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Visées et visions en Libye

logo de L' ExpressionL' Expression 30/06/2020 Chaabane BENSACI

La carte des positions et des propositions des puissances régionales ou mondiales en Libye porte le signe pertinent d'une rivalité durable dont il est vain de croire qu'elle va s'effacer par le miracle d'une solution politique, née de pourparlers volontaristes. Tout indique, depuis de longs mois, qu'on est loin d'un tel scénario et que les protagonistes de la crise, ainsi que les puissances qui les soutiennent, sont mus par des intérêts radicalement opposés. Qu'importe si, en apparence, on observe un semblant de désaccord entre certaines capitales qui se plaisent à consacrer le discours du Conseil de sécurité de l'ONU, tout en veillant au statu quo. Les paramètres évidents d'une pérennité du conflit résultent des enjeux que sont le contrôle des richesses pétrolières et gazières, la présence géostratégique dans un verrou maghrébin qui pèse à la fois sur le continent africain et sur la sphère arabe et, dans une moindre mesure, la question pendante des migrants dont l'Europe s'inquiète, au plus haut point.

C'est cette dernière problématique qui permet à la Turquie d'avancer dans sa stratégie de reconquête des terres maghrébines, Ankara ayant pris pied en Tripolitaine, de façon durable, et pesant, de tout son poids, sur le devenir du voisin tunisien qui n'en demandait pas tant. Utilisant, avec art, son ancrage dans l'Otan, le président turc Erdogan virevolte, aussi bien en Syrie qu'en Libye, avec l'assentiment des Etats-Unis, et nul doute que sa partition singulière s'imposera aux puissances européennes, confrontées à la double menace d'une remise en question de leur pré carré maghrébin et d'une ouverture de la boîte de Pandore que constitue la vague des migrants. La partie est d'autant plus belle que le Monde arabe n'a pas fini sa descente aux enfers, signe que l'allié américain d'Ankara n'est pas bien loin, dans cette aventure.

Bien avant l'avènement de l'AKP, la stratégie turque de pénétration du continent africain a été dessinée en fonction d'une Libye qui est le verrou de la région maghrébine et sahélo-saharienne. Ankara a su, dès lors, profiter de la désastreuse ingérence occidentale en 2011.

Partout où le vent du Printemps arabe est passé, au Maghreb comme au Moyen-Orient, la Turquie a modulé une nouvelle géopolitique, sur une base militaro-cultuelle. Dans un tel contexte, la Tunisie se découvre, bon gré mal gré, face à des conséquences qui dépassent sa véritable dimension. Pour une stratégie turque qui ne doit rien au hasard et dont la réflexion a mûri pendant de nombreuses années, cette partie du Maghreb semble, plus que jamais, interpellée par le destin des nouveaux protectorats.

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