Arabe-Barbe sont les races les plus fréquemment rencontrées dans notre pays.

L’élevage de cet animal est soutenu, dans la mesure du possible, par ceux qui sont convaincus par son utilité, son aspect éducatif, son rôle ou le rôle qu’il pourrait jouer dans un pays qui se considère essentiellement touristique. Mais ces efforts sont nettement insuffisants.

Une négligence coupable

Le rôle que jouent les responsables du tourisme, lesquels semblent ne compter que sur les hôtels, est coupable de négligence alors que le créneau est incontestablement porteur. En effet, en plus des avantages qui découlent de l’utilisation du cheval à des randonnées équestres, par exemple, bien d’autres activités sont en mesure de relancer sérieusement ce domaine si vaste, créateur d’emplois, réellement imprégné des valeurs traditionnelles que le cheval a imposées là où il a toujours connu un traitement privilégié.

Certaines régions sont connues pour être des bastions incontournables dans l’élevage des races chevalines, son amélioration et son attachement farouche à la pureté des étalons locaux ou croisés dont les pédigrees sont internationalement reconnus.

Nous avons eu l’occasion à maintes reprises de parcourir les programmes que l’on prépare pour la clientèle touristique. Il est évident que les randonnées à cheval brillent par leur absence.

Pourquoi ?

Parce que tout simplement c’est d’abord par facilité. La mise en place de randonnées à cheval exige une logistique, des moyens humains et financiers, une tradition à acquérir et surtout des parcours intelligents qui mettent en relief les aspects traditionnels d’une région, ses vestiges historiques, ses richesses agricoles, artisanales et autres qui sont de nature à fixer l’attention et à motiver cet élan vers la découverte enfouie en chacun de nous.

Des expériences inspiratrices

Si nous prenons en compte ce qui se passe en France, l’équitation bénéfice depuis des années d’un véritable engouement dans le secteur touristique. On compte plus de deux millions deux cents mille pratiquants, et la fédération qui en est responsable possède pas moins de sept cent cinquante mille licenciés. Elle se positionne en troisième position derrière le football et le tennis.

«La population de cavaliers se compose essentiellement de femmes. Elles représentent 8 licenciées sur 10, soit plus de 570.000 licenciés, ce qui fait de la Fédération des sports équestres la 1ère fédération sportive féminine en France.

L’équitation attire surtout les adolescentes puisque plus de 60% de la population cavalière ont moins de 15 ans. Les cavaliers étant plutôt plus âgés.

La clientèle actuelle du tourisme équestre provient en grande majorité de cavaliers qui fréquentent régulièrement ou occasionnellement les clubs équestres.

Cette activité débordante de la fédération concernée a fait que la randonnée à cheval s’est démocratisée et de nombreux cavaliers occasionnels ont désormais la possibilité d’allier leur passion du cheval à leur goût pour le voyage.

Les motivations de ces randonneurs sont liées à l’amour que l’on voue à la nature, au patrimoine culturel et surtout à la richesse du terroir.

Le voyage à cheval permet au randonneur, conformément à un circuit intelligemment mis au point, de se sentir proche de la nature dont il découvre bien des secrets, d’apprécier les produits, les plats traditionnels qui ne figurent dans aucun manuel ou carte gastronomique qu’on lui présente à l’hôtel, et bien entendu une occasion de plonger dans un univers culturel qui plante ses racines dans des siècles et des siècles de traditions.

Combien de clubs équestres possédons-nous ? Un nombre dérisoire en raison des moyens nettement insuffisants et du manque de conviction.

Notre patrimoine

Qui de nous ne souhaiterait pas voir comment ces cavaliers zlass vivent, s’entraînent, élèvent et soignent leurs légendaires chevaux ? Qui n’aurait pas la curiosité de découvrir comment ils s’y prennent pour les dresser aux fantastiques «fantasias» et aux époustouflantes pirouettes qui en font des voltigeurs de haut vol sur le dos de ces chevaux imperturbables qui semblent faire corps avec leurs téméraires cavaliers ?

La faune et la flore ne sont pas en reste. On a loisir de découvrir plusieurs espèces animales tels que les sanglier, chacal, renard,genette, hérisson, gerbille champêtre et lièvre ; les oiseaux : milan noir, faucon pèlerin, chouette, perdrix, pigeon, chardonneret, verdurier, grive et tourterelle, des reptiles, tortue terrestre, lézard et couleuvre, etc.

Les exemples ne manquent pas pour conforter l’idée que c’est de toute une politique qu’il s’agit.

Dans un pays qui a de solides traditions et où la nature est si riche et où les vestiges historiques sont presque partout à portée de main, on ne peut, et d’aucune manière, négliger cet aspect du tourisme.

Le fait de faire voyager des clients dans un bus,passer en revue quelques lieux préhistoriques ou historiques, donner l’occasion de se faire photographier sur un chameau, tient de l’enfantillage.

Aucun ministre du Tourisme ne nous a paru sensible à ce secteur des randonnées équestres.

Parce que tout simplement personne n’y pense. Ou se refuse à faire l’effort d’agir.

Pourtant, les randonnées équestres constituent un créneau porteur et une finalité pour tout un secteur qui, indépendamment de la relance qu’il pourrait donner au niveau de l’élevage et de la conservation de la race chevaline nettement appréciée dans le milieu équestre international, est créateur d’emplois, formateur d’hommes et de spécialistes, conservateur des traditions ancestrales qui se perdent, faute d’être mises en évidence.

Des vacances équestres en famille, des safaris à cheval, des randonnées équestres, des stages de dressage ou de voltiges sont, parmi d’autres activités, des offres tentantes pour les volontaires qui aiment les défis et les sensations fortes.

Avec l’obligation de passer au moins une nuit en dehors de l’hôtel,il y a moyen de relancer les maisons d’hôtes, les auberges de la jeunesse, de favoriser les contacts avec les habitants, les artisans des lieux de passage.

Une large gamme

Au niveau de l’élevage, l’effort à faire est d’une extrême importance. Ce que font les haras actuels, avec des moyens limités, sont certes louables, mais nettement insuffisants. Le ministère de l’Agriculture a un rôle à jouer pour la préservation de ce patrimoine et pour son développement.

Leur donner les moyens financiers, logistiques et humains, leur permettre d’avoir un plus grand rayonnement au niveau national et à l’international est une urgence, car elle ouvre la voie à bien des profits pour les différents intervenants.

Pour atteindre ces objectifs, il est question de la relance de la formation des entraîneurs, des vétérinaires, des palefreniers, des aides en amont et en aval, et de toute la logistique qui s’ensuit.

C’est ensuite le rôle des exploitants qui vont de la mise en forme des itinéraires,aux guides, aux fabricants des selles, œillères, gants, rênes, étriers, bottes, casquettes (une aubaine pour l’industrie du cuir moribonde) et autres outils propres au cheval et à son cavalier, à la réservation dans les lieux d’hébergement ou de passage, aux restaurateurs, aux locataires des équipements, aux assurances, aux médecins, etc.

La liste des intervenants est longue, mais la mise en place de toute cette intendance exige des hommes, avec des milliers d’emplois à créer, des locaux appropriés et des moyens financiers.

L’équitation basée sur les randonnées est un produit qu’il s’agit de prendre en compte. C’est un produit qui manque cruellement,alors qu’il est en mesure de faire tourner à plein rendement bien des secteurs économiques et financiers, dans ce tourisme qui semble se suffire de ce qui est en place.

Les hôtels disposent d’une belle carte à jouer en découvrant ce créneau, il n’y a qu’à explorer ce qui se fait dans les pays où il a cours, ils devraient investir, s’y consacrer et surtout en faire un produit d’appel pour les milliers de randonneurs qui ne cherchent qu’à découvrir et se faire surprendre.

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